Carlos Moreno : “Ce n’est plus la technologie mais les usages qui dictent désormais comment transformer la ville”

Dans son prochain TIM (Toute l’Info de la Métropole), à paraître le 17 décembre, Toulouse Métropole a donné carte blanche à Carlos Moreno. Cet expert international de la Smart City décrypte comment les nouveaux usages liés aux avancées technologiques rythment la transformation des villes.

A l’occasion du 4ème Forum Smart City de Toulouse, découvrez son regard sur la métropole toulousaine, en avant-première.

Quoi de plus fascinant qu’une métropole, système complexe par excellence ? Depuis 2006, les villes sont le terrain de jeu favori du Professeur Moreno. Toulouse fait partie de son champ d’expérimentations. Un territoire avec lequel il entretient depuis longtemps un solide lien d’amitié.

Vous qui parcourez les villes du monde entier, quel regard portez-vous sur la métropole toulousaine ?

Carlos Moreno — Crédit photo : Sylvain Leurent

Toulouse et moi c’est une vieille histoire. Le premier laboratoire que j’ai visité en France était le LAAS (Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes, NDRL), le plus grand labo de recherche du CNRS. Cette cité m’impressionnait : ville d’accueil aux portes de l’Espagne, jeune, ouverte au monde, créative. Intellectuellement et économiquement dynamique. Mon écosystème toulousain s’est épaissi au fil des ans alors que ma carrière professionnelle se développait autour des problématiques des villes. Il y a quatre ans, via mon think tank « Live in @ living city », j’ai participé à la création des Forums Smart City avec le journal La Tribune. À l’invitation de Jean-Luc Moudenc et de Bertrand Serp, Vice-Président de Toulouse Métropole chargé de l’économie numérique et robotique, je collabore aujourd’hui avec la Métropole au titre d’ambassadeur honorifique de l’Agence d’Attractivité. J’accompagne le développement stratégique et structurant d’une Toulouse plus intelligente, qui croise l’open data, les données, la cartographie et les questions de voirie. Mon rôle ? Être un « aiguillon » avec une totale liberté de pensée, de parole et d’action sur un territoire pionnier, qui a pris le parti d’orienter la technique par rapport aux usages.

En quoi Toulouse Métropole est-elle pionnière dans le domaine des Smart Cities ?

Avec la création du Laboratoire des usages, la Métropole place la question des pratiques citoyennes au centre de sa réflexion pour co-construire la ville de demain.

Cette démarche rejoint celle de Montréal : là-bas, leur Bureau de la ville intelligente et numérique est devenu le Laboratoire de l’Innovation Urbaine. Une approche que je soutiens : développer la ville dans ses intelligences par les usages passe par inverser ses liens avec la technologie.

Ce n’est plus elle mais les usages qui dictent désormais comment transformer la ville. En partant des besoins, le champ des applications s’élargit. Toulouse a été la première à offrir l’accès gratuit au wifi dans les bus et les tramways.

Résultat : un environnement apaisé et moins anxiogène. De même avec ce que j’appelle « l’hyper proximité » dans les quartiers : identifier tous les services qui répondent aux besoins des populations, les répertorier, les cartographier et mettre ces données à disposition via l’open data pour inciter à la création d’applications permettant aux gens d’accéder plus facilement aux ressources propres disponibles près de chez eux. Cette proximité aide à construire une ville plus créative dans sa valeur tant économique que sociale.

En quoi et comment cette libéralisation de la donnée publique (open data) bénéficie-t-elle aux citoyens ?

Ils deviennent des acteurs de la ville à part entière. L’appel à projets urbains « Dessine-moi Toulouse » lancé par Toulouse Métropole et Tisséo Collectivités est un exemple qui illustre bien cette nouvelle vision : mettre à disposition des écosystèmes toulousains ce que j’appelle des ressources cachées, des sites publics et privés, vingt au total, non ou mal utilisées jusqu’alors. Et les réinventer à partir des usages pour revitaliser le territoire urbain. Il faut donc aller écouter les citoyens et les associer.

Une démarche qui va de pair avec le mouvement mondial de la Fab City, ces villes créatives de « makers », dites résilientes, productives mais frugales. Toulouse s’impose aujourd’hui comme un de ses acteurs clé. Avec Paris, elle en est le moteur non seulement français mais aussi international, qui transforme les rapports entre la ville, la manière de produire, de consommer et de relier entre elles toutes ses parties prenantes… à l’heure où Villes et Métropoles sont très contraintes au niveau budgétaire. En juillet dernier, lors du troisième Fab City Summit, Toulouse Métropole a signé le Manifesto des 10 engagements en faveur de la Fab City aux côtés des 17 autres villes du réseau.

Bio Express

Colombien d’origine, cet infatigable ambassadeur et expert international de la smart city humaine (ville intelligente) a fait sa spécialité des systèmes complexes. Professeur des Université et Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur, Carlos Moreno trace son chemin à la croisée de nombreux univers : enseignement, recherche, entreprise, industrie.