Julia Madec : “Comment aimes-tu qu’on te présente ?”

Cécile Pierrat Schiever : “Mes amis disent de moi que je suis française de culture, européenne de conviction et grecque de cœur. J’ai grandi et vécu dans près d’une dizaine de pays où j’ai eu différents métiers. J’aime aller à la rencontre des autres, échanger, comprendre les cultures. Je sais combien l’ouverture sur le monde et la curiosité sont des atouts. Et je pense qu’il faut dire quelques mots sur l’association également ! Kodiko veut dire ‘codes’ en grec car notre mission est de transmettre les codes socio professionnels.

L’association est née en juin 2016 et a aujourd’hui environ 150 membres. Elle a développé un programme innovant et ambitieux d’accompagnement vers l’emploi pour les personnes réfugiées en France, ayant obtenu leur statut et pouvant donc travailler dans notre pays. L’association propose aux personnes bénéficiaires un accompagnement collectif et individualisé, sur une période de 6 mois, renouvelable une fois.

Cet accompagnement a deux volets :

  • des ateliers d’aide à la recherche d’emploi conçus pour ce public spécifique et des mises à disposition de ressources dédiées (Guide de la recherche d’emploi en France à destination des personnes réfugiées, accompagnateurs référents…)
  • un travail en binôme avec un professionnel volontaire, proche en terme de profil ou de secteur d’activité, dans une entreprise partenaire.

Notre objectif est de permettre à la personne réfugiée d’être accueillie en tant que professionnel (porteur de compétences et d’une expérience professionnelle) par un autre professionnel, pouvant lui faire bénéficier de sa connaissance du marché du travail français, des compétences demandées, des manières de postuler, mais également de sa connaissance de l’entreprise, d’un secteur d’activité et d’un réseau professionnel.

Ce qui est important de souligner c’est que nous voulons que ce programme soit gagnant pour les deux parties : la personne réfugiée et le salarié. Nous répondons également à cette volonté d’engagement du salarié, qui souhaite aider l’autre et indirectement nous contribuons à changer le regard porté sur les personnes réfugiées, dans les entreprises et dans la société française.

Nous souhaitons nous développer en France dans les territoires où la demande d’accompagnement est forte, et en faire bénéficier un maximum de personnes, qu’elles soient réfugiées et/ou salariées.

Atelier : “A quoi va ressembler mon avenir professionnel ?”

J : “Quel est ton rôle au sein de l’organisation ?”

CPS : “Je suis la présidente et co-fondatrice de l’association. A ce titre, je suis à la fois en charge de la stratégie de développement de Kodiko, de la création d’une équipe — et j’ai la chance d’avoir une superbe équipe — et je suis un peu comme un chef d’orchestre au quotidien pour les questions opérationnelles.

A titre d’exemple, en ce moment je suis en train de travailler avec la direction Innovation de Pôle Emploi pour cadrer un projet pilote entre Kodiko et Pôle Emploi en Indre et Loire. Je recherche des entreprises partenaires dans ce territoire pour les faire participer aux premières étapes du projet, à la démonstration de faisabilité. Nous bénéficions également de l’accompagnement de BCG et de Make sense pour faire évoluer notre business modelé. Enfin nous évoluons très vite, je dois continuer à attirer des femmes et des hommes engagées, des talents, car il nous faut se structurer.

J : “Comment en es-tu venue à faire cela ?”

CPS : “En fait il y a plusieurs choses qui ont contribué à la création de Kodiko. Mon vécu personnel tout d’abord : je suis arrivée en France il y a trois ans, après avoir grandi en Grèce et passé toute ma vie à l’étranger en tant que salariée et entrepreneure dans 7 pays différents. J’avais envie de m’engager sur une initiative qui me permettrait d’être ouverte sur le monde, mais aussi de découvrir les français d’une belle manière et de les faire profiter quelque part de mon ouverture interculturelle.

Mes compétences ont joué aussi — je connais les enjeux de la recherche d’emploi dans un pays que l’on ne connaît pas bien, les difficultés pour se faire un réseau, acquérir les codes professionnels… Parfois, j’ai dû travailler dans un pays étranger en devant subir une certaine déqualification en raison de la langue. Et enfin, ma sensibilité à la cause des personnes réfugiées et mes rencontres — avec des personnes syriennes, avec des personnes lançant différentes initiatives à l’étranger, et avec Maylis, cofondatrice également et chercheure sur les problématiques de l’emploi. Tout cela nous a permis de créer ce programme impactant qu’est Kodiko.

Nous avons aussi eu la chance d’avoir au démarrage deux entreprises qui nous ont fait confiance, qui nous ont donné notre chance : en septembre 2016, nous avons lancé un pilote avec 30 binômes et 2 entreprises, Club Med et Total. Depuis février, nous avons une deuxième promotion avec 40 personnes et 2 entreprises supplémentaires. Et en septembre nous ‘rentrons’ dans les territoires en commençant par l’Indre et Loire.”

Atelier : “Pitcher son projet professionnel”

J : “Qu’est-ce que tu veux changer dans la société ?”

CPS : “Je veux insuffler de l’optimisme, de l’ouverture, de l’audace, du vivre ensemble. Je veux montrer que l’accueil des personnes réfugiées est bénéfique pour la France, grâce aux compétences et aux expériences qu’ils apportent, à leur résilience, qui peut faire du bien à notre pays. La peur de l’autre nous rend aveugles, égoïstes et violents vis-à-vis des autres et de nous-mêmes. Je crois qu’on perd avec cette peur une dose de rationalité. En tendant la main aux autres, on va se redécouvrir soi-même et être plus positif ! Arrêtons la peur et travaillons ensemble ! J’ose espérer que tout cela peut se faire et que Kodiko y contribuera.”

J : “Qu’est ce que ton travail t’apporte ?”

CPS : “Avant toutes choses, c’est une aventure humaine : je rencontre des personnes extraordinaires (personnes réfugiées, travailleurs associatifs, salariés, chefs d’entreprise…) Ensuite, c’est un travail qui demande beaucoup de créativité et de co-construction avec tous les participants — réajuster le programme, créer de nouvelles choses — l’asso doit coordonner tout cela, et ça m’apporte un sentiment de bien-être : donner aux autres n’est rien par rapport à tout ce que tu reçois. Un remerciement d’une personne salariée ou réfugiée a une grande valeur…”

J : “Peux-tu nous décrire un aspect génial de l’avenir souhaitable ?”

CPS : “Une société ouverte sur la différence et qui croit en elle. Une société accueillante, solidaire, chaleureuse, optimiste, pleine d’audace. Amin Maalouf a écrit, dans Les Identités Meurtrières,

‘C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer.’”


Signé : Cécile Pierrat Schiever, décode ; Julia Madec, coda.

Pour contribuer : traitdunion@singa.fr ; https://www.facebook.com/groups/contributeurstraitdunionsinga
Pour se renseigner : www.traitdunion-singa.strikingly.com ; www.medium.com/trait-dunion ; https://www.facebook.com/TraitUnionSinga/

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