Julia Madec : “Comment aimez-vous que l’on vous présente?”

Jean-François Connan : “Je suis actuellement Directeur Responsabilité et Innovation Sociale du Groupe Adecco et Directeur Général d’Humando. J’ai eu une formation plutôt industrielle de tourneur-fraiseur, puis ai exercé en tant que professeur de dessin industriel et formateur de jeunes adultes en difficulté. Je travaille chez Adecco depuis 30 ans, de l’agence à la formation des intérimaires. J’ai toujours eu une appétence pour les questions de handicap et d’insertion, c’est ce qui m’a amené à cette direction au sein du groupe Adecco, dont je suis désormais membre du Comité de Direction.

J’exerce en parallèle quelques mandats au MEDEF, en tant que vice-président de la Commission pour l’éducation, la formation et l’insertion, et représentant au Conseil national de l’insertion par l’activité économique et de la lutte contre l’exclusion. Je suis aussi porte parole du MEDEF sur les questions relatives aux personnes réfugiées.

En plus de mon activité professionnelle, je suis président-fondateur de plusieurs entreprises d’insertion.

J : “Quel est le rôle de la Direction Responsabilité Sociale d’Adecco, et la mission d’Humando?”

J-F : “Les principales missions de cette direction sont les suivantes :

  • Egalité des chances (non-discrimination, handicap, diversité, insertion) ;
  • RSE et solidarité : achats responsables, direction environnementale, rapport RSE … ;
  • Fondation Adecco (qui accompagne en particulier Wintegreat et Singa) ;
  • Le Lab’Ho : think tank sur les questions de transition professionnelle ;

Le prisme d’action est celui de la formation et de l’emploi. Nous apportons des réponses aux besoins des entreprises, et avons historiquement engagé des partenariats avec des acteurs de l’insertion, en entrant au capital de structures d’entrepreneuriat social et solidaire sans faire remonter de dividendes.

Nous disposons d’un réseau partenaire en France de 72 agences d’intérim d’insertion. Les entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI), dont le modèle, conventionné par l’Etat, a été créé il y a une trentaine d’années, utilisent le contrat de travail comme outil d’insertion. Pour ces ETTI, le centre de gravité est l’intérimaire.

Un des membres de ce réseau est Humando, dont Adecco est l’actionnaire majoritaire. Sa vocation est de dispenser un accompagnement social et professionnel global pour les personnes fragilisées. Nos 17 agences Humando accompagnent 2500 personnes par an vers l’emploi, sur tous les secteurs. Nous accompagnons notamment l’embauche, la formation et le suivi vers l’emploi de personnes réfugiées.”

“Nous utilisons les outils classiques de l’économie pour l’intérêt général.”

J : “Quelles sont les actualités concernant Humando en particulier?”

J-F : “A l’été 2016, Humando a été mobilisé pour une expérimentation répondant à la problématique suivante : peut-on concentrer, sur un même objectif et dans un laps de temps assez court, l’accès au logement, à la restauration, au travail et à l’apprentissage de la langue française de personnes réfugiées ? 50 personnes ont été accompagnées par Pôle Emploi et 50 autres par Humando, embauchés dans le cadre de contrats de travail et de formation dérogatoires (2 fois 4 mois), et formés et hébergés à l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) de Champs-sur-Marne.

Le contexte était le suivant :

  • 4 mois de formation en Français Langue Etrangère (FLE) et 4 mois de formation professionnelle ;
  • Les personnes étaient salariées au SMIC et logées sur place ;
  • 3 personnes de l’équipe d’Humando étaient présentes en permanence au centre Afpa.

Au niveau des participants, des profils de personnes jeunes avaient été sélectionnés en priorité, car ne bénéficiant pas du RSA et, pour la majorité, ayant une formation initiale peu qualifiée et un faible niveau de français. 49 hommes et 1 femme, majoritairement du Soudan et d’Afghanistan, ont participé.

Il y a eu un gros travail administratif au début, car toutes les personnes venaient juste d’obtenir leur statut de réfugié. Il y avait des situations de stress et de fatigue, dues à leurs histoires, leurs conditions de vie (la plupart ayant vécu une longue période de vie dans la rue) et leurs situations administratives.

Après la 1ère phase de formation FLE, la 2ème phase de formation comprenait un fort accompagnement social et professionnel, dans les secteurs de la restauration, du bâtiment, de la logistique et de la distribution, avec une formation théorique validée par un examen puis un stage dans une entreprise partenaire (Carrefour, Kompass…)”

J : “Quelles ont été les conclusions de cette expérimentation? Va-t-elle être reconduite?”

J-F : “Nous sommes actuellement en phase d’analyse de l’expérimentation après la première vague de sortie en mai. L’objectif est de pouvoir fournir aux participants un logement et un travail pérenne, via Humando/Adecco ou via l’embauche directe en entreprise, en l’espace d’un mois.

L’expérimentation va être reconduite et élargie à d’autres acteurs du Réseau Adecco Insertion, et ainsi passer de 50 personnes à 400 personnes accompagnées, sur une durée équivalente et toujours avec l’AFPA.

Nous souhaiterions mélanger davantage apprentissage FLE et apprentissage métier, en proposant un système de français appliqué. Une idée serait également de mettre en place un système de parrainage du type “buddy”, avec Singa et FACE Paris, et de se resserrer sur les métiers porteurs. Enfin, cette expérience nous a également montré qu’il était nécessaire de professionnaliser le parcours de ces personnes. C’est pourquoi nous envisageons de créer une agence spécialisée pour ces projets.

Le président d’Adecco a été facile à convaincre pour l’expérimentation, car si le sujet fait peur à certains, beaucoup s’y intéressent et se demandent comment agir, afin que les personnes accueillies puissent s’adapter aux métiers dans leur pays d’accueil, où l’approche est souvent différente de celle adoptée dans leurs pays d’origine.”

L’équipe d’Humando à Boulogne

J : “Comment souhaiteriez vous voir évoluer la société actuelle ?”

J-F : “Je suis assez étonné de voir qu’il y a encore trop peu d’opérations marquantes pour l’accompagnement de l’intégration des personnes réfugiées, comme celles menées par Wintegreat ou Singa par exemple. Ce n’est pas à l’échelle du nombre de personnes arrivant en France, et pourtant les flux sont encore faibles. Cet état des lieux me dépite un peu. Mais j’ai eu aussi l’occasion de rencontrer des préfets et équipes de préfecture remarquables et engagés. Le sujet intéresse la population, beaucoup de personnes ont envie d’agir… il ne faut surtout pas gâcher cette motivation.

Concernant les expérimentations, c’est un vrai métier sur lequel les acteurs doivent monter en compétences. Il est très difficile de travailler constamment dans l’urgence si l’on veut devenir plus efficaces. L’évolution de la situation passera donc par des objectifs et méthodes beaucoup plus construits, avec comme limite les capacités en volume. Le changement d’échelle, l’intégration des flux, est obligatoire.

Il faut réfléchir à des leviers à mettre en place pour relever ces enjeux. Le démantèlement de Calais, les élections, ont été déclencheurs mais nous n’aurions pas dû attendre aussi longtemps. Il faut investir pour agir maintenant. Mais je suis optimiste sur le sujet car le terrain est ouvert.”



Signé : Jean-François Connan, optimiste ; Julia Madec, Optimist.

Pour contribuer : traitdunion@singa.fr ; https://www.facebook.com/groups/contributeurstraitdunionsinga
Pour se renseigner : www.traitdunion-singa.strikingly.com ; www.medium.com/trait-dunion ; https://www.facebook.com/TraitUnionSinga/

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