Julia Madec : “Comment aimes-tu qu’on te présente ?”

Marine Mandrila et Louis Martin : “En quelques mots : 28 ans, gourmande, passionnée de cuisine et de voyage… de même que Louis, qui a crée le Refugee Food Festival avec moi.

Nous sommes tous deux profondément convaincu de la puissance de la cuisine en tant qu’outil d’échange et de communication. C’est simple, lorsque nous voyageons, nos meilleurs souvenirs se passent autour de la dimension culinaire : rituel du thé, sacrifice de la chèvre… La cuisine nous apparaît comme une porte d’entrée pour découvrir le monde.

Nous sommes par ailleurs depuis toujours touchés de manière personnelle par les questions sociales, en particulier concernant les réfugiés et demandeurs d’asile.”

J : “Comment en es-tu venu à faire cela ?”

M&L : “A la fin de nos études, il y a 3 ans, nous souhaitions monter avec Louis un projet qui nous ressemblait. Nos aspirations nous ont conduit à monter un projet appelé “Very Food Trip”. Pendant 7 mois, nous avons sillonné la planète du Liban au Brésil en passant par l’Inde, le Népal, la Chine, le Vietnam, le Japon, le Mexique et le Pérou.

Dans chaque pays, nous allions cuisiner et partager un repas chez les personnes que nous rencontrions sur notre route. Nous avons partagé des moments incroyables avec des personnes d’une grande générosité, et découvert des cultures, des rituels, des traditions qui nous ont passionné.

Lorsque nous sommes rentrés, nous avons écrit un livre de recettes appelé Very Food Trip et rassemblant tous les portraits et recettes des personnes qui nous ont accueilli, ainsi qu’une websérie qui a rencontré un franc succès. La chaîne Planète + nous a alors proposé de porter les films à la télévision, et nous a proposé de repartir l’an dernier pour un second trip culinaire pour 8 nouvelles destinations !

Nous souhaitions cependant poursuivre ce projet et s’engager pour accompagner les personnes réfugiées en France, dont l’intégration nous semble une priorité dans la société actuelle. Nous croyons que nous, citoyens, devons à notre tour, à notre niveau, se mobiliser. Nous nous sommes donc simplement demandés : “Qu’est ce que nous savons faire?” La réponse est apparue, évidente : nous savons rassembler les gens autour de la cuisine, autour de la table, et faire découvrir des cultures, des patrimoines. Quid donc de confier des des restaurants existants à chefs réfugiés ?

L’idée du Refugee Food Festival est alors née. Nous avons contacté l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, qui nous soutenus et accompagnés dès le début pour l’organisation.

J : “Tu peux nous en dire plus sur ce projet ?”

M&L : “Oui ! Nous avons organisé la première édition l’année dernière, au mois de juin. Pendant 4 jours, nous avons mobilisé 11 restaurants et 8 chefs réfugiés, avec l’aide d’autres structures associatives et du HCR. Le festival avait plusieurs objectifs : provoquer la rencontre autour de la cuisine, notamment pour les gens qui allaient dîner, porter une regard différent sur les talents des personnes réfugiées, et en faire un tremplin professionnel pour les chefs réfugiés — le festival permet en effet de créer une communauté de restaurateurs engagés auprès de leur réseau pour aider ces chefs à trouver un emploi. De plus, c’est pour les chefs une expérience professionnelle supplémentaire qui leur permet d’avoir plus de visibilité sur leur activité.

Concrètement, soit le chef cuisine les menus en collaboration avec le restaurant, soit il a carte blanche et c’est génial car cela lui permet de partager son histoire, c’est très fort symboliquement. A la fin, le chef vient parler à toutes les tables, pour un échange simple avec les personnes qui dînent.

Ce premier festival a été un vrai succès. Les restaurants étaient pleins, les restaurateurs d’une bienveillance extraordinaire, et nous avons reçu des messages de partout dans le monde pour organiser un festival dans leur ville.

Nous avons donc créé un kit méthodologique pour permettre à qui le souhaite d’organiser un festival dans sa ville, que nous avons testé à Strasbourg en Décembre dernier.

Nous reconduisons donc le festival cette année avec pas moins de 80 chefs et 84 restaurants partenaires, partout en Europe entre le 15 et le 30 Juin.”

J : “Qu’est-ce que tu veux changer dans la société ?”

M&L : “Si chacun avait un peu plus d’humilité et remettait son histoire propre au coeur de l’histoire de l’humanité, réalisant que nous sommes tous issus de l’immigration, de près ou de loin, cela serait un grand pas.

Par ailleurs, il faut réapprendre à cuisiner ! Et à se recentrer sur ce qui nous nourrit. Cela va tellement vite aujourd’hui que l’on a tendance à l’oublier. Or, c’est crucial et c’est ce que l’on essaie de raconter au travers de nos livres et d’engager avec le festival.”

J : “Qu’est-ce que ton travail t’apporte ?”

M&L : “Une richesse incroyable, ainsi qu’une grande dose d’humilité et de respect, du fait des parcours de ces chefs. Cela force le respect, et cela a le mérite de recentrer nos problèmes et de nous remettre les idées en place. Cela nous fait également prendre conscience de la solidarité et des initiatives présentes en Europe, et du fait qu’il est possible de mobiliser les gens et de faire bouger les choses dès lors que l’on croit profondément en son projet. C’est à la portée de tout le monde! Venir au restaurant lors du festival, on ne se rend pas forcément compte, mais c’est déjà un acte militant!”

J : “Peux-tu nous décrire un aspect génial de l’avenir souhaitable ?”

M&L : “Pour le Refugee Food Festival, ce qui serait génial ce serait que tous les cuisiniers s’insèrent dans le milieu de la restauration, et réalisent leurs rêves professionnels ! Le travail est selon nous le premier levier d’intégration. N’oublions pas qu’il y a toujours 20 000 postes vacants dans le secteur de la restauration en France. Et on oublie que si la gastronomie française est aussi riche c’est parce qu’elle a su capter différentes influences de partout. Le multiculturalisme est une opportunité pour la cuisine française.

Par ailleurs, si on pouvait faire en sorte que toutes les personnes qui viennent au Refugee Food Festival aient envie de cuisiner chez eux,pour leur famille, amis, pour créer du lien social, ce serait formidable :)”

J : “Qui, selon toi, devrait être le sujet de notre prochain portrait ?”

M&L : “Emmanuelle LAVAUR des Grands Voisins, Pôle Food, Flavio Nervegna de Tous au Restaurant, Le Relais Popotes : Julien TERTRAIS à Bordeaux et Le goût des autres à Nantes”



Signé : Marina Mandrila, gourmande ; Louis Martin, gourmet ; Julia Madec, friande.

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