Les arpenteurs du vendredi matin

le projet Singa Museum

Né en novembre 2015, Singa Museum s’est donné pour but de faire du musée un lieu de partage et de convivialité. Le constat est simple : l’art, comme la musique et le sport, permet de créer des liens et de partager des émotions communes. Il s’inspire du projet Multaka, mis en place à Berlin depuis deux ans, et consistant à former des personnes syriennes et irakiennes au métier de guide — et pour cause : le Pergamon Museum de la capitale allemande possède une des plus belles collections d’antiquités orientales du monde. Ne pas pouvoir y donner de visite guidée en arabe était une faiblesse à rattraper. Selon Agnès, Lauraine, Julien et David, qui ont monté le projet, Singa Museum s’est aussi monté avec cette idée qu’un jour, des buddys Singa pourraient présenter les collections orientales du Louvre en arabe…

Singa Museum c’est aussi l’occasion de donner une image positive du service public français, pour des personnes qui sont souvent confrontées au labyrinthe de son administration, aux hôpitaux ou encore à la police.

“La plupart des musées sont financés par nos impôts, et beaucoup sont gratuits pour les personnes réfugiées et les demandeurs d’asile. C’est une occasion rêvée d’expliquer la société de redistribution, le bien collectif, quand les seuls exemples de services publics connus par les personnes réfugiées durant les premières années sont, au mieux l’administration, au pire l’hôpital et la police.” David Robert, co-fondateur de Singa Museum.

En un an et demi, les membres de cet atelier Singa ont ainsi foulé le sol de nombreuses institutions parisiennes, que ce soit le très célèbre musée du Louvre, le nouveau Musée de l’Homme, l’impressionnant Centre Georges Pompidou ou le plus intime musée Zadkine.

Le Jeu de Paume

La visite commence toujours par un topo sur la fonction et l’utilité de ce lieu atypique qu’est le musée. Au-delà de sa définition classique (un lieu de conservation regroupant des objets culturels, scientifiques, historiques etc.), le musée est présenté comme un espace public, appartenant à tout le monde et que l’on peut découvrir en toute liberté.

Le musée est aussi un lieu qui peut être déroutant… En tant que visiteurs de musée et quelle que soit notre nationalité, nous nous sommes tous déjà sentis étrangers dans un musée. Les objets, qui proviennent du monde entier, nous sont souvent inconnus. La scénographie, en règle générale assez neutre, ne permet pas de restituer leur fonction et les cartels (textes explicatifs placés à côté des œuvres) sont souvent succincts et rarement traduits. Et pourtant, l’art a cette particularité d’être compréhensible par tous, au-delà de la langue, de la nationalité et de la culture.

Musée du Louvre

Une visite Singa ne ressemble pas aux visites guidées habituelles. Il est rare, voire totalement inédit, qu’une seule personne y prenne la parole … Les organisateurs se passent la parole en différents endroits de la visite, et plus généralement, tout le monde participe. Les “guides habituels” mais aussi quelques volontaires qui sont venus quelques jours avant en petit comité pour préparer la visite. Chacun est libre de poser n’importe quelle question ou d’intervenir quand il le souhaite. On a l’impression — déconcertante de prime abord mais passionnante par la suite — d’être au centre la tour de Babel, les participants effectuant des traductions simultanées en arabe ou en anglais pour les personnes parlant encore peu le français. Quoi de plus passionnant que de voir une personne reconnaître et présenter une oeuvre de son pays dans le département des antiquités orientales du Louvre ou au Pavillon des Sessions ?

Après les visites, tout le monde se réunit autour d’un café ou d’un repas afin de prolonger le moment de partage dans un cadre convivial et détendu. Ces moments privilégiés permettent de revenir sur l’exposition ou la collection, d’échanger ses impressions mais ils sont aussi l’occasion de faire le point sur la situation des un et des autres, et d’en apprendre plus sur les vies et cultures respectives des arpenteurs de musée …

“L’été, les visites se terminent souvent par des pique-niques dans les parcs parisiens et on découvre alors le charme culinaire de la baguette-camembert restée trop longtemps au soleil. Un délice … ” David Robert.
Musée de l’Homme

Mais les meilleures personnes pour parler de ce projet, ce sont celles et ceux qui y ont participé. Voici donc un petit aperçu de leurs meilleurs souvenirs de visite …

David Robert : “Mon meilleur souvenir est tout simplement la première visite, en décembre 2015. Nous avions décidé de présenter la fresque de La Fée électricité (Dufy) au Musée d’art moderne. Une œuvre monumentale, une salle souvent tranquille… Et ce thème a une vocation universelle grâce aux progrès technologiques dans lesquels tout le monde se retrouve. On est resté deux heures dans la salle, c’était magique ! Anglais, arabe, français, personne ne connaissait personne et ça a tout de suite fonctionné, tout le monde posait des questions, s’intéressait à ce qui se passait. À la fin de la visite, j’étais lessivé, je pensais que eux aussi, mais non, tout le monde a préféré visiter la collection permanente plutôt que d’aller prendre un café. On était tous surpris. On a tout de suite su que Singa Museum allait devenir un rendez-vous.”

Elisabeth Heams (elle a mené de nombreuses visites pour Singa) : “Ce que je préfère, c’est l’émotion que ces visites suscitent et les échanges que l’on peut avoir entre nous. Et puis surtout, on a tout d’un coup un langage commun car on est sensible tous ensemble à un artefact. Il s’agit d’un moment d’émotion partagé qui est trans-culturel.”

Musée de l’Homme

Maya : “Je suis une étudiante en Beaux-Arts donc je suis très intéressée par ces visites. Il y a plein de musées que je n’ai pas encore visités à Paris car je n’ai pas eu le temps de faire la touriste ! Ces visites sont donc une très bonne occasion pour cela ! Personnellement, j’ai adoré la visite de l’exposition Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier. Suite à la visite, et dans le cadre de mon master, j’ai été amenée à interviewer les commissaires d’exposition. C’était génial !”

Ibrahim : “Mon meilleur souvenir, c’est la visite du Louvre car il y avait une œuvre que j’ai reconnue et qui provenait de mon pays, la Guinée. Cela m’a vraiment plu car j’ai vu des œuvres en rapport avec ce qui existe chez moi ! J’aime beaucoup Singa Museum car cela m’apporte également une ouverture d’esprit et la volonté de m’intégrer ! Cela me permet aussi de connaître du monde et m’aide à sortir de chez moi et à me changer les idées.”


Singa Museum, c’est tous les vendredis, dans un musée parisien et ici sur le net. Pour participer au projet, contactez singamuseum@gmail.com

Petite pause (pose?) dans le jardin du Petit Palais

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