Pour une politique efficace de lutte contre l’exclusion et le mal logement

LP/Frédéric Dugit

Le 27 juillet dernier, Emmanuel Macron déclarait en marge d’une visite d’un centre d’hébergements de réfugiés à Orléans : “La première bataille : loger tout le monde dignement (…) D’ici la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois”. Cette promesse, qui visait surtout les migrants qui arrivent sur le territoire, a fait couler beaucoup d’encre car ce n’est pas la première fois qu’un politique s’y aventure (maladroitement).

En 2002, Lionel Jospin annonçait pendant la campagne présidentielle vouloir “zéro SDF d’ici à 2007” en France avec la mise en place d’une couverture logement universelle. Un pari risqué qui semblait impossible à tenir et qui avait poussé le parti socialiste à étudier à la hâte la création de 50 000 places d’accueil supplémentaires pour les sans abri ou les mal logés. Mal accueilli par les électeurs, cette promesse — qui a connu plusieurs versions et interprétations — a sans doute joué dans l’élimination du candidat au premier tour.

Pourtant, quelques années plus tard, lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy annonçait à son tour : “Je veux si je suis élu président de la République que d’ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. […] Le droit à l’hébergement, c’est une obligation humaine. Si on n’est plus choqué quand quelqu’un n’a plus un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société, où vous voulez que vos enfants vivent en paix, qui s’en trouvera remis en cause”. Une promesse qui ne sera jamais tenue.

Dernièrement, avant Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon s’était lui aussi aventuré sur ce terrain pendant la campagne de 2017 en voulant “éradiquer la misère” pour “créer un monde où zéro personne dorme dans la rue”.

Malgré toutes ces bonnes volontés, le nombre de personnes sans logement n’a jamais été aussi élevé (environ 150 000, dont 30 000 mineurs), et leur progression a été de l’ordre de 50% en 10 ans. La précarisation du monde du travail — et ses petits boulots mal payés — et les efforts encore trop modestes de la part des pouvoirs publics sont en grande partie à l’origine de cette situation. Pourtant l’urgence est là : l’espérance de vie des sans abri est très basse (environ 40 ans), et près de la moitié de ceux qui sollicitent un hébergement n’obtiennent pas de place.

Pour les acteurs de terrain qui agissent au sein des associations, ces annonces sont jugées simplistes et n’aident pas à la prise de conscience générale, nécessaire pour régler le problème. Elles ne reflètent pas non plus la compléxité du problème sur le terrain. Quand on parle des personnes sans abri, ces grands exclus de la société, parle-t-on aussi des mal logés (3,8 millions en France), des migrants ou des jeunes qui se retrouvent malgré eux à la rue ? Les situations diverses sont nombreuses et méritent d’être étudiées avec intelligence.

Il semble en effet que les politiques confondent bien souvent le droit au logement et la lutte contre la grande pauvreté qui poussent chaque année des centaines de femmes et d’hommes à dormir dans la rue.

En avril dernier, la Fondation Abbé Pierre (FAP) présentait “un plan pour en finir avec la vie à la rue” (dont le coût n’a pas encore été chiffré). Il s’appuie sur six leviers principaux pour arriver en dix ans à son objectif : privilégier l’accès direct au logement, des attributions HLM (enfin) transparentes, la construction de 150 000 logements sociaux par an, la mobilisation du parc privé, la prévention des expulsions et l’accueil solidaire des migrants.

Ce plan s’inspire de l’exemple finlandais où très peu de SDF ne dorment la nuit dans les rues. Mais ce modèle est-il applicable à notre pays ? Pour Manuel Domergue, directeur des études à la FAP, la réponse est oui. Il précisait dans une interview à Europe 1 : “Ce n’est ni démagogique ni irréalisable. On a les outils pour s’assurer que, si ce n’est zéro, au moins le nombre de SDF devienne marginal”. Surtout si on associe les territoires locaux à l’effort.

En Finlande, le nombre de SDF a été divisé par près de trois en huit ans, passant de 18 000 à moins de 7 000. Pour y arriver, l’état finlandais a mis 240 millions d’euros sur la table. Sa première action : procéder à un recensement statistique et complet des différentes situations observées. Puis, il a financé ou cofinancé la construction de logements sociaux, avant de réserver certains de ces logements aux personnes vivant dans la rue. Autre actions dimensionnante : transformer les centres d’hébergement d’urgence en logements pérennes. Enfin, le gouvernement finlandais a mis en place un véritable accompagnement par les services sociaux des bénéficiaires de ces aides, avec en premier lieu l’octroi d’une aide sociale pour payer les premiers mois de loyer jusqu’à ce qu’ils retrouvent un emploi.

Même si la situation française et celle de la Finlande diffèrent, force est de constater que lorsque qu’un Etat se donne les moyens d’agir, les résultats sont probants. Car la Finlande assure que ses décisions lui “rapportent” de l’argent, mettant en avant le coût exorbitant de l’inaction. En France, le “coût” d’un SDF est estimé à environ 17 000 euros… Contre 14 000 euros s’il avait un toit au-dessus de la tête (chiffrage par l’équipe des Hôpitaux de Marseille).

Mais de combien avons-nous besoin pour mettre en place un plan équivalent à celui que la Finlande à élaborer et où trouver l’argent ? Difficile à dire, sachant que peu de chiffres circulent… Pendant la dernière campagne présidentielle, un seul candidat à notre connaissance s’est avancé sur un chiffrage global : Jean-Luc Mélenchon. Son plan en faveur du logement et de la lutte contre le mal logement était estimé à 18 milliards d’euros sur 5 ans.

Mais les besoins en nouveaux financements d’un plan audacieux seront cruciaux pour assurer sa réussite. Parmi les pistes étudiées, on peut évoquer : la mise en place d’une vraie taxe sur les transactions financières au niveau européen qui pourrait rapporter à la France jusqu’à 7 milliards d’euros par an, la réévaluation des deux dernières tranches de l’impôt sur le revenu ou la création d’une tranche supplémentaire à 50% pour le rendre encore plus progressif, réinstaurer un véritable impôt de solidarité sur la fortune, stimuler les dons aux associations en augmentant le montant déductible des impôts, augmenter les droits d’accises de certains produits de luxe comme les diamants, les yachts ou certains actes de chirurgie esthétique, récompenser les bénévoles par l’octroi de trimestres supplémentaires pour la retraite…

Une fois de plus, seule la volonté manque pour lutter contre l’extrème pauvreté et le mal logement en France. Un mal qui perdure depuis des décennies et qui ne cesse (malheureusement) de s’amplifier.

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