L’effet cigogne

ou comment l’indemnisation de prétendues victimes de vaccins se voit facilitée par la justice européenne.

L’info est tombée : la CJUE (Cour de justice de l’Union européenne), qui donne des orientations d’applications de la legislation dans les pays membres, s’est exprimé au sujet des jugements, rendus à l’échelle nationale, à propos des vaccins et des effets considérés comme secondaires. Et son orientation est claire : elle vise à faciliter les indemnisations de personnes en considérant leur statut de victime, même en l’absence de preuve de causalité entre un vaccin et les effets secondaires.

Image: ‘Fishy breakfast’ — Found on flickrcc.net

Concrètement, (et en citant l’arrêt) il sera désormais suffisant de reconnaître le fait d’être victime d’un effet secondaire d’un vaccin en se basant sur « certains éléments de fait invoqués par le demandeur » et que ces éléments, s’ils constituent des « indices graves, précis et concordants » peuvent permettre « de conclure à l’existence d’un défaut du vaccin et à celle d’un lien de causalité entre ce défaut et ladite maladie » et ce, même si aucune preuve de lien de causalité n’a été démontré sur le plan scientifique.

Dit autrement, il suffit de suspecter un vaccin d’être responsable (en déclarant une maladie commune à d’autres personnes, ayant été contractée dans un délai similaire après une vaccination), pour le faire reconnaître comme tel par la justice d’un pays.

Pourquoi ça me pose problème ?

Tout d’abord, il faut rappeler que dans la plupart de ces cas (on ne peut pas le prétendre dans 100% des cas, évidemment), aucun lien n’est établi entre des maladies communément considérées comme effets secondaires de vaccins, et vaccinations. Prenons par exemple la sclérose en plaques et l’hépatite B, fréquemment citées comme conséquences induites par la vaccination, les études ne permettent nullement d’établir le moindre lien.

[alerte argument commun erroné] Un argument qui est fréquemment retourné est de dire que l’on ne peut pas prouver non plus l’absence de lien. Je ne vais pas argumenter sur ce point-là qui nécessiterait au mieux que je puisse le développer plus largement dans un contexte dédié, et que d’autres ont déjà traité de manière très élégante.

En matière de justice, il convient toujours de travailler sur la base de preuves, et non de suppositions, d’inquiétudes, ou de suspicions. Or, tout le problème de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne est qu’il se base sur ces notions floues, tout du moins qui peuvent être exemptées de preuves.

Concrètement, c’est comme si l’on facilitait la condamnation d’individus suspectés de meurtres en l’absence totale de preuve.

Ce point est déjà perturbant. Mais au-delà, il induit lui-même des effets secondaires (si j’ose dire) : il fait passer un message auprès du grand public orientant les personnes qui se plaignent d’effets secondaires liés aux vaccins et non avérés dans une position de victime de fait, et orientant les laboratoires dans une position de grand méchant industriel qui, au mieux, n’est pas responsable en n’étudiant pas suffisamment bien la portée de ses produits, et au pire, en organisant la mauvaise santé de la population, sans doute sous couvert de se remplir les poches.

Cela est d’ailleurs facilité par le contexte en France de défiance envers les vaccins et de la diminution de fait, par le public, de la couverture vaccinale. La Ministre de la santé évoquait d’ailleurs il y a peu une réflexion qui viserait à élargir le nombre de vaccins obligatoires. J’espère pouvoir y revenir, et notamment évoquer avec mes mots pourquoi je ne pense pas qu’il s’agit de bafouer des libertés individuelles.

Mais alors, comment expliquer qu’autant de cas de maladies telles que la sclérose en plaques ou l’hépatite B, soient survenues dans des délais troublants après certaines campagnes de vaccination ? La réponse peut vous surprendre, tout ne s’explique pas par la causalité. En effet, il ne faut pas confondre causalité et corrélation.

Une causalité invoque un lien de cause à effet établi entre deux événements. Une corrélation correspond au fait que deux événements surviennent en même temps, sans lien. On parle alors d’effet cigogne : la légende veut que l’on attribuait plus de naissances aux villages dans lesquels nichaient les cigognes que dans les villes de l’est de la France. De fait, il s’avère que la natalité était plus forte dans les villages que dans les villes, et que les cigognes préfèrent nicher dans les villages plutôt que dans les grandes villes. L’effet cigogne peut d’ailleurs amener des affirmations plutôt marrantes. Par exemple : en mettant en corrélation la dépense en science aux États-Unis avec le nombre de suicides par pendaison, les étranglements et les étouffements :

Source : http://tylervigen.com/spurious-correlations

ou encore en mettant en corrélation le nombre de véhicules de tourisme japonais avec le nombre de suicides par accident volontaire de véhicules à moteur.

Source : http://tylervigen.com/spurious-correlations

Troublant n’est-ce pas ? Et ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres proposés sur ce célèbre site qu’est spurious correlations (désormais disponible également en livre).

On peut crier à la caricature mais avec un regard objectif, il n’y a pas plus d’éléments pour légitimer un lien de cause à effet entre des vaccinations et les maladies constatées et fréquemment citées comme effets secondaires.

S’il n’y avait qu’une idée à retenir de ce billet, c’est que je souhaiterais m’indigner contre une dreyfusard-isation (désolé) des jugements des laboratoires au sujet des commercialisations de vaccins.

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