Hacker le seuil de pauvreté avec les entrepreneurs africains

L’électricité peut améliorer les conditions de vie de milliards d’humains de façon spectaculaire. Pour en savoir plus à ce sujet, lisez mon post précédent ! Cependant, le simple fait de raccorder un village à un réseau électrique n’est jamais suffisant.

Il y a quelques années, l’ONU a publié un rapport passant en revue 17 projets d’accès à l’énergie en Asie et dans la zone Pacifique. Un des résultats principaux était le fait que « les services énergétiques à eux seuls ne permettent pas de faire reculer la pauvreté. Ils font simplement passer les bénéficiaires du statut de ‘pauvre sans accès à l’énergie’ à ‘pauvre avec accès à l’énergie’. » En 2000, déjà (il y a 17 ans, le temps passe…), Killian Reiche et al. révélaient qu’il était important de « lier les services énergétiques à d’autres services ruraux » de façon à « améliorer les conditions de vie dans des proportions bien supérieures aux impacts de chacun de ces services pris individuellement ».

Le succès des programmes d’électrification dans les pays en développement ne dépend donc pas tant de leur capacité à fournir de l’électricité à un prix abordable que de l’invention de nouveaux modèles qui permettent aux populations à la base de la pyramide (BoP) d’accéder à des services modernes en s’émancipant des pénalités de pauvreté qui les aliènent.

C’est à ce défi que Power:On s’attaque avant tout. C’est la raison pour laquelle les connexions à notre réseau électrique sont totalement gratuites. Nous voulions ainsi que la transition des carburants traditionnels et nocifs (bougies, piles électriques, lampes à pétrole…) vers l’électricité soit aussi facile et indolore que possible. C’est aussi pourquoi nous vendons des contrats prépayés, que nos clients peuvent facilement comparer avec leurs dépenses passées. Enfin, nous avons même mis en place un programme de microcrédit qui permet aux habitants les plus pauvres d’accéder à des ampoules électriques efficientes de haute qualité pour un coût inférieur aux ampoules de qualité très médiocre habituellement distribuées dans les zones rurales du Bénin.

Mais qu’en est-il des autres services essentiels ? L’éclairage est la première chose à régler, mais c’est loin d’être suffisant. C’est d’ailleurs pourquoi nous ne vendons pas de kits solaires, mais construisons de vrais réseaux électriques, capable de fournir une grande puissance électrique.

En guise d’illustration, j’aimerais partager avec vous une autre conférence TED du très regretté Hans Rosling (vous l’avez deviné, j’étais un grand fan et il va me manquer 😥). Le titre de cette courte conférence est « The magic washing machine ».

Regardez cette vidéo, c’est très important

Demeure cependant une grande question ; comment des familles vivant sous le seuil de pauvreté (i.e. vivant avec moins de 2 dollars par jour) peuvent-elles accéder à des machines à laver lorsqu’elles accèdent à l’électricité ? Elles ne peuvent évidemment pas en acheter: la « ligne d’étendage » est située à 40$ par jour !

Ma solution serait de mettre quelques machines à disposition pour un village entier. Je conviens volontiers qu’il ne s’agit pas d’une idée vraiment originale : ça s’appelle une laverie.

Malgré tout, le fait est que je n’ai jamais vu de laverie dans les zones rurales africaines. Peut-être que je n’ai pas assez bien regardé (dites moi dans les commentaires si vous en avez vu), mais même à Natitingou (la ville de Louise et Jean), où l’électricité est disponible depuis des décennies, les femmes et les enfants lavent le linge à la main.

Les raisons principales de cette absence de lavomatic sont que ce genre d’entreprise nécessite un capital de départ assez important (de quoi acheter quelques machines) et un peu de savoir-faire (pour réparer les machines lorsqu’elles tombent en panne). Mais cela requiert également la conviction que les pauvres sont intéressés pas ce type de services.

Colas est un entrepreneur qui a du SWAG

Si vous n’en êtes pas certains, rappelez vous les mots du sage Hans Rosling : « Les gens votent pour les machines à laver » ! Et la magie est en train d’opérer en ce moment même. L’an dernier à Igbérè, à 40 kilomètres du réseau électrique, alors que l’électricité n’était disponible que depuis quelques semaines, un entrepreneur local a eu exactement cette idée. Je n’ai même pas eu besoin de lui souffler quoi que ce soit. J’étais si fier… Je vous présente Colas.

Colas a commencé petit. L’an dernier, il a construit un modeste atelier dans lequel il lave des motos. C’est un succès énorme ! Les motos ont tendance à prendre très vite la poussière sur les routes locales, et il s’avèrent que les Béninois sont des gens comme les autres : ils aiment prendre soin de leurs motos et les faire briller :)

Aujourd’hui, Colas est toujours à la recherche d’une institution de microfinance qui pourrait lui prêter de l’argent pour ouvrir sa laverie. Ce serait un bon business :je suis certain que le village regorge de clientes qui serait ravies de pouvoir se décharger de cette corvée chronophage. J’espère qu’il trouvera son financement. Nous ferons tout notre possible pour l’aider car la ressource la plus précieuse de l’Afrique sont ces entrepreneurs. Ils savent trouver des solutions étonnantes pour « hacker » les seuils de pauvreté et en faire bénéficier des communautés entières.

Tout cela ne tient qu’à un peu d’imagination et d’esprit entrepreneurial. Et c’est ainsi que Power:On fera la différence dans les zones rurales africaines.

Rejoignez le mouvement ! Turn The Power:On!

Du beau linge bien propre

Si vous avez aimé ce post, appuyer sur le ❤️ pour que plus de gens puissent le lire !