Confiance des internautes dans l’utilisation de leurs données : entre résignation, défiance et progrès

Le 23 juin dernier, la Chaire des Valeurs et Politiques des Informations Personnelles de l’Institut Mines-Télécom organisait une conférence sur la relation entre données personnelles et confiance, en association avec Médiamétrie. Au cœur du sujet se pose la question suivante : « quelles stratégies pour les citoyens-consommateurs en 2017 ? »

Si « la confiance est primordiale pour le vivre ensemble dans la société et le développement de l’économie numérique, qui se nourrit des données des internautes », celle-ci est en chute libre au fil du temps. Le constat est flagrant : internet est indispensable, mais cette indispensabilité ne l’empêche pas de faire l’objet de vigilance de la part de ses utilisateurs.

Mais quelles sont ces préoccupations des citoyens et internautes vis-à-vis de l’utilisation qui est faite de leurs données ?

Etude Médiamétrie / IMT 2017.

Une confiance forte envers l’Etat, mais pas envers les entreprises privées

D’après l’étude menée, la défiance des internautes envers l’Etat est loin d’être aussi prononcée que celle envers les entreprises. En effet, seulement 12% des personnes interrogées disent éprouver un sentiment de surveillance de la part de l’Etat, contre 68% par les entreprises privées.

Pourtant, l’histoire de la régulation du traitement des données personnelles n’a pas pour point de départ l’utilisation qui en est faite par les entreprises, mais bien par l’Etat. Si la CNIL est née, c’est parce que l’administration française souhaitait interconnecter des données dans un même fichier appelé SAFARI. C’est après la révélation de cette affaire par Le Monde qu’est votée la Loi Informatique & Libertés, et mise en place l’institution.

L’intervention étatique dans ce domaine est d’ailleurs encore d’actualité. En témoignent les révélations Snowden, mais également le fichier TES, qui ont suscité de nombreuses réactions.

« Schizophrénie » des internautes ?

Si 91% des internautes souhaitent garder le contrôle de leurs données sur leurs informations en ligne, forcés de constater qu’il y a une certaine résignation chez eux pour le garder. Avec la phrase « j’accepte finalement l’idée que j’ai peu de contrôle sur ce que les entreprises peuvent apprendre en ligne à mon sujet », ils sont 47% à être d’accord.

Pourquoi ? Sûrement parce que les services en ligne proposés sont devenus indispensables à la vie de tous les jours, peu importe la quantité et la qualité de données collectées et traitées. Résignation, mais acceptation.

Oui, mais acceptation accompagnée par le développement de techniques de protection. 65% des sondés déclarent utiliser des pseudonymes sur internet, et la même proportion paramètre son moteur de recherche ou les réseaux sociaux afin de limiter les informations collectées.

Une démonstration de l’opportunité du GDPR pour les entreprises

Cette défiance des internautes démontre bien que la nouvelle réglementation qui entre en vigueur le 25 mai prochain n’arrive pas par hasard. Si les points de ressemblance entre le GDPR et la loi informatique et libertés sont nombreux, il est en revanche incontesté que les entreprises seront plus nombreuses à être en conformité. Les sanctions n’y sont pas pour rien.

Comme nous l’a confié Caroline Lancelot-Miltgen, Professeur en Marketin à Audencia Business School et participante à la table-ronde organisée par la Chaire, la nouvelle réglementation est une véritable « opportunité marketing » pour les entreprises. Il s’agit de reconcevoir les interactions entre entreprises, clients et prospects en mettant en place une relation de confiance. C’est justement dans ce cadre que cette notion, qui d’après Patrick Waelbroeck (intervenant également lors de la conférence) se caractérise par « la sécurité, le respect et la transparence », peut bénéficier tant aux entreprises qu’aux consommateurs.

Retrouver l’intégralité de l’étude ici (Synthèse de l’étude “Données personnelles et confiance : quelles stratégies pour les citoyens consommateurs en 2017?”, Chaire Valeurs et Politiques des Informations Personnelles, Patrick Waelbroeck, Armen Khatchatourov, Claire Levallois-Barth, 23 juin 2017).