Démolissage préventif
Connaissez-vous Augustin Guilbert-Billetdoux ? Si oui, quittez ce blog et n’y revenez jamais plus, lecteur indigne. Sinon, eh bien, vous avez tout a fait raison. Restez vous-même.
Cet auteur de 27 ans avait déjà commis un roman publié chez Gallimard en 2011 : Le Messie du peuple chauve. Titre énigmatique, volume correct, ce livre m’avait été conseillé par une connaissance — que je ne fréquente plus désormais. Il m’a fallu des efforts incroyables pour y parvenir à la page 50.
En gros, il s’agit de l’histoire d’un jeune homme brillant atteint de calvitie. Dramatisant cette tare, notre héros va se faire le porte-parole de la communauté des chauves, et ira jusqu’à les représenter à l’ONU pour faire valoir leurs droits ! D’accord, dite comme ça, l’idée est amusante. Maintenant, imaginez un style prétentieux et très faussement littéraire vous bassinant avec ses chutes capillaires pendant 300 pages… C’est un peu moins alléchant.
Le Messie du peuple chauve était sans doute une bourde de jeunesse, un sujet de nouvelle réhaussé au format roman par un éditeur ami des parents d’Augustin. On l’a vite oublié, d’ailleurs il n’a eu aucun succès et M. Guilbert-Billetdoux n’a absolument pas été médiatisé.

Mais voilà qu’il y a peu, les éditions Gallimard ont proposé un séminaire de lecture. Des auteurs bénévoles pouvaient découvrir en avant-première les futurs “grands titres” de la rentrée littéraire de décembre 2016. Innocemment, je m’inscris, espérant avoir entre les mains avant tout le monde un Sollers ou un Le Clézio. Mais non, voilà qu’on me sert sur un plateau d’or La Destinée du furoncle, le nouveau “chef d’oeuvre” de ce monsieur Augustin Guilbert-Billetdoux !! Avec obligation de le lire !!
Quel ne fut pas mon désarroi… Heureusement, c’est plus court (200 pages) et la quatrième de couverture n’en rajoute pas trop. Le Messie du peuple chauve n’y est d’ailleurs aucunement mentionné, ce qui me conforte dans mon idée que tout le monde, même l’auteur, souhaite oublier ce premier jet. Mais venons-en au fait : le contenu.
Il s’agit, cette fois-ci, d’un enfant qui porte une tache de vin sur le bout du nez. Les 100 premières pages, sans mentir, sont dédiées à la description détaillée de cette marque rouge (par les parents, le médecin, la prof d’école de cet horrible mioche) ainsi qu’à des divagations sans grand intérêt sur la difficulté de passer pour un clown. En gros, il s’agit d’un problème physique insoluble, et le narrateur va devoir apprendre à vivre avec — c’était du moins là ma première supposition quant à ce qui allait suivre.
Mais non : le roman prend une toute autre tournure. Une tournure… inattendue, certes, mais il y a les bonnes et les mauvaises surprises. Le personnage finit par ne plus ressentir de liens avec le monde extérieur que par l’intermédiaire de sa tâche de naissance. Mené par son bout du nez (oh, le joli jeu de mot !!), il n’agit plus que de manière à contenter cette partie de lui-même, comme si elle devenait un être à part qui le dirige totalement. Pour ce qui est de la fin, j’aimerai bien la spoiler pour les quelques abrutis qui ne m’écouteront pas et iront quand même lire cette daube, mais bon, ça serait malhonnête.
Pour être de bonne foi — et parce que mon contrat de lecture m’y engageait — il me fallut faire une critique littéraire de ce barbouillage de plumitif. Que dire ? Déjà, les mêmes défauts que pour le premier roman : des personnages archétypaux et peu attachants, uniquement définis par un point spécifique et sans grande personnalité. Certes, il y a un peu d’humour au début ; en revanche, ce comique de répétition lourdingue m’évoque Mickael Youn : on ne peut s’empêcher de sourire au début, on a pitié assez rapidement. Quand au style, eh bien, M. Guilbert-Builletdoux devrait retourner en prépa, puisqu’il a plus l’air de rédiger des dissertations que de faire du Modiano. Il y a bien une volonté de s’inscrire dans la succession d’une certaine littérature clinique, de faire des études de cas — mais mon dieu, comment fait-il pour trouver des sujets aussi peu attirants.
J’espère par cet article de vous sauver d’une expérience traumatisante. Cette bouse sortira en mai 2016 à la NRF, à moins qu’un miracle (rupture de contrat, mort de l’éditeur) ne nous sauve en dernière minute.