Ubériser la prostitution : une stratégie win-win ?

L’avènement de l’internet et des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) a révolutionné notre quotidien. N’importe quel individu possédant un smartphone peut d’un clic se faire livrer à manger dans la minute (Deliveroo), se déplacer grâce à des chauffeurs privés (Uber), ou rencontrer l’amour (Tinder).
Tout se passe comme si les moniteurs faisaient écran au dialogue, qu’à l’inter-action se substitue l’inter-face…
Mais la technologie n’est pas forcée d’être déshumanisante, et Ultrazuth en a la preuve !
Rencontre avec deux “digital natives” qui disruptent l’humain.
L’ histoire de Xavier et Aurélien débute à Shanghai, sur le campus de l’EDHEC. Les deux parisiens témoignent : ils sont bluffés par la sur connectivité des chinois.
“On a tout de suite compris qu’il y avait beaucoup à apprendre des asiatiques. Là bas, tout le monde est “always on”, tout se fait sur téléphone, on peut même louer des amis !”
Cependant tout n’est pas si rose à l’Empire Céleste, et de l’autre côté de la muraille subsiste une vie insensible à ces bouleversement. A Shanghai, des milliers de femmes doivent faire commerce de leur corps chaque jour pour vivre.

C’est cet autre quotidien que découvrent Xavier et Aurélien lors d’une journée humanitaire qui les marque au fer rouge.
“Tout a basculé ce jour là. A peine rentrés, on a tout de suite invité nos amis à une session de brainstorming. On a loué un espace de coworking, on s’est mis autour d’une table, et on s’est dit : ok, comment résoudre le problème de la prostitution ?”
Récit d’une success story made in France !
Xavier : Je me souviens du premier meeting, c’était un lundi à 11 heures, et la première chose que j’ai demandée à mes amis c’est : qu’avez-vous fait hier soir ?
On a fait un tour de table et on s’est aperçus d’une chose : il y a forcément eu un moment où on a sorti notre téléphone de notre poche pour obtenir quelque chose, et surtout, on est tous rentrés chez nous en Uber.
Aurélien : A ce moment là j’ai regardé Xavier et j’ai senti qu’on tenait un truc. On est allé lire des case studies sur Uber pour comprendre leur stratégie digitale, on a fait un SWOT, et on a compris pourquoi ça marchait.
Xavier : On entend beaucoup de bêtises sur Uber. Mais il suffit se se poser 5 minutes pour mettre à mal tous les clichés. Pourquoi Uber marche si bien ? Parce qu’il protège aussi bien ses employés que ses clients, grâce à sa technologie. Le chauffeur et le client ont une relation privilégiée : on pourrait dire qu’ils se connaissent avant même de se rencontrer. Ils peuvent se voir grâce aux photos, évaluer leur degré de sympathie grâce à la notation, et se trouver grâce à la géolocalisation. Une vraie relation de confiance !
Aurélien : C’est là qu’on s’est dit… Et si on ubérisait la prostitution ?
Xavier : Ça peut paraître osé dit comme ça, j’avoue que je ne l’ai pas tout de suite annoncé à mes parents (Rires). Plus sérieusement, on s’est rendus compte qu’en transférant tous les points forts d’Uber, on pouvait offrir un service à haute valeur ajoutée.
Ultrazuth : Concrètement comment fonctionne votre app, Laydiz ?
Xavier : C’est très simple. N’importe quelle femme est libre de s’inscrire, il suffit de télécharger l’application. Elle envoie ensuite des photos d’elle qui sont traitées par un algorithme. Si l’algorithme les valide, les photos servent ensuite de base à notre équipe pour attribuer un prix de départ à l’intéressée. Ensuite, elle est équipée d’un petit capteur qui la géolocalise en temps réel.
Quand le client ouvre son app, il peut voir en un clin d’oeil qui est disponible près de sa localisation et pour quel prix.
Aurélien : Là où on a un peu amélioré le service par rapport à Uber, c’est qu’on a rajouté un filtre de préférence (race, taille, note etc.) pour être toujours plus près des besoins clients.
Xavier : Oui, et évidemment la note est centrale dans le process. Nous avons une vision française et donc plus humaniste du salariat. Nous pensons que nos employées les mieux notées participent activement au succès de notre entreprise. Nous avons donc mis en place un système de récompense : plus la note de l’employée est élevée, plus elle gagnera à la fin du mois. Les employées sont même libres d’acheter des parts de l’entreprise !

Ultrazuth : Vous suivez vos employés à la trace, vous pouvez évaluer leur prestation… Vous n’avez pas peur d’être accusé d’hypersurveillance comme dans le fameux livre 1894 ?
Xavier : Soupir… Bien entendu, les mauvaises langues et ceux qui sont jaloux de notre succès nous font souvent le reproche. Mais il suffit de connaître la Chine et les Chinois pour comprendre l’importance de ce suivi. La vie n’est pas aussi tranquille là bas qu’à Paris. Il ne faut pas oublier que notre service crée de l’emploi dans un pays en difficulté. Et suivre nos employées, c’est leur garantir une sécurité 24h sur 24. Or ne nous mentons pas, les prostituées doivent faire face à des violences quotidiennes. Si un des clients a un geste déplacé envers nos employées, il reçoit un avertissement, et la fois d’après, il est banni de l’app.
Aurélien : Tout le monde s’accorde à dire qu’on a fait plus pour le bien être des prostituées en quelques mois que le gouvernement en des siècles.
De retour en France, les deux acolytes sont passés par l’incubateur de leur école et sont maintenant CEO et CTO d’une startup valorisée à 3 millions depuis leur dernière levée de fond. Un beau succès et une preuve supplémentaire que la technologie peut être un véritable levier éthique !