Interview du candidat transhumaniste aux élections américaines


Quand il ne surfe pas sur des volcans, Zoltan Istvan est en campagne pour faire connaître les idées transhumanistes au plus grand nombre.

À quelques exceptions près — tatouages, piercings, chirurgie élective — la pratique du design concerne les objets et les espaces, pas les gens. On peut transformer et améliorer son corps à coups de bonnes résolutions et de bonnes habitudes, mais l’idée de manipuler et de reconfigurer le système humain dans une optique design relève encore globalement du fantasme. Au mieux, quand on parle de designer sa vie, ce n’est que métaphoriquement. Mais pour les transhumanistes, l’idée de se designer soi-même est une question concrète — et imminente. Pour Zoltan Istvan, fondateur du Parti Transhumaniste et candidat de ce dernier pour les élections présidentielles américaines de 2016, c’est aussi une question politique.

Transhumanisme

À première vue, Istvan ne semble pas radicalement différent de la majorité des candidats. D’origine hongro-américaine, il est issu de l’Ivy League et a suivi un cursus de philosophie et d’études religieuses à l’université de Columbia. Ancien pratiquant de sports extrêmes (on lui attribue l’invention et la popularisation du volcano boarding, un sport aussi dangereux que son nom l’indique), c’est également un brillant homme d’affaires et un mari heureux père de deux filles. À 41 ans, Istvan serait, s’il était élu, le plus jeune président de l’histoire. Mais s’il parvient à faire entrer le transhumanisme dans le discours politique traditionnel, son âge sera l’aspect le moins remarquable de sa candidature.

Si on pose la question dans la rue, la plupart des gens ne savent pas ce qu’est le « transhumanisme ». Mais tout le monde sait à quoi cela ressemble, car les rêves des transhumanistes sortent tout droit de la science-fiction : prolonger indéfiniment notre durée de vie, améliorer nos sens et en ajouter de nouveaux, voire télécharger notre esprit dans un ordinateur afin d’y vivre pour toujours.

Bien sûr, en un sens, le transhumanisme est déjà parmi nous en pratique. Qu’il s’agisse du rythme toujours plus rapide avec lequel la technologie gagne en vitesse et en puissance, ou de la facilité inquiétante avec laquelle ces nouveaux gadgets deviennent une partie intime de nous-mêmes, c’est même un phénomène très réel. Suffisamment réel en tout cas pour avoir amené la Brookings Institution à publier un rapport sur notre avenir en tant que cyborgs, et sur ce que cette connectivité intime et omniprésente implique pour la loi et les politiques publiques. Pour certains, ce n’est même plus le futur : ceux qui ont un pacemaker, par exemple, sont déjà à moitié machine (quoique de façon peut-être trop prosaïque pour relever de la science-fiction).

Neil Harbisson

Il existe également des exemples plus impressionnants : l’artiste Neal Harbisson, né daltonien, est connu pour s’être fait implanter dans le crâne un appareil qui transforme la lumière visible en fréquences audibles, lui permettant d’entendre « une symphonie de couleurs ». Aussi remarquable qu’elle soit, la prothèse de Harbisson peut également faire de lui une cible. En 2012, l’artiste a été arrêté à Barcelone, et sa prothèse qui le fait ressembler à un poisson-pêcheur a été endommagée lorsque la police a cru par erreur qu’il était en train de filmer les manifestations.

Dans le monde d’aujourd’hui, Harbisson est une anomalie. Mais dans le futur imaginé par les transhumanistes, de telles augmentations ne seraient absolument pas inhabituelles. Elles ne seraient pas non plus réservées aux personnes compensant ce qui est perçu comme une limite, comme par exemple le daltonisme. Pourquoi pas une prothèse qui permettrait de voir l’infrarouge ou l’ultraviolet ? Ou des mains artificielles qui permettraient à quelqu’un d’escalader une surface à-pic aussi facilement qu’un gecko court sur un mur ? Dans la pensée transhumaniste, rien ne doit être écarté : la biologie humaine n’est qu’un point de départ, et les seules limites sont celles qu’impose la technologie.

Mais pour Istvan, toutes les préoccupations d’un programme politique transhumaniste peuvent se résumer à trois priorités principales. Comme il le dit lui-même :

Faire tout ce qui est en notre pouvoir pour donner aux incroyables scientifiques et technologues américains les ressources nécessaires pour vaincre la mort et le vieillissement humain dans les quinze ou vingt prochaines années — un objectif atteignable d’après un nombre croissant de scientifiques renommés.

Créer en Amérique une culture qui accepte que l’adoption et la production de science et de technologies radicalement nouvelles sont dans l’intérêt du pays et de l’espèce.

Créer des barrières et des programmes nationaux et mondiaux protégeant les gens face aux abus technologiques et autres périls planétaires auxquels nous pourrions faire face durant la transition vers l’ère transhumaniste.

Zoltan Istvan, pionnier du volcano boarding

Istvan a présenté ces objectifs dans une chronique d’octobre 2014 pour le Huffington Post, magazine auquel il contribue régulièrement, tout comme Psychology Todayet le blog Motherboard, de VICE.

Il a également été reporter pour National Geographic, et a été publié dans un certain nombre d’autres médias dont Slate et le San Francisco Chronicle. Istvan a été interviewé par John Stossel et Joe Rogan, et ses idées ont été étudiées dans un épisode d’Inside Man, la série de Morgan Spurlock sur CNN.

Compte tenu du CV d’Istvan, il est difficile de le considérer comme un simple cinglé à ignorer. Bien qu’il ne s’attende pas à être élu en 2016, ni même à obtenir un résultat correct, il espère que sa campagne fera entrer dans la discussion politique des idées transhumanistes comme l’extension de la durée de vie humaine et l’éradication systématique des maladies.

Récemment, j’ai eu la chance de parler à Istvan sur Skype au sujet de ses ambitions présidentielles. Ce qui suit est un dialogue ayant été condensé et révisé par souci de concision et de clarté.


Découvrez la suite de l’histoire sur Ulyces.co.

Une histoire de Ajai Raj, traduite de l’anglais par Clément Martin d’après l’article « The Transhumanist Who Would Be President », paru dans re:form.

Couverture : Zoltan Istvan.

Création graphique par Ulyces.

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