On change tout, et on recommence.

Début du second semestre

Adrien
Adrien
Mar 20, 2019 · 7 min read

Mardi 22 janvier 2019, Talence. À l’Université de Bordeaux, les couloirs reprennent peu à peu vie. Depuis quelques semaines déjà, L2 et L3 ont repris les cours. Étudiants et étudiantes de première année viennent à 11 h pour un amphithéâtre de réunion, sur une matière qu’ils ne connaissent pas. Des groupes se forment bien une demi-heure avant, pour discuter de ce qu’il s’est passé ces dernières semaines. Puis vient l’heure, et les groupes entrent dans un amphi bondé. Au bout de trois quarts d’heure, la réunion (qui paraissait longue et inutile) est clôturée. Il est 11 h 45, et les étudiants peuvent rentrer chez eux, car cela était leur seul “cours” de la journée.
Cela ne vous rappelle rien ? Non, nous ne sommes pas à la rentrée du premier semestre, mais c’est tout comme.

Bienvenue dans le deuxième semestre de ma licence à l’Université de Bordeaux !

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Les partiels du premier semestre sont passés, les étudiants ont profité du week-end prolongé… L’heure est (re)venue de travailler, pour quatre mois de plus.

Tout, tout, tout a changé

Ce qui était prévisible est arrivé : au second semestre, groupes de TD, emplois du temps, manières même d’apprendre, changent radicalement. Un grand virage qui va en perdre plus d’un.

Le premier semestre des licences scientifiques proposées par l’Université de Bordeaux passent en effet par un portail obligatoire, permettant ensuite d’accéder aux licences le composant (même si une passerelle est possible, et certains le font). Ils sont au nombre de deux :

  • MISIPCG, alias Mathématiques, Informatique, Sciences pour l’Ingénieur et Physique (c’est-à-dire Mécanique et Électronique), Chimie, Géosciences ;
  • SVSTC, pour Sciences de la Vie, Sciences de la Terre, Chimie.

Ce système de portail disparait au second semestre, les étudiants ayant choisi (dès novembre…) la mention de leur future licence, pour l’instant encore regroupées par paquets, comme « Mathématiques–Informatique », « Sciences pour l’Ingénieur » ou « Physique–Chimie », avant une nouvelle spécialisation au prochain semestre.

Également, l’Université de Bordeaux a mis les moyens humains et financiers pour un meilleur accompagnement des néo-étudiants, en leur faisant passer ces cours quasi-intégralement en TD, c’est-à-dire en groupe d’une quarantaine d’élèves suivi par un prof, au lieu des habituels amphithéâtres de 250 places. Le but originel est d’éviter ainsi que ceux-ci “se perdent”, soient démotivés… mais cela a un coût. Le dispositif n’est alors conduit que pour le premier semestre, et dès le second, les cases turquoises, synonymes de séances en amphi, sont beaucoup plus présentes dans l’emploi du temps des étudiants étant restés pour le second semestre.

Se faisant, l’emploi du temps des étudiants en S2 se trouve considérablement plus réduit qu’au premier semestre, de nombreuses matières disparaissant — même si cela dépend de la licence — au profit des matières de la mention, dont les cours se passent intégralement en amphithéâtre. La moitié de la promotion se retrouvera ainsi plusieurs fois par semaine, ensemble, pour suivre des cours magistraux, dictés par un enseignant-chercheur au fond de la salle. Le souvenir de l’enseignant de TD qui aide à la compréhension du cours est encore proche, mais ne semble plus alors en ce jour qu’un souvenir…

L’emploi du temps est également le nerf de la guerre des étudiants. Ceux-ci, connaissant leur groupe de TD depuis la mi-décembre, et leur emploi du temps depuis les vacances, se sont amusés, lors des discussions avant les examens, à le comparer à tout va, à chercher les jours fériés, jours du prochain DSI, semaines vides et autres journées compliquées. Une sorte d’apprentissage par cœur… alors que contrairement au premier semestre, celui-ci est beaucoup moins systématique, des cours volant entre semaines, les salles changeant régulièrement, etc.
Les étudiants en mathématiques & informatique ce semestre ont ainsi un emploi du temps très calme, même si peu équilibré… tandis que les personnes en physique sont beaucoup plus occupées, mais avec une journée de libre. Certains étudiants prévoient déjà leurs prochains voyages sur le semestre, ou d’autres… leurs périodes de révisions. Les jeunes sont désormais rodés à l’exercice de l’université, et peuvent déjà planifier soirées, bûchage et autres, connaissant leurs limites.

Cette première semaine de cours post-partiels est au final très calme. Les TD ne se mettant en place qu’une fois certains cours passés, la semaine est entièrement en amphi, le tout pour… cinq cours, dont trois le vendredi.
En amphithéâtre, bondé (spoiler : pour l’instant), le cours est roi. Le ou la maître de conférence doit être et est écouté·e, et (pour l’heure) personne ne parle en amphi, ou presque. La mention spéciale vient à une enseignante d’informatique… et son micro, qui taisent tout bruit dans la salle (grâce à un magnifique Larsen, notamment).

Mais, tout comme au S1, les premiers jours de cours forment une semaine spéciale, un peu à part du reste du semestre. Dès le mardi suivant, l’effervescence du semestre nouveau laisse place aux premiers doutes.

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Un joli présage sur la fac, au milieu de l’orage.

Après la relative anonymisation des étudiants au milieu de l’amphi, et avec le manque d’interactions sociales que cela engendre, vient en effet le jour des premiers TD. Groupe plus restreint oblige, les étudiants peuvent plus difficilement se cacher, et vont devoir… communiquer. Et tout est à réapprendre : les personnes du groupe de TD du premier semestre sont parties dans des directions différentes, et parmi même ceux qui sont allés dans ma filière (Maths-Info), tous ont été disséminés dans divers groupes de TD. À une relative exception, spécifique à ma mention : je retrouve la moitié d’entre eux, pour certains cours destinés aux étudiants faisant des études internationales. Et c’est cette exception qui va me jouer des tours ce semestre. La raison… Accrochez-vous, c’est technique :

Au premier semestre, les étudiants en parcours international (PI) étaient regroupés à chaque fois dans le même groupe de TD, mais selon leurs choix de mineures. Il y avait ainsi cinq groupes de PI, selon les mineures, qui étaient également mélangés en TD avec des étudiants non-PI. Au second semestre, les PI se sont réorientés, mais retrouvent chacun pour certains cours, les étudiants en PI ayant choisi leur mention… sauf pour un cours, où les PI de chaque groupe de premier semestre se revoient. Compris ?

C’est ainsi qu’en TD, je me retrouve avec trois groupes différents, selon les cours. Et ce, sans qu’il en est été mention. Difficile ainsi pour tous de faire ses marques en début de semestre, tant les têtes changent, entre amphis, cours en français, cours en anglais voire cours d’anglais. On se repère alors à des visages familiers, comme au premier semestre ; pour moi, un quatuor d’étudiants en PI du premier semestre, qui sont encore dans mon groupe, et ainsi dans tous les cours.

La situation va encore plus se perturber quand des étudiants d’un autre groupe rejoindront le nôtre en milieu de mois, pour quelques matières, en raison d’un sureffectif (55 étudiants contre 45 places par salle)… ce qui indubitablement crée des conflits d’emploi du temps, et un jeu de chaises musicales selon les cours.

Ainsi, en dehors des « groupes sociaux » déjà établis, venant de relations amicales du lycée ou du premier semestre, les communications sont difficiles. Au premier abord.

Tout, tout va continuer

Durant deux à trois semaines, les regards se croisent, entre personnes encore anonymes. D’abord vides de parole, des petits regards pour chercher à repérer les lieux, à tenter de reconnaître des visages. La majorité des étudiants sont concentrés sur les cours, pour ne pas perdre le fil, maintenant que les enseignements se font en amphi, donc dans un cadre moins personnalisé. Durant les TD, heures où l’on ne fait plus que des exercices, les étudiants sont concentrés sur les corrections des professeurs. Peu de discussions et une ambiance presque solennelle.

Puis peu à peu, certains éléments rallient la ou les “classes”, si l’on peut les appeler comme telles, et créent une atmosphère légèrement plus décontractée : un élève sachant répondre aux questions les plus ardues d’un professeur d’analyse mesquin, un autre qui a un tic de langage et de méthode faisant sourire les élèves, ou une enseignante de « culture » qui s’élance dans de grands cours de philosophie jusqu’à pas-d’heure. Surtout, les amples communications entre membres du groupe sur Messenger, la messagerie plus ou moins interne de Facebook, où tous les étudiants [sauf moi 🙄] ont été rajoutés dans une conversation commune dès les premiers jours, ont permis de faire connaissance relativement vite, et de se découvrir en dehors des quelques heures de cours communes aux groupes (en raison des multiples classes, cf. ci-dessus).

Le résultat se voit. Quelques semaines après le début des cours, les étudiants vont partir en vacances en parlant beaucoup plus entre eux, en s’appréciant. Même s’il reste de nombreuses « zones d’ombre », et une différenciation assez marquée des « groupes sociaux » en TD, la mayonnaise a pris pour le groupe de classe, et les gens sourient beaucoup plus, parlent avant les cours, voire s’invitent dans des soirées… comme à la même époque, au premier semestre.

Car il est probable qu’au fond, ce comportement ne soit qu’une question d’habitude. Tout comme les premières semaines d’une nouvelle année scolaire, les premiers jours de nouveaux semestres, où la promotion, les groupes de TD sont modifiés, sont durs à appréhender, font douter, et font penser aux étudiants que ce semestre sera compliqué… Et comme au premier semestre, ces sentiments vont rapidement s’estomper, par la formation peu à peu d’une nouvelle cohésion de classe. Certes, et comme pour les années collège & lycée, cette dernière sera différente de celles connues les semestres, les années précédentes, et dépendra des matières, des personnes, du contexte de la période. Mais la peur de l’inconnu, élément classique de tout nouveau groupe de classe, laisse vite place à des échanges plus ou moins fournis, et une appréciation des autres. La crainte ressentie par chacun, les vides, blancs, hésitations de début du semestre, ne sont qu’une période d’adaptation entre deux nouveaux effectifs de TD, entre deux nouveaux « groupes » de classe. D’ici quelques semaines, chacun se connaîtra, avec plus ou moins d’affinité ; et ces questions, ces appréhensions, ne se poseront plus.

Jusqu’au prochain semestre, tout du moins.

Un robot à la fac

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