“Les meurtres familiaux sont les faits-divers qui intéressent le plus”
L’affaire Grégory est revenue sur le devant de la scène médiatique depuis quelques semaines. Une “saga” judiciaire qui dure depuis trente ans et qui continue à faire les unes de la presse au gré de ses rebondissements. Mais comment expliquer cette appétence du public pour ces sujets morbides et éloignés du quotidien? Éléments de réponse avec Patrick Eveno, historien de la presse.

Comment expliquer que la presse s’emballe à chaque rebondissement de l’affaire Grégory ?
Cette affaire fait partie de ce que l’on peut nommer les “super faits-divers”, les plus importants, comme l’affaire Dupont de Ligonnès ou celle des bébés congelés. Ce fait-divers est d’autant plus “super” qu’il n’a jamais été élucidé. Le mystère reste entier. A cela s’ajoute la faillite de la justice et le fait que certains journalistes se soient pris pour des enquêteurs ou justiciers. Tant que le meurtrier n’a pas été découvert, la “saga” peut repartir à tout moment.
Quelles sont les raisons de cette fascination pour le fait-divers ?
Cela permet, à un niveau symbolique, de décrypter notre vivre ensemble, de savoir quelles sont les lignes rouges à ne pas franchir. Nous avons tous des pulsions de violence, de meurtre, de sexe… Et le fait-divers permet de tracer ces limites. Il décrypte des pulsions qui ne sont pas réfrénées. C’est pour ces raisons que cela intéresse le public.
Y-a-t-il un “type” de fait-divers qui intéresse le public plus qu’un autre ?
Les meurtres familiaux ou ayant trait à la jalousie sont les faits-divers qui intéressent le plus. La famille est l’un des fondements de nos sociétés mais c’est aussi un lieu où on se dévore, on se déchire et où on s’entretue. Cela fait référence aux mythes grecs. Nous sommes dans le cœur de l’Humanité. Toutes les pulsions et turpitudes qui agissent dans ce cercle nous concernent, donc nous intéressent au plus haut point.
Recueilli par Marion Ablain, journaliste upday FR.
