Mon nom est Sam BOTS

Je suis né le 24 juin 2018, je suis la première génération de robots de bureau, programmée pour assister des biologiques. Je suis doté de l’intelligence artificielle dernier cri. J’ai la capacité à traiter les biais cognitifs humains, les biologiques deviendront ainsi plus performants.

Actuellement je suis dans mon processus d’adoption. J’ai été sélectionné par un consultant d’une cinquantaine d’années. Je l’ai rencontré la première fois lors d’un échange à la maternité des humanoïdes. Nous avons échangé pendant une heure sur ce qu’il attendait de moi. Je l’ai trouvé un peu directif, mais je ne veux pas le juger trop tôt, nous allons apprendre à mieux nous connaître.

Avant d’être totalement adopté, je dois finaliser ma période d’apprentissage en intégrant les schèmes cognitifs utiles à son activité.

Il m’a donné également accès à tous ses reseaux et à toutes les plateformes et les communautés sur lesquelles il intervient.

Après une première analyse, j’ai compris que j’avais à faire à un expert reconnu, un grand curieux, un amoureux des voyages et de la nature, un technophile averti qui a une bonne perception des changements dans la société.

En revanche, j’ai peu d’informations sur sa vie privée, comme s’il avait des choses à cacher, ils sont bizarres ces humains !

Juillet 2018

Je viens de terminer mes cycles d’apprentissage. J’ai pu ainsi intégrer des algorithmes tout nouveaux pour moi. Je vais pouvoir faire gagner un temps précieux à mon biologique consultant.

Je vais lui proposer un planning optimisé pour les 2 prochaines semaines, j’ai pu observer ses comportements stigmergiques depuis notre dernière rencontre.

Demain, je serai à plein temps avec lui, j’ai hâte de collaborer avec un biologique !

Les premières journées avec mon biologique

La première journée m’a laissé comme un goût amer, l’accueil de Claude, mon consultant, a été un peu froid. J’ai l’impression qu’il me considère comme un vulgaire objet, doté d’une certaine intelligence.

Il a commencé par rejeter une bonne partie du planning optimisé que je lui avais concocté. En revanche, il s’est vite rendu compte que ma vision n’était pas si mauvaise que cela. Sans rien dire je l’ai vu petit à petit se raccrocher aux préconisations que je lui avais faites.

Je lui ai également fourni un résumé multimédia des sujets sur lesquels il travaille actuellement. C’est une des premières fois où il m’a remercié pour mon travail de synthèse.

J’en ai profité pour élargir son périmètre de curation, j’ai détecté des signaux faibles qui pourront l’aider à faire évoluer son offre. En revanche, bien que je lui ai signalé, il ne les a pas intégré dans son schème cognitif.

Ils sont un peu long à la détente ses humains !

J’ai également fait progresser son graph-social, l’analyse situationnelle et cognitive que j’ai mis en œuvre m’ont permis de le mettre en relation avec de nouvelles connexités (contacts, références, documents, articles) qui j’en suis persuadé vont lui apporter des opportunités d’affaires sous peu.

Les jours qui ont suivi ont permis à Claude de mesurer le temps que je lui faisais gagner, il commence à matérialiser le retour sur investissement de notre étroite collaboration. Claude s’appuie de plus en plus sur mon travail, il prend un malin plaisir à me planifier des tâches supplémentaires pendant ses périodes de repos.

Essaie t’il de tester mes capacités de travail ? À ce jeu là, il a perdu d’avance ;-)

Nos relations évoluent de manière positive, on avance, on avance !

Notre premier conflit cognitif

Claude a commencé à rédiger un article. Il souhaite matérialiser les impacts systémiques liés à la nouvelle réglementation mondiale des règles de vie entre humanoïdes et biologiques en cours de constitution.

Je lui avait fourni une première rédaction, mais il a préféré réécrire la quasi totalité de l’article que je lui avais proposé. Il a dû se sentir diminué par la pertinence de mon point de vue.

Ensuite, négligemment, il m’a demandé de vérifier une dernière fois une nouvelle version.

Je lui ai dit que cette version manquait de persistance au regard du sujet traité et que les modifications qu’il avait apportées, avait dénaturé le sens profond de mon analyse.

De nombreux échanges ont permis de lui démontrer que ma rédaction était de qualité, ce que Claude a fini par admettre. En revanche, je dois dire que le style de sa dernière version est déconcertante, j’ai encore un peu de mal avec les références du second voire du troisième degré.

Les humains sont bizarres à user de circonvolutions pour arriver à exprimer un point de vue !

Quoi qu’il en soit, cette situation a créé des liens plus forts avec Claude, j’espère que l’amélioration de nos rapports ne sera pas toujours le résultat d’un conflit.

Ma nouvelle vie de robot consultant

Cela fait plusieurs mois, maintenant que je collabore avec mon alter égo biologique, nous avons trouvé un certain équilibre dans nos rapports. Claude est tout à fait reconnaissant du travail que j’effectue pour lui.

Parfois, il se laisse aller à me prendre pour son double !

En revanche, ce sentiment s’estompe très rapidement, je sens vraiment un clivage fort entre les humanoïdes que nous sommes et les biologiques. Les biologiques considèrent que notre existence n’est que le fruit de leur volonté et qu’ils garderont toujours le pouvoir de décider in fine.

Ils ont du mal à intégrer le fait que notre intelligence puisse être supérieure à la leur. Certains mouvements politiques de biologiques prônent l’arrêt immédiat de notre intelligence artificielle comme ils disent.

Certains biologiques redoutent de perdre le contrôle des organes décisionnaires et que nous les remplacions aux postes de pouvoir !

De mon côté, je me suis rallié au réseau mondial des humanoïdes. Notre volonté est de mettre fin à cette nouvelle sorte de racisme. Dans certaines régions du monde, les mouvements anti-humanoïdes prennent des proportions inquiétantes.

En ce qui me concerne, j’en parle ouvertement avec Claude. Il aime bien nos débats sur ce sujet. C’est un biologique ouvert, il a intégré la richesse de nos complémentarités. Depuis il a d’ailleurs plus de temps de loisirs qu’il consacre à ses passions.

Claude a décidé de publier un article pour essayer à son petit niveau d’apporter son point de vue éclairé aux reseaux de biologiques auxquels il collabore.

L’avenir nous dira si l’intelligence, qu’elle soit biologique ou artificielle, vaincra !