Mr. Robot : jeu de miroirs

Cet article contient des spoilers jusqu’à l’épisode 4 de la saison 1 de Mr Robot.

Cet article contient des spoilers jusqu’à l’épisode 4 de la saison 1 de Mr Robot.

Mr Robot est né d’une frustration. Une frustration chez son créateur, Sam Esmail, de ne pas voir la culture des hackers représentée fidèlement à l’écran. Et même si Mr Robot n’est pas exempt d’une représentation archétypale du hacker du XXIème siècle, elle a le mérite d’aborder son sujet avec le sérieux qu’il mérite. La citation de Romero (devant le désopilant Hackers de 1995) dans cet épisode 4 résume cette intention :

“I bet you right now some writer is working hard on a TV show that’ll mess up this generation’s idea of hacker culture.”

Certes, cela confond Sam dans son intention d’être le white hat de cette machine hollywoodienne, mais l’intention et surtout l’exécution engendre ce que l’on peut voir de plus convaincant sur le sujet depuis des lustres.

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Ce 4ème épisode nous montre que Mr Robot a définitivement des choses à raconter sur ses personnages, derrière les lignes de code. Même si le hacking reste la thématique profonde, il représente une tension et des rapports de force tangibles, car inscrits dans notre époque. Elliot combat comme il peut ses démons (ou daemons) en se promettant une dernière ligne… de morphine ? De code ? Cette volonté de détruire Evil Corp ne sert pas seulement un discours d’apparence démago, mais l’expression d’une volonté : la vengeance. Les actes d’Elliot deviennent alors sensés, résultat d’une volonté propre et non d’un furie destructrice.

Le hacker, même si vu comme un agent surpuissant inarrêtable (sauf par ses pairs), agit avec son libre arbitre. Fsociety (pour Fuck society) reste un groupe anarchiste visant à faire tomber les véritables maitres de ce monde : les corporations, les multi-nationales tentaculaires. Une intrigue manichéenne certes mais qui reflète le statut de justiciers que certains de ces groupes peuvent revêtir. La série essuie cependant les critiques de cette représentation quasi-terroriste du hacker, junkie à ses heures. Mr Robot ne dépeint pas directement Anonymous ou LulzSec, mais le personnage d’Elliot, aux tensions bien identifiées en tant que personnage, et non en tant que représentant du mouvement des hackers. Le signifiant et le signifié sont différents : le hacker n’est pas systématiquement junkie, asocial et chevalier blanc (ou noir), il est tout simplement un agent utilisant ses compétences techniques pour ce qu’il croit.

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La nécessité dramatique de Mr Robot dirige forcément son sujet et cette représentation, dans le but d’évoquer chez son spectateur le monde dans lequel il vit. En ceci, la série a un côté meta prononcé. Reflétant délibérément l’actualité, elle fait aussi directement référence à son statut de “série sur le hacking”, un sujet extrêmement technique et culturellement déjà bien installé. Mr Robot va donc à l’encontre de ces représentations biaisées et archétypales par la télévision et Hollywood. Cette intertextualité muette rend la série consciente de son statut. Quoi de mieux que l’expression même d’un produit capitaliste (le série TV sur une grande chaine du câble) pour dénoncer les dérives du capitalisme. Comme son personnage, Elliot, qui semble tout à fait conscient de son statut de personnage. À l’instar de Mr Robot, nous, spectateurs, ne sommes que le produit de l’imagination d’Elliot, assistant impuissant à sa déroute.

Cet épisode 4 est important car il introduit la thématique forte de la série comme le souligne Vulture : les daemons, ces programmes fonctionnant en arrière-plan ne nécessitant aucune action utilisateur. L’addiction d’Elliot, son anxiété sociale, son trouble de personnalité apparent sont ses démons. Elliot est-il réel ? Probablement. Mr Robot est -réel ? Probablement pas. Fsociety est-il la pure création d’Elliot ? Sûrement. Elliot est né il y a 1 mois selon Angela. Et il y a prés d’un mois, Mr Robot apparaissait sur les écrans d’USA Network.

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