Ma premiere cérémonie d’Ayahuasca : entre paradis et enfer

En avril, j’ai participé à ma première cérémonie d’ayahuasca. Ça faisait un moment que j’y pensais et je m’étais pas mal renseigné sur ce truc. J’avais entendu et lu de tout. Du style » ça a changé ma vie, j’ai affronté ma laideur intérieur et observé la beauté de la vie » où des trucs moins sympa comme « ce truc est dangereux, la plante te possède et tu deviens fou. Y’en a qui sont restés perchés ». J’avais vraiment envie de voir pas moi même. Même si j’y pensais depuis 2 ans je le sentais pas vraiment, je me sentais pas prêt d’affronter ce que j’aurais pu y trouver. Mais cette fois-ci quand l’occasion s’est présentée, je me suis dit que le moment était venu.

La diète

Après une semaine de diète riz blanc et bananes je suis prêt pour le grand soir ! Déjà avec cette diète je me sens mieux, un peu plus « dans mon corps » et plus proche de mes ressentis. Ça m’a fait réfléchir sur les tas de conneries que j’ingurgite d’habitude.

L’accueil J’arrive sur le lieu où se déroule la cérémonie. On me propose un peu de « rapé » (non c’est pas du fromage), c’est une poudre de tabac. En Amazonie le tabac est une plante sacrée et guérisseuse (rien à voir avec ce qu’il y a dans nos clopes). Je m’assoie en face du Chaman qui m’envoie un shot de rapé dans chaque narine avec une « paille » en bois. Tout mon corps se détend, le temps s’arrête, un large sourire s’affiche sur mon visage, et une larme se met à couler mais ça c’est à cause de la poudre de tabac dans le nez. C’est l’équivalent d’une profonde méditation d’une heure, mais les effets ne durent que 5 minutes.

La cérémonie

Tous vêtus de blanc sur nos matelas nous attendons notre breuvage. J’avoue être bien flippé à ce moment mais bon je vais pas reculer si prêt du but. Mon tour arrive, je bois ce jus marron… au niveau du goût l’ayahuasca ça équivaut à boire de la terre.

Une fois le verre bu je retourne à mon matelas. On me dit que ça met 20–30mn à monter mais au bout de 10 minutes je me sens déjà partir. Mon corps entier s’engourdit. Les sons commencent à se modifier. Les voix paraissent être des chuchotements et j’entends les petits bruits de façon amplifiée.

Puis j’ai commencé à entendre des « ondes » autour de moi. Un peu comme si j’étais dans un micro onde géant, tout vibrait, tout résonnait. Et mon corps c’est mis à trembler, comme si je mourais de froid. Ces tremblements étaient incontrôlables, impossible de les stopper. J’étais comme un astronaute dans une fusée en décollage. Je sais pas combien de temps ça a duré mais j’ai bien cru que j’allais y rester !

D’un coup tout s’arrête. Le calme absolu. La paix intérieure. Je suis dans un univers rempli de lumière. Immaculé de blanc et de violet, il y a un silence, une quiétude, c’est magnifique. Un large sourire indécrochable se tire sur mon visage. Je suis au paradis.

Pendant ce temps, le Chaman est en train de chanter. J’entends ses chants au loin, en sourdine, et même si je ne comprends pas ce qu’il chante je comprends qu’il partage ce moment avec moi.

Mais l’ayahuasca a tenue ses promesses et m’a montré ma noirceur. La soirée c’est alternée entre séjours au paradis et en enfer. Au début tout c’est fait dans la compassion. J’ai plongé dans mon passé mais j’étais un observateur extérieur aux scènes, je ne les revivais pas vraiment. Ce qui m’a permis de comprendre des événements avec le détachement émotionnel nécessaire. À un moment je me suis vu me consoler. Je tenais dans mes bras l’enfant que j’étais à 10 ans et je lui disais que tout allait bien, que ce n’était pas grave, que ce n’était pas sa faute. C’était intense !

Au dessus de chaque homme, chaque animal, chaque plante, je voyais une sorte de cordon lumineux. Tous ces cordons remontaient vers une seule et unique source, une sorte de halo lumineux, un soleil blanc. Je me souviens m’être dit « mais oui, nous sommes tous connectés à la même source. Comment ai-je pu l’oublier ? ». Ce constat était tellement rassurant, j’en avais mal aux joues tellement je souriai. Je me suis senti en fusion avec toutes les personnes dans la salle. Une partie de moi était en chacun d’eux.

Ensuite je me suis concentré sur les chants du Chaman. Je ne comprenais rien à ce qu’il chantait mais j’avais l’impression qu’il m’encourageait à tuer le serpent que je voyais. Alors je m’y suis mis. Je me voyais en pleine Amazonie avec mon arc en train de le chasser. Une fois le serpent abattu, les chants m’ont parus différents. J’étais sûr que ces chants étaient là pour me féliciter de ma prise. Alors je paradai avec mon serpent mort à la main (c’était en vision, en réalité j’étais en complète léthargie sur mon matelas).

Et puis ce sont enchaînées une série de « révélations ». J’ai découvert la place importante que prenait mon ego. Je l’ai transformé en fourmi, et je jouais avec, c’était une façon de me montrer que mon ego n’était pas maître. J’ai également compris que la seule personne qui peut me faire souffrir c’est moi même, que les autres sont une projection de ma réalité et que c’est mon interprétation des événements qui peut m’amener à souffrir. J’ai également compris que nous étions tous fait d’énergie et connectés par cette énergie de façon invisible.

Ensuite j’ai vu mes proches. J’en ai pris certains dans mes bras, j’ai dansé avec d’autres pour célébrer la vie. Chaque personne avait une forêt à la place du ventre. Mais certains n’avaient qu’une terre aride, sans végétation. Je l’ai interprété comme ceux qui ne vivaient plus vraiment, ceux qui s’étaient coupés de leurs émotions, qui vivaient en pilote automatique. Je me sentais triste et compatissant pour eux.

Arrive le moment le plus sympa… Le vomis. Malgré ma diète et mon estomac vide de la journée j’ai vomis en grande quantité. À chaque « expulsion » j’avais des images de limaces noirs qui sortaient de mon corps. Le lendemain on m’a expliqué que c’était très bien de vomir. Que c’est la façon qu’a le corps de libérer toutes la noirceur et les émotions non digérées du passé.

Une fois l’estomac bien vide j’étais reparti ! J’ai joué à cache-cache avec les indiens dans la forêt. J’ai senti à quel point la nature était puissante. Je me voyais dans l’Amazonie, chargé d’énergie par les plantes qui m’entouraient.

Un deuxième pour la route ? Au bout de 3 heures les effets s’estompent, je prends un deuxième verre… et rebelote. Re effet micro onde, astronaute qui décolle et tout. Mais cette fois c’est moins drôle. Je commence à m’agiter dans tous les sens sur mon matelas comme si j’étais dans un cauchemar. Je deviens vraiment agité, la sœur du Chaman s’approche de moi. Dans l’effet hallucinatoire je la vois arriver de la forêt (alors que nous étions dans une salle) en tenue traditionnelle de sa tribu. Et juste en posant sa main sur mon épaule tout est redevenu calme.

J’étais comme Jesus, Bouddha ou un truc du genre. Rempli d’amour et de compassion pour les gens dans la salle et pour le monde en général. Si j’avais pu prendre chaque être humain dans mes bras je l’aurais fait. Autour de moi ça chantait, ça dansait, ça rigolait à gorge déployée et ça vomissait aussi à gorge déployée. Toute l’expérience était ponctuée de sensations étranges. Des chuchotements, des vibrations, des voix…

Je me suis levé au petit jour frais comme un nouveau né. Toutes mes sensations étaient remises à zéro. Je redécouvrais le monde. C’était une vraie jouissance de regarder le sourire des gens, de sentir la chaleur du soleil sur mon visage… tout était neuf.

Je suis rentré chez moi en me faisant la promesse que ce n’était pas la dernière cérémonie à laquelle j’assisterai 😊


Originally published at vers-leveil.com on December 13, 2016.