Glane ta bouffe

Ceux qui me connaissent personnellement savent que depuis (presque) un an, je fais les fins de marché. On appelle cela du glanage, de la récup’ d’invendus, freeganisme, dumpster diving chez nos amis américains… même méthode : attendre la fin de marché pour récupérer ce qui sera jeté. 
Cette pratique, j’en ai entendu parlé lors de mon investissement au sein de Freegan Pony et puis j’ai franchi le pas avec mon ami Aleki, (très) grand optimiste écologique… J’ai été bluffée par la quantité de fruits et légumes que l’on pouvait ramasser… et qui partait à la poubelle.

Premier glanage… On peut dire que c’est une réussite !

Je me souviens encore avec émotion des smoothies banane-fraises-melon-orange-citron-menthe que l’on avait concocté, et des dix cagettes entassées des poivrons que l’on avait trouvées (rassurez-vous, on n’a pas tout pris)… Jusque là, j’étais consciente du gaspillage alimentaire en France : mon expérience au Freegan Pony m’avait appris que Rungis jettait une tonne de fruits et légumes par jour… Mais voir ça de mes propres yeux, et dans un endroit à échelle plus “humaine” m’a eu l’effet d’une grosse claque : comment pouvait-on jeter autant de nourriture encore consommable à la poubelle ?

Redonner de la valeur à ce que l’on mange

Glaner sa nourriture a plusieurs effets sur moi : j’ai la sensation de retourner à une sorte d‘état primitif où je fais la chasse pour manger. C’est un sentiment grisant et gratifiant (“c’est nous qui l’avons fait !”), et je prends beaucoup plus conscience d’où provient ma nourriture, le temps que cela a mis pour que ces fruits et légumes arrivent à maturité. Ça a l’air de rien comme ça, mais en voyant tous ces végétaux par terre, entassés dans des cagettes ou dans une benne, il y a de quoi questionner la méthode de production agricole massive… Finalement, ces légumes tout cabossés étaient aussi bons que leurs comparses après un nettoyage un peu plus poussé. En somme, faire les invendus a été le gros déclic qui m’a amené à repenser vraiment mon mode de consommation.

Et puis, cela me donne l’occasion d’expérimenter des choses : on doit redoubler d’astuces pour associer certains aliments qui seront périssables le jour même. Ou encore, cuisiner des parties de légumes ou fruits que l’on aurait jamais pensé faire avant… Que faire avec des verts de poireaux, des fanes de carottes et des feuilles de betteraves ? Oh, et puis, ces feuilles de choux là, en soupe c’est parfait… à moins de les utiliser comme substitut de feuilles de riz pour faire des pâtés impériaux ?

Faites le grand saut

Quelques conseils pour bien faire son glanage :

  • La taille du marché : plus celui-ci est grand, plus il y aura de gaspillage…
  • La date : quand il n’y a pas de marché le lendemain, souvent les maraîchers jettent plus car il leur est impossible de revendre les légumes qui font la gueule… Dimanche est donc le meilleur jour :-)
  • La météo, l’heure… : la dernière fois, je me suis rendue à Aligre à 15h en me disant “mince, c’est peut être trop tard”, et c’était en fait l’heure parfaite. Tandis que le petit marché rue des Pyrénées à côté de chez moi a ses trésors à partir de 14h…
  • Sortez équipé-e : sac à dos pour les charges lourdes et secs, sachets en plastique pour les denrées plus vite périssables (souvent les fruits : fraises, mûres…), cabas pour ranger rapidement… et si vous avez, un couteau suisse peut sauver la vie parfois !
  • GET YOUR HANDS DIRTY : une pomme ou une orange qui est sur la voie publique et en super état n’est pas sale, je vous assure. Triez les cagettes, regardez au fond du fond… Bref, n’y allez pas de mains mortes et ne mettez pas vos plus beaux vêtements pour y aller.
  • Soyez patients : quelques maraîchers vous enverront bouler tant qu’ils n’auront pas rangés leur stand — et qu’ils n’auront pas fait le deuil de certains légumes… car avouons-le, c’est souvent une histoire d’ego de ne pas vouloir se séparer de légumes tombés par terre !—, soyez gentils et demandez avec un grand sourire. Ou repassez plus tard, et vous pouvez être sûr-e que les légumes seront toujours par terre…
  • Gardez les yeux ouverts ! Les meilleures choses se passeront sous votre nez :-)

Pour finir, partagez ! Que ça soit avec les gens sur place, ou avec vos amis une fois le méfait accompli… Et pourquoi pas les convier autour d’un grand repas ! Comme dirait mon amie Jesse : “C’est encore meilleur parce que c’est gratuit !” ;)

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