Comment protéger 1 million de personnes des risques de tsunami “en une semaine”

En Guadeloupe et aux Antilles, la société civile s’organise et construit son propre système de protection

Dans les caraïbes, l’eau est belle, le vent est chaud mais le risque de tsunami est majeur. Au point que l’UNESCO incite chaque année les différents états à organiser un exercice de simulation baptisé Caribewave. La France traine à prendre les choses en main contrairement aux États-Unis.

Résumons les fondamentaux du problème : quand on ressent une activité sismique dans la zone, il y a de bonnes chances qu’un mouvement de plaque tectonique provoque une vague de plusieurs dizaines de mètres qui arrive à 700 km/h sur les côtes.

D’après les estimations, à la Martinique on disposerait de seulement 20 minutes pour sauver 90% de la population.
Le volcan sous-marin Kick’em Jenny situé vers St. George peut déclancher un tsunami se propageant vers toutes les îles des caraïbes.

Des gens comme Gaël Musquet, Jean-Karinthi, les hackeurs de la Gwadalug, et d’autres trouvent qu’il y a là un challenge qui vaut le coup ! Se structurant autour d’une association, ils veulent apporter une réponse en trois étapes :

Communiquer

La communication en cas de crise est le nerf de la guerre. Si les réseaux télécoms sont saturés lors du nouvel an, imaginez ce que ça peut donner une fois que la moitié des pylônes ont été arrachés et que tout le monde cherche à joindre ses proches.

Il faut donc créer un sur-réseau d’urgence dédié à échanger les informations de crise. C’est ce qu’a commencé à faire l’équipe de Caribewave l’année dernière. Avec un peu moins de 1000 euros de matériel, ils ont réussi à mettre en place un canal de communication indépendant de 24km entre la Guadeloupe et la Désirade ainsi qu’un réseau de communication basé sur des “piratebox”.

Il y a là quelque chose de fondamental dans cette démarche: récréer un réseau de communication efficace (sans demander la permission) est porteur d’espoir, et on en imagine l’intérêt dans de nombreuses situations.

Détecter l’activité sismique

Les premières secousses déclenchent le compte-à-rebours, la détection de l’activité sismique est alors cruciale. Les sismographes coûtent cher, beaucoup trop cher par rapport à l’accéléromètre qui se trouve dans votre smartphone (quelques euros).

Un gyroscope électronique: prix 3 euros.

Pour l’avoir déjà fait, nous savons mettre des capteurs en réseau pour mailler un grand territoire et obtenir une donnée fiable, temps réel, et parfois plus précise que des solutions commerciales.

Un des objectifs de Caribewave 2016 est de tester l’implémentation d’un réseau de mini-ordinateurs qui en plus de mesurer l’activité sismique pourrait servir de relai de communication.

Cartographier

Finalement, si la catastrophe se produit, tous les repères seront bouleversés. La cartographie de l’île sera à reconstituer au plus vite pour permettre aux secours et à la population de se déplacer de manière efficace.

Un outil comme OpenStreetMap peut se targuer d’avoir déjà sauvé des milliers de vies en permettant à des “mappeurs” de redessiner les routes, bâtiments et autres infrastructures en quelques heures grâce à des images satellites et une communauté de bénévoles répartis aux quatre coins du monde (voir ce qui s’est passé pendant le séisme au Népal).

Grâce aux drones d’Aeromapper qui intègre l’équipe caribewave 2016, des images de très hautes définitions peuvent être capturées rapidement afin de reconstituer une cartographie en temps réel et la mettre à disposition de la population locale via le réseau parallèle.


Ce n’est pas la première fois que la société civile prend en main un problème que les institutions peinent à régler. Le dernier exemple marquant fut le POC21: pendant les négociations de la COP21, des hackeurs investissent un château et fabriquent des prototypes en lien avec les problèmes climatiques (à lire absolument). Il y a quelque chose de jubilatoire dans l’insolence du prototype, pour reprendre l’expression de Jean-François Bernardini.

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Cette opération va se passer en quelques jours, courant mars 2016. Si comme nous, vous vous dites “on y va”, plusieurs options:

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Alexandre Vallette est un civic-hacker fondateur de We Are Ants, laboratoire d’open innovation.