Amorcer des collaborations entre des organes d’innovation

Petit retour d’expérience et inspiration pour tenter de créer un espace de congruence assez stable avec des briques de confiances assez résistantes pour engendrer des échanges et des collaborations entre des cellules d’innovations jeunes et foisonnantes. Ceci a été réalisé par l’exemple des FabLabs sur un territoire grand ouest de la France.

Contexte

Il m’a été demandé, par la FABrique du Loch à Auray, de préparer et d’animer une séance de travail sur une demi-journée avec deux axes de progression collectif pour un groupe d’acteurs d’un territoire du pays de la Loire et de la Bretagne. Ceci dans le cadre de leur inauguration après quelques mois d’ouverture en rodage. Je connaissais par avance la Fabrique du Loch et ses membres pour les avoir aidé en Mars 2016 lors d’un tour de France des laboratoires d’innovations numériques et citoyennes. Les personnes qui composaient le groupe de travail sont impliquées dans différents FabLabs (Fabrication Laboratories) ou comme acteurs institutionnels du territoires.

1 ère étape : identifier les leviers d’actions et les utiliser sans délais ensemble

Un peu moins de 2h travail dont voici une synthèse a posteriori du contenu des échanges et des propositions. J’y invitais à se saisir collectivement des objets de collaborations pour répondre efficacement à des défis encore aujourd’hui sans réponses satisfaisantes : La collaboration effective entre lieux de fabrication numérique.

La présentation utilisée lors de la séance :

Les fablabs sont des organismes vivants très récents et foisonnants avec une diversité forte, avec des communautés de pratiques et d’apprenance qui dépassent largement 4 murs d’un lieu ou d’une ville. Il faut cultiver ces forces et jardiner ces espace-temps d’innovation collective comme on prendrait soin d’une ressource naturelle telle que les océans.

Slide 1 Introduction

Plus qu’une longue conférence et un discours, je propose de tenter de faire ensemble déjà au sein de cette séance quelques efforts probants autour de 3 axes avec chacun 3 champs à cultiver collaborativement.

  • Faire ensemble : Co, pour construire un avenir avec des chances de réussites élevées
  • Faire agile et résilient: Lab, pour démultiplier les possibles et rester en pointe
  • Faire par la partage : Share, pour augmenter son capital individuel et commun, distribuer pour recevoir, matérialiser de la valeur interopérable

J’ai presque immédiatement invité avec insistance les participants à joindre les paroles aux actes avec un premier pas symbolique. Prenez et mutualisez vos notes de séance sur un même espace numérique commun au delà de vos intérêts et entretenez ces premières ressources collectives avec une licence libre. Vous pourrez ensuite les réutiliser dans vos usages et pratiques (site web, blog, réunion de travail…) avec l’apport d’une forte valeur ajoutée par la force de la diversité et du collectif. Voici ce carnet de note :

Ce pad peut servir d’évaluation de l’impact du travail fourni et de de mesure du taux de conversion entre les paroles et les actes par la quantité des participants, par l’entretien et l’évolution dans le temps de cette ressource. Il sert également de moyen de transmission d’informations et de volonté de transparence affichée. La documentation est une des ressources à haute valeur ajoutée dans les FabLabs et les communautés de pratiques collaboratives.

Slide 2 Carte{S}

La collaboration passent d’abord par la carte, et donc par le territoire, notamment par la représentation graphique que l’on en fait. Une représentation qui exprime une conception intellectuelle des échanges. Sur la carte à gauche de la présentation ci-dessus, réalisée par Guillaume Rouan, on observe que les fablabs sont des points posés dans un espace figé. Les labs se veulent innovants et collaboratifs. Pour cela ils doivent mutualiser les cartes mais surtout construire les cartes des échanges et du partage. La SNCF, carte à droite, structure plus rigide que des FabLabs, conçoit pourtant depuis longtemps des cartes qui permettent de visualiser les chemins de l’échange et les nœuds de distribution.

J’invite à penser et tester des cartes prenant en compte les espaces et les temps avec, par exemple, des sphères de zones pratiques plus que des points et des liens d’échanges entre ces zones. Cela permettrait d’observer les espaces où des sphères se chevauchent et donc de visualiser les zones de collaboration inter Labs dans les chevauchements avec les chemins pour les relier en estimant un temps dédié.

Il nous faut conceptualiser et visualiser le territoire matériel et immatériel de la collaboration que nous souhaitons et se rappeler que sans collaboration il n’y a pas d’innovation.

Slide 3 Carte{S}

L’exercice proposé est de considérer d’autres manières d’appréhender la carte par l’exemple de Bluenod et les échanges numériques via twitter sur le #FabLab dans un instant défini. Il ne s’agit pas de jeter et d’oublier les cartes des fablabs déjà existantes mais de les mutualiser ailleurs que dans son propres espaces numériques et de les adapter aux défis à relever avec d’autres outils ( Gephi, Marsouin, etc.)

Nous avons besoin des cartes qui surpassent nos considérations de lieux isolés pour engendrer de la collaboration, nous avons besoin de cartes interactives qui surpassent les frontières administratives pour activer les champs collaboratifs des systèmes innovants.

Je me permets d’ajouter ici deux autres sources d’inspirations de cartes pour sortir des points de représentation actuels des fablabs.

Slide 4 le récit

Un fois établi un espace-temps dans lequel exprimer les possibilité de collaboration, il nous faut un récit pour donner à comprendre comment les fablabs existent et comment une personne ou une organisation peut ou ne peut pas être une partie prenante de cette histoire.

Pour exprimer ce récit il nous faut un langage commun intelligible et compréhensible à l’intérieur mais aussi à l’extérieur des sphères des labs. Les mots de ce langage et les pratiques qui ont cours dans ces communautés participent au choix de la taille de la maille d’ouverture qui permet ou non à une personne de pénétrer ces espace-temps. Les Labs ne sont pas “ouverts à tous” comme on peut le dire souvent mais le degré d’ouverture, et donc de collaboration interne et externe, provient de leur capacité à rendre visibles les champs possibles et à exprimer les récits qui rendent intelligible par autrui cette volonté.

Pour rentrer dans la sphère espace-temps d’un fablab, qui dépasse 4 murs et un toit, il doit être possible de savoir où se rendre et quand s’y rendre et quel est le sens du langage utilisé par cette communauté. C’est le même défi à aborder pour la collaboration entre les labs eux-mêmes.

J’ai posé la question à l’assemblée présente :

“Qui a déjà participé à un Ocean Camp à Concarneau parmi vous ? Le sixième week-end de collaboration par le faire ensemble,interlabs, scientifiques et entreprises se déroule le 1er octobre à moins d’un heure de notre salle de travail du jour.”

Je connaissais déjà la réponse : Personne n’y tétait allé précédemment. Simplement parce que la différence de langage entre les innovateurs de la mer et les innovateurs de Rennes, par exemple, est très grande. Cela ralenti aujourd’hui une collaboration. De plus aucune carte ne permet de rendre visible les opportunités de collaboration et les chemins pour les atteindre dans ce cas précis.

Un récit permet également de créer de l’empathie par l’histoire qu’il raconte. Dans le temps on ne prend soin que de ce qu’on aime et on iame que ce que l’on connaît. Dans le quotidien ce que l’on nomme pas ne peut pas exister et ce qui est mal nommée est aliéné. Les FabLabs ont besoin de leur histoire et de leur historique, la collaboration à besoin d’un récit commun pour exister.

Slide 5 L’imaginaire

Lorsque je commençais mon parcours personnel dans différents fablabs en France et en Europe, on m’avait dit qu’avec l’impression 3d nous n’étions limité que par notre imagination. Je crois que la capacité des fablabs à co-concevoir et collaborer n’est également limité que par notre imagination.

Il nous faut donner vie et corps à ce nouvel imaginaire commun pour concevoir les solutions à nos propres problèmes en tant que fablab.

On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés” (Albert Einstein)

Si nous conservons les propositions de départ de ces leviers de collaboration, nous sommes sur un terreau composé principalement de 5 C. Ces molécules nutritives sont :

  • Créer un communauté
  • Contextualiser
  • Collaborer
  • Curation
  • Conversation

Avec le travail sur les cartes et le récit nous faisons émerger un langage commun qui exprime une culture avec des liaisons dynamiques. Cette culture est un terreau de collaboration à jardiner au quotidien avec sagesse et patience pour faire germer les fruits de l’innovation. Ce travail effectué et entretenu, les fablabs seront en capacité d’apporter des réponses aux défis de société et de fournir une preuve de plus-value tangible pour coopérer avec les entreprises plus anciennes du territoire.

C’est par le faire ensemble que ces communautés de pratiques et d’innovation feront pousser leurs chances de sucés à long terme.

Slide 6 Adaptation

Les fablabs sont des organismes protéiformes vivants avec un besoin d’agilité et d’adaptabilité pour survivre.

Ce ne sont pas les plus forts, ni les plus intelligent, qui survivent mais les plus prompt à s’adapter Darwin

La résilience est en général fonction de la diversité et de la complexité des écosystèmes et du patrimoine génétique des individus. Plus la diversité est élevée au sein d’un espèce ou d’un écosystème, plus la résilience, à une pandémie par exemple, sera élevée. Plus une espèce à des interaction symbiotiques avec d’autres espèces plus elle a de chance de pérennité (cf les travaux d’Erci Karsenti )

Il faut être un laboratoire d’expérimentation en soi et aussi avec ses pairs avec un fort taux d’interaction symbiotique pour durer.

Slide 7 les pratiques et la connaissance

A l’intérieur des communautés qui peuplent les fablabs, les différentes pratiques des sciences et des techniques conjuguées à la libre circulation de la connaissance constituent un des point forts de différenciation au monde des institutions ou des PME d’un territoire. Il faut cultiver cela et oser le cultiver dans des espace-temps avec nos différences et nos divergences.

La personne, ou communauté, qui fait est légitime. Faites les premiers pas du partage de vos pratiques et de la connaissance avec d’autres FabLabs.

Slide 8 Expérimentation et droit à l’erreur

Les labs permettent l’apprentissage collectif et individuel grâce au droit à l’erreur. C’est parce que le droit à l’erreur est inaliénable dans les fablabs qu’ils sont des laboratoires, c’est parce qu’il sont des laboratoires qu’ils permettent des expérimentations pour prototyper des innovations.

Il est temps de mettre cela en application aussi entre les fablabs eux-mêmes. Acceptons le droit à l’erreur dans nos tentatives de collaborations, acceptons d’apprendre en faisant ensemble.

Slide 9 Partager

Les ressources des fablabs et de leurs communautés, dont la documentation fait partie mais n’est pas seule, sont la valeur forte des ces organismes protéiformes. Pour leur donner moins de fragilité et plus de valeur ajouté aux ressources il convient de les partager le plus possibles et même entretenir celles des autres.

Slide 10 Oser la fragilité et crée la confiance

Vivre ensemble et Faire ensemble ne me parait pas être impossible mais une épreuve sur laquelle exercer arts et métiers, s’entraîner et s’entraider ; soit en elle-même une preuve d’humanité. Pour cela une membrane de confiance doit être tissée comme un fragile et perméable derme œuvrant à l’osmose entre les mondes et les cultures que nous représentons.

Pierre-Alexandre Klein, de Hackistant, me parlait de la vulnérabilité qu’il doit être possible d’exprimer pour engager ces processus pair à pair. Une donnée non ordinaire me semblant importante à préserver dans un système de congruence. Cela signifiait une nécessité vitale, presque darwinienne, de retrouver au plus vite une capacité de vie et d’action équivalente ou supérieure à ce qu’elle avait pu être avant le traumatisme sociétale actuellement subi. Un système pair à pair passe par la résilience en prose contributive conservant la mémoire du passé pour limiter voir annihiler la répétition des erreurs.

Slide 11 Stratégie de la ressource ou Ressource-based view

Dès les années 1980 il a été démontré qu’une stratégie basée uniquement sur le brevet était une aberration stratégique et économique. Ce type de stratégie engendrant une toxicité écosystémique, elle ne permet pas d’envisager une pérennité des fablabs.

J’ai invité les participants à aller, après séance, à la rencontre de Maxime Lathuilière venu depuis Lyon à l’inauguration de la FABrique du Loch. Cela offrait une opportunité de découvrir le ressource-based view avec un praticien à la connaissance et aux pratiques éprouvées (voir son mémoire d’études de 2012)

Slide 12 Optimiser et partager les flux

Pour activer la frugalité des fablabs et déployer leur potentiel à l’échelle d’un territoire aussi grand que les pays de la Loire et la Bretagne il faut un stratégie et des outils. Optimiser trois flux : matières, énergies, informations, me semble être la meilleur option pour les acteurs présents. C’est ce que fait la nature depuis plus de 3,5 milliards d’années et elle innove radicalement sans faire de déchet et sans déperdition. Elle est agile, frugale, résiliente, innovante et collaborative, comme les fablabs voudraient l’être individuellement et collectivement.

Ces trois flux sont facilement mesurables dans un espace-temps envisagé en début de séance. Ce qui rends leurs analyses et optimisations accessibles aujourd’hui si collaboration il y a.

Slide 13 Et Maintenant ?

Fab 14 sera le rendez-vous mondial des fablabs et se déroulera en France en 2018. Il y a donc là une formidable opportunité d’apporté une ou plusieurs preuves de concept de collaboration entre les différents Fablabs à l’échelle du territoire grand ouest.

La candidature semblait porter en elle la volonté d’un décentralisation de l’élèvement et une culture de la collaboration.

La FABrique en vous invitant le jour de son inauguration à une séance de travail collectif a créé l’étincelle qui peut le permettre. La mise en commun des notes ressources de cette séance et leur entretien crée les premières briques de confiances pour activer ces collaborations. Il ne tient qu’à vous d’agir.

2ème étape : un atelier “ économie et coopération Fablabs et entreprises”

Après 2h d’échanges il était temps de passer à un petit exercice de mise en pratique. Par expérience je sais que plus le temps est long entre le discours et le passage à l’action plus le risque d’échec augmente. Les paroles peuvent alors créer un toxicité néfaste.

Nous étions nombreux et en diversité à Auray pour l’inauguration de la FABrique du Loch (cf la liste du tour de table). J’ai donc proposé d’utiliser l’intelligence collective et le partage de ressource pour apporter des réponses concrètes à la question redondante de la coopération économique entre FabLabs et entreprises d’un territoire.

Par une adaptation de la méthodologie du forum ouvert pour convenir au contexte du temps de travail, il a été proposé aux participants de la séance d’aider la FABrique du Loch à progresser vers des coopérations avec les entreprises. J’ai expliqué le principe de partage qui permet à toutes les personnes présentes d’apprendre elles aussi des moyens de résoudre ces défis au sein de leurs Labs. J’ai rappelé le principe de notes de collaboratives et de mutualisation de ces notes.

Arno, Fab manager, nous a d’abord présenté la FABrique du Loch pour aider les personnes à mieux comprendre le contexte, leur culture, leurs spécificités. Les participants ont pu poser des question pendant 20 minutes pour récupérer des précisions sur ce lieu et sa communauté ainsi que son fonctionnement. Le Fab manager a ensuite exposé à voix haute 3 problèmes qu’a la FABrique du Loch dans ses besoins de coopération avec les entreprises. A travers leurs expériences, savoir-faire et idées, les participants ont été invité à proposer aux membres de la FABrique du Loch des leviers d’actions concrètes pour engager des coopérations économiques avec les acteurs économiques du territoire.

La restitution de cette séance et la documentation des actions proposées me paraissent être plus important et prendre tout son sens s’ils étaient réalisés par les participants du groupe. La force du collectif montrerait alors des signes de réalité palpable. De plus, par soucis d’honnêteté intellectuelle des pratiques collaboratives et cohérence avec les actions défendues dans cette séance, j’appelle un travail à plusieurs mains sur l’écriture de cette séance. Faire ensemble commence toujours par des petits bouts de trucs qu’il faut assembler ensembles.

J’aurais pu conclure cette demi-journée de travail collectif par un appel à l’action pour aider le Biome Hack Lab, dont je suis membre, qui a un besoin urgent et vital de voir aboutir sa collecte de dons en ligne. Mais je n’ai trouvé possible que d’exprimer cette fragilité a posteriori.

Merci à toutes les personnes qui ont permis à cet après-midi dans le Morbihan d’exister.

Xavier

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Xavier Coadic

Written by

Natural born explorer, Large Human Collider Hacktivist, entrepreneur @Le_biome + OpenBioFabrics + Digital Athanor. Ci gît 21 gramme de H

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