Concevoir et presque non-organiser un Indie camp…

… Ou pas du tout. Mais dans tous les cas tu apprendras quelques petites choses et ça c’est important.

Nomades, ingénieux, chercheurs, bricoleurs, entrepreneurs, ingénieurs, les étudiants, les chercheurs d’emplois, les artistes… dans l’esprit du Do It Together, c’est cela que nous voulons cultiver avec Le Biome depuis plus de 2 ans. 
Il était donc évident de faire cela encore mieux avec l’aide des amis de La Paillasse Saône, Inventaire, Cellabz, Multibao, Explore et tous les participants à ce summer camp 2016.

Du 3 au 15 aout, nous avons vécu dans la zone du Dehors. Voici comment cela fut rendu possible par un bande d’utopistes.

Image et droits : Yohann Reverdy

Robot sous-marin open source, Initiation au crochet, WC sec, Langages de programmation informatique, DIY Biology, Design, architecture, Incroyables comestibles, Biomimétisme, arduino, Raspberry, palettes… 
C’était juste une histoire de pomme de pin qui a bien tourné. Mais au delà du récit, c’était avant toute chose une aventure humaine.

Rendre concrète l’utopie

Réunir une vingtaine de personnes venues de toute la France qui ne se connaissent pas dans une pointe perdue en Bretagne ça ne se fait pas en un jour. 
Permettre à chacun de s’épanouir, apprendre et transmettre cela ne se bullshit pas.
Jardiner la congruence pour laisser l’innovation soutenable, durable, désirable, grandir et s’exprimer cela ne s’improvise pas.

Lutopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé — Théodore Monod

Nous avons donc visé frugale, simple, acentralisé et open source pour donner corps et âme à cette aventure afin qu’elle soit tout sauf un one shot toxique et un lessivage de concept.

Du coté du Biome, nous avons appuyé cette conception et réalisation sur la méthode i6 (inspirée des propriétés de la molécule de Benzène que nous publierons prochainement) :
- Ingéniosité ; Idéation ; Inception; Itération ; Interaction ; Inclusion -

1. Prendre le temps de ne pas imposer

Pour se summer camp d’Aout 2016 les conversations ont commencé en décembre 2015 et ont été mis en écriture accessible à partir de janvier 2016 (à lire ci-dessous et à réutiliser).

En partant des expériences organisées ou vécues les années précédentes, nous avons laissé la possibilité à toute personne désireuse de s’exprimer d’apporter sa pierre à l’édifice. Lors de rencontres physiques, d’online hangouts, d’appels téléphoniques, il était possible de poser ses idées, ses envies, ses critiques avec l’objectif d’être contributeur, participant ou co-organisateur sans pré requis de responsabilité ni engagement à la réalisation. 
Nous avons également interrogé nos entourages extra-communautaires pour s’inspirer d’autre cultures. Tout ceci pour :

  • Sourcer les envies individuelles / collectives
  • Définir les besoins individuels / collectifs
  • Cartographier les ressources disponibles
  • Éviter la répétition d’erreur passées dans ces communautés ou ailleurs
  • Créer les premières briques de confiances entre les impliqués

Cette phase, qui se compose d’itérations collectives et individuelles, court jusqu’à la dernière semaine avant la réalisation du camp. Elle sert à supprimer tout superflu de consignes et tentation de directives oppressantes pour les participants.
Celles et ceux qui vont participer décident de ce qui pourra ou ne pourra pas advenir = Do-ocratie

La simplicité peut être plus difficile à atteindre que la complexité : il faut travailler dur pour bien penser et faire simple — Steve Jobs

2- Sortir de l’entre-soi

Partager son idée est vital dans tout projet. Une idée en elle-même n’a aucune valeur, la valeur ne nait que lorsque que cette idée s’évade de la prison de l’égo-tropisme. De plus, mener un chantier à plusieurs multiplie les chances de succès, favorise les apprentissages et apporte du plaisir.
Par exemple, dans le cas de ce summer camp c’est au détour d’une discussion imprévue et presque anodine, lors du croisement du tour #LabOSE et des Eutopies, qu’un lieu a été trouvé sans finalement chercher à imposer quoi que ce soit.

La biodiversité c’est bon pour la santé, la consanguinité beaucoup moins. 
Un summer camp uniquement entre personnes de la même communauté et de la même culture n’aurait pas apporté grand chose de fertile aux participants et à leurs projets. 
Croiser et hybrider les univers n’est possible qu’en partageant ses idées en, en ouvrant les libertés, pas en imposant des cahiers des charges. La liste des participants au summer camp de Kerbors est riche car des personnes sont venues s’éclater en dehors des organisations porteuses.

3- Rendre attractif

Faire traverser les Pays-Bas, la France, la Loire à des “campers” qui ne se connaissent pas pour la plupart en payant une participation à un camp où quasiment aucun planning ni objectif ne sont pré-définis, ce n’est pas un tour de magie. 
Le résultat final, lui, peut avoir un gout de fantastique si tout se passe bien.

En plus du travail initial de briques de confiance qui commence à transpirer naturellement au delà du noyau dur, un lieu atypique dans un cadre inspirant aide à rendre le camp digne d’intérêt. Un espace simple, sans artifice ni excès de confort permettra d’impliquer les participants dans la construction de l’empathie générale. Un singularité non négligeable dans la phase post évènement comme dans la phase de réalisation.

Oubliez le “design d’atelier”, la programmation d’activités ludiques ou les brises glace infantilisants. Les personnes qui seront là sont intelligentes, responsables, créatives, pleines de ressources et elles auront largement de quoi proposer en pair à pair comme activité professionnelles ou ludiques.
Concentrez-vous sur la création de briques de confiances et un design épuré de cette chaines de briques. C’est contagieux la confiance et c’est bon pour la santé collective comme pour l’équilibre de soi.

La lenteur du Summer Camp permet la création de valeurs, d’un langage et donc d’une culture commune — Aurélien Marty (movilab.org)

Le travail réalisé sur un prix journalier de vie compris entre 6 € et 7 € avec un principe de solidarité entre les participants a permis de rendre ce camp agréable et peu couteux.

4- Lancer l’évènement

Organisation minimaliste pour soulager tout le monde et responsabiliser chacun, voilà ce qui a été utile et efficace. Notre luxe à nous (à copier et réutiliser).

Pas de communication outrageuse ou de dépense inutile d’énergie en marketing sur-joué. Patience de jardinier qui cultive les sols permettra de faire murir les fruits nourriciers. Si vous avez bien semé avec vision et confiance vous pourrez contenter les intéressés sans efforts. Comme nous l’avons fait.

Quelques messages pour inviter les personnes ou groupes qui ont réagi positivement au travail déjà fourni suffira, le bouche à oreille et la veille d’autres groupes de personnes fera le reste. 
Des informations claires et simples, d’accès au lieu ainsi que les conditions de vie, accessible aisément en ligne pour les personnes intéressées.

5- Faire partie intégrante du camp

Kerbors est devenu ainsi un summer camp avec un tiers-lieux libre et open source pas complétement éphémère. 
Si le terme de concierge fait consensus dans l’univers des Tiers-Lieux, dans ce summer camp le concierge c’est le collectif. Le rôle n’est pas contenu dans la charge supporté par un seul individu lors d’un moment donné. Les taches, les activités, les moments Off se répartissent presque naturellement. Pour arriver à cela, nous avons mis en œuvre :

  • Un espace-temps d’innovation de congruence
  • Un construction et la transmission basée sur la confiance pair à pair depuis le début du processus en janvier
  • Une mise à niveau de disponibilité de l’information égale pour chaque individu aussi depuis le début jusque dans le quotidien du camp
  • Une liberté d’expression des capacités et compétences basée sur le Faire
He who does is legit — Michel Lallement
Les “Too Doux” ( d’intérêt général collectif), Today (intérêt général particulier) et Tomorrow, étaient inscrits sur la vitre principales du camp

Ainsi nul n’est le bénévole de l’autre ou le chef de plusieurs. De la personne qui décide de se joindre à la dernière minute jusqu’au primo organisateur, tout le monde possède la même qualité de respiration et de création dans ce camp.

Des petits tips peuvent aider au bon déroulé :
Partage des playlist musicales midi et soir pour ambiancer le camp et découvrir l’autre par ses gouts, marche en petit groupe pendant les temps de travail, les apéros, sport et baignade du matin…

Ce sont les moments Off qui permettent la confiance et cultivent l’innovation vraie, le long terme, le durable, le soutenable.

Aucun système n’est parfait et c’est tant mieux
Pour éviter que les tensions naturelles et inhérentes à la vie de groupe ne deviennent un frein à l’épanouissement et pour favoriser l’émergence de nouveau cap, vous trouverez un fiche intéressante “animer une rétrospective à mi-parcours” dans la documentation de ce summer camp.

6- Documenter

On peut reconnaitre des “campers” heureux et inspirés lorsqu’on les observe documenter en direct et par eux-même ce qu’ils font et ce qui les inspirent. On peut également reconnaitre des campers heureux à leur sourires et au fait qu’ils ne veulent plus partir.
Laisser la liberté de faire cette documentation sur le support et dans l’espace qui leur convient est tout naturel dans la philosophie d’organisation de ce type de camp.
Blog personnel, plateforme contributive ou collaborative, écrit, code, vidéo, photos, son, dessin … Il y a l’embarras du choix. 
Une proposition de mutualisation des ressources de documentation est un bon exercice collectif et une opportunité de renforcer les possibilités de collaboration au-delà du camp, ceci toujours dans une congruence acentralisée et autonomisée.

La documentation est comme une assurance-vie: le bénéficiaire n’est presque jamais celui qui l’a signée.
Epigrams on Programming (1982)-Alan Jay Perlis

Lors du camp Kerbors 2016, les participants furent particulièrement assidus, motivés et forces de proposition sur l’exercice de documentation. Preuve d’un altruisme qui s’exprimera au delà de l’instant que nous avons vécu.

Un ami m’a dit un jour que ce que nous faisons avec tant d’abnégation et d’altruisme, nous le faisons bien plus pour nos enfants et les suivants que pour nous même. 
Je tire ainsi mon chapeau très bas à tous les campers de cette édition 2016 Kerbors et la MYNE.


Summer Camp 2016 en Bretagne :
Pur jus de pomme de pin, sève d’innovation, marée de sens profond, jardinage de culture.
 ‪#‎Maker‬ ‪#‎Hacker‬ ‪#‎Artist‬ ‪#‎Nomad‬ ‪#‎thinker‬ ‪#‎Doer‬


Un summer camp sans bonne connexion internet : DONE !

Nous avons même réussi à transformer nos faiblesses organisationnelles en opportunités individuelles et collectives. Le manque d’accès à internet est devenu source de créativité et d’ingéniosité collective.

En lisant ces lignes vous êtes au niveau de lecture de la publication.


Jardiner l’avenir et cultiver l’innovation

Après un temps si intense sur 12 jours, le risque de ne pas tenir une analyse pertinente est très élevé. 
La tentation de rédiger des pages “vivre et explorer lors d’un summer camp” m’a chatouillé la pulpe des doigts. Cependant, je crois profondément que cela serait plus utile pour l’avenir et plus juste pour le présent que ces pages soient écrites par d’autres participants que moi, en offrant la possibilité de publier, ici dans la collection We Are Biomers sur medium ou ailleurs, ces lignes si précieuses. 
Une nouvelle couche de publication participerait alors à la transmission d’expériences et offrait l’opportunité de mieux comprendre ces processus collectifs qui portent tant d’espoir.

Pour planter quelques nouvelles graines, je vous demanderais si vous, lecteurs, avez appris quelques petites choses utiles à travers ces lignes ?

Ensuite, transmettre le témoin et le grand plaisir d’organisation d’un winter camp ou autre summer camp à de nouvelles personnes et organisations serait une belle preuve de jardinage réussi.

Enfin, continuer à collaborer avec les différentes personnes et organisations qui ont, de près ou de loin, joué un rôle dans ce summer camp amènera de belles explorations toujours plus loin. 
Partager, transmettre et donner à réutiliser ce que nous avons fait pour d’autres est une manière de réinvestir dans un capital Commun. De la même manière que nous prônons la préservation de la biodiversité et le réinvestissement dans le capital naturel (We Are Biomers Manifesto).

#WeAreBiomers