Attendre un enfant et entreprendre

C’est comme si on attendait des jumeaux…

Attendre un enfant c’est, comme on dit, attendre un “heureux événement”. Quoi de plus beau que de donner la vie? Et là, évidemment, je vais m’attirer les foudres de celles qui n’ont aucune envie de passer par cette étape pour vivre de belles choses dans leur vie… Et croyez-moi, je les comprends… un petit peu.

Parce que donner la vie n’est pas franchement pas une sinécure de mon point de vue…Tout cela, c’est à cause de ces petits désagréments, ces symptômes sympathiques de grossesse (parce que le corps scientifique les nomme ainsi).

Je vous le dis, ils n’ont absolument rien de sympathiques, et ils n’ont rien à voir avec de “petits désagréments”, euphémisme qui commence franchement à me taper sur les nerfs…

Une chose est sûre, on choisit d’avoir un enfant, mais on ne choisit pas sa grossesse.

Aller, on fait une petite liste non exhaustive juste pour se rendre compte de la prouesse physique qu’est la nôtre ou plutôt la mienne lorsque j’attends un enfant:

  • Nausées et vomissements… tout le long de la journée pendant neufs mois : j’ai juste eu l’impression d’être sur un navire qui tente désespérément de lutter contre l’ouragan H24!
  • Fatigue 24h/24h… J’ai été tellement shootée aux hormones que je ne savais plus où j’étais, où j’allais…
  • Transformation… Je vous passe la montée d’ oestrogènes et la progestérone qui va gentillement gonfler à bloc la poitrine (et là, ça fait hyper mal, ça tire!), provoquer la sensation de jambes lourdes, rétention d’eau, masque de grossesse, et j’en passe… Bref, je ne ressemble plus à celle que je suis…normalement
  • Prise de poids… Sans oublier que la grossesse, comme son nom l’indique, et bien…fait grossir… un peu, beaucoup, à la folie, et v’là que je me fais engueuler par les docteurs… “Oh là là Madame, c’est pas possible, pas plus de 9 kg par grossesse”. Sauf qu’au 6ème mois vous vous rendez compte que vous avez largement dépassé votre quota… Et vous vous en moquez éperdument, pourvu que ce seul pot de glace à la vanille et au chocolat vous rende le sourire les jours où ça va pas bien du tout! Le prendre avec humour, dé-stresser, faire rire les sages-femmes à la maternité, check!
  • Douleur…Et puis qu’est-ce qu’on a mal au dos bon sang! alors on marche bizarrement en faisant pom, pom, pom, pom… J’ai évidemment le droit aux douces moqueries de ma fille et mon mari… Mieux vaut en rire n’est-ce pas? Je vous passe les détails de l’accouchement… et les suites de couche, douleur quand tu nous tiens.

Comme, je l’ai précisé, en chanceuse que je suis, je n’ai pas échappé à tous ces symptômes, et d’autres sont venus s’ajouter en plus, mais je vais vous épargner tout ça, car là, c’est un peu gore.

Pour ma part, mes deux grossesses ont été cataclysmiques…

La grossesse est une épreuve, et quand vous avez déjà d’autres enfants dont vous devez prendre soin, alors il faut tenir bon pour ceux qui dépendent de vous.

Au bout du compte, vous avez fabriqué un beau bébé tout mimi, tout dodu, tout doux, vous êtes euphorique enfin… les deux premières semaines après la naissance, vous vous sentez comme qui dirait libérée, délivrée, mais à la fin vous vous rendez compte que vous sentez un vide à l’intérieur de votre corps, comme si quelque chose manquait…Alors-même que vous attendiez avec impatience la délivrance!

Votre corps a changé, vous êtes flasque, fatiguée, un peu grosse et là de longs mois de transformation vous attendent, il faut remonter la pente et reprendre les choses, là où vous les aviez laissées avant cette grossesse.

Et puis, bébé, il faut que tu dormes, pour que je dorme…

Pas de congé maternité pour les mamans entrepreneuses!

Le congé maternité existe pour toutes les femmes enceintes, les médecins n’hésitent pas à vous le prescrire quand votre situation est critique bien avant la date réglementaire. Cela semble plus simple quand on a un statut de salarié, car on continue à gagner presque l’équivalent de son salaire, on peut négocier le prolongement de son congé et revenir ensuite au moment où nous le souhaitons. Je ne dis pas que c’est simple d’être une femme salariée et d’avoir des enfants, considérant que les femmes sont souvent confrontées au fameux plafond de verre, justement parce que leurs carrières professionnelles sont hachées par la maternité.

Sauf que lorsqu’on est une femme entrepreneure, enceinte, on n’a pas la même tranquillité d’esprit, on doit continuer à travailler parce qu’on n’a pas tant le choix que cela.

Pour ma part, je suis proche de la phase de lancement de mon activité d’ici septembre/octobre. Comment vais-je m’y prendre si maintenant je m’arrête de travailler pour arriver à ces objectifs sur lesquels je travaille avec mon équipe depuis des mois? C’est une question que je me suis posée maintes et maintes fois. J’ai embarqué des personnes avec moi, je ne vais pas les abandonner maintenant, ce serait totalement irresponsable!

Je n’ai donc rien laissé, j’ai continué à travailler jusqu’au bout, et malgré la souffrance physique et la fatigue. Je n’ai pas pris de congé maternité, et d’ailleurs je n’ai même pas envie d’en parler, j’ai juste besoin de travailler pour faire en sorte que tout le monde arrive à bon port en septembre/ octobre.

J’ajouterais aussi que j’exècre l’ennui, celui que j’ai connu lors de ma première grossesse où concrètement j’ai arrêté de travailler pendant de longs mois, cela ne m’a pas fait du bien, ça m’a juste ramolli le cerveau.

Aujourd’hui, j’ai besoin d’avancer coûte que coûte, pourvu qu’à la naissance de mon enfant, je puisse profiter de lui sans me dire que je n’ai pas bouclé tel ou tel dossier car je le sais, un bébé c’est tout petit mais ça prend beaucoup de place et comme je suis une maman totalement gaga, je sais très bien que je vais être ralentie pendant 2 à 3 mois au moins.

J’aurais toujours un oeil sur mon bébé, et un autre sur mon entreprise, mes jumeaux à moi. J’enverrai mes mails entre deux biberons, je passerai des coup de fils entre les siestes, et comme les nuits sont entre-coupées, j’en profiterai pour travailler sur toutes ces petites choses qui nécessitent pas beaucoup de matière grise mais qui restent importantes à traiter (type la compta, les emails, la lessive entre-autres, les courses en ligne).

Entreprenariat et grossesse, pour moi c’est la même chose!

Il y a très peu de littérature à ce sujet, et je m’en étonne, comme si une femme entrepreneuse enceinte ça n’existait pas.

Comme si entreprendre et faire un enfant semblait antinomique dans nos sociétés.

Et pourtant cela existe, j’en suis la preuve… et je ne suis pas la seule.

En effet, qui voudrait faire confiance à une femme qui entreprend dans son plus grand moment de vulnérabilité? Qui accorderait ne serait-ce qu’une once d’intérêt à cette porteuse de projet qui semble totalement s’égarer avec cette maternité?

Ne pensez même pas à faire une levée de fond dans votre situation, attendez d’accoucher, et ensuite on voit les réactions.

Personnellement, si je commençais à écouter toutes ces voix dissonantes, culpabilisantes, ou ces voix bienveillantes, qui me veulent du bien malgré moi , je n’aurais jamais rien fait de ma vie.

Etre parents c’est déjà gérer une petite entreprise, la famille, et les compétences semblent être sensiblement les mêmes que celles d’un entrepreneur

Pourquoi? et bien parce que pour entreprendre, il faut avoir un sentiment d’efficacité personnelle élevé: avoir conscience de ses forces, ses compétences, se sentir responsable, libre, être bien organisé, conseillé, entouré, déterminé, courageux, endurant, autonome, apprenant, il faut aussi prendre soin de soi, garder la forme, et savoir que c’est bel et bien bibi la patronne.

Nous sommes vulnérables à cette période, certes, mais à la fois dotées d’une grande force, une force indéfinissable tant notre corps est mis à l’épreuve. La grossesse n’est pas une maladie, mais un révélateur pour les femmes qui décident de passer par là.

Non, nous ne sommes pas fragiles mais aussi solides que du granit, on a juste besoin d’être aidées pour traverser ce moment particulier de la vie. On veut des preuves d’attention et d’amour de la part de nos conjoints comme des massages de notre corps alourdi, arrondi, engourdi quand la journée est finie. Nous avons besoin aussi que nos familles, nos amis croient en nous et en notre capacité de soulever des montagnes, comme ils croient aux sportifs de haut niveau qui vont chercher des médailles après de longs mois d’entrainement et de souffrances physiques.

Et puis surtout, on veut être aimées, malgré les kilos en trop, malgré nos sautes d’humeur, malgré l’attention que l’on accorde à notre bébé dans cette période de la vie très particulière, merci de ne pas nous laisser tomber, car nous avons besoin de vous.

Je dédie cet article à J-P mon mari, qui a été un pilier sur lequel j’ai pu m’appuyer dans les moments les plus douloureux de cette grossesse, et aussi à ma petite fille Uma, qui a été patiente, attentionnée, malgré l’impossibilité d’être là pour elle à 100%, faute d’énergie, faute de temps à cause du travail et des multiples allers-retours à la maternité.

Je ne t’oublie pas ma petite Paloma, née il y a maintenant deux petites semaines, tu es juste à coté de moi dans ton berceau et nous sommes enfin 4 à la maison et tu es en bonne santé!

Je pense aussi à Stephane M, Erwan Sellin, Anne Depasse, MagTH, Florence Roger-Kosiorowski avec qui je travaille depuis quelques mois, mais aussi à tous mes lecteurs sur Medium, un grand merci à vous tous d’être patients, bienveillants à mon égard!

Si vous avez vécu ou vivez cela, n’hésitez pas à laisser un commentaire!

Laila Ducher

Pour aller plus loin , il existe quelques blogs pour vous aider à tenir bon si vous êtes enceintes et entrepreneuses et surtout éviter de culpabiliser:

https://www.quora.com/Female-Entrepreneurs-Has-anyone-been-pregnant-while-starting-up-a-small-business-Would-you-caution-against-it

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