LES PESTICIDES ET LA SANTE FONT-ILS BON MÉNAGE ?

Précédemment, sur notre compte Medium, nous avons retracé l’histoire des pesticides. Nous continuons aujourd’hui sur la même thématique en abordant la question de l’impact des pesticides sur la santé.

#1 L’origine des pesticides 📜

#2 Les pesticides et la santé font-ils bon ménage? 🚑

#3 Zoom sur le cas des perturbateurs endocriniens


#Episode 2

Il y a ceux à qui ça ne fait ni chaud ni froid, ceux qui pensent qu’on va tous y passer, ceux qui connaissent quelqu’un qui connait quelqu’un qui a été impacté… Il y a surtout l’immense majorité des consommateurs qui ont définitivement besoin de transparence sur la question de l’impact des pesticides sur la santé. Faisons le point.

Une santé qui fait grise mine

En 2013, une étude a analysé le niveau d’exposition de la population française à 3 familles de pesticides : les organochlorés (pour la plupart désormais interdits mais toujours présents dans l’environnement), les organophosphorés et les pyréthrinoïdes (largement utilisés pour les vertus insecticides). Résultat ? Plus de 90% de la population française serait imprégnée, soit pas moins de 59 millions de personnes.

🚑 A échelle plus large, il y aurait chaque année 1 million d’empoisonnements graves dus aux pesticides et environ 220 000 décès dans le monde selon l’OMS. C’est à peu près la densité de population d’une ville comme Bordeaux ou Lille…

Ces quelques chiffres donnent le tourni. Mais sont-ils totalement objectifs ? Depuis quand avons-nous connaissance de cet impact possible sur la santé et qui a lancé le premier cri d’alerte ?

Rachel Carson a été une des premières à s’intéresser à l’impact des pesticides. Dès 1945, elle étudie plus particulièrement les effets du DDT, le pesticide phare de l’époque (cf notre premier article) sur la santé. C’est en 1962 qu’elle publie son ouvrage référence, “Le printemps silencieux”, qui répertorie les effets négatifs des pesticides sur l’environnement, et sur les oiseaux. Le DDT semble provoquer une diminution de l’épaisseur des coquilles d’œufs chez les oiseaux. D’après ses recherches, cela engendrerait une hausse de la mortalité ainsi que des problèmes de reproduction. Ses résultats inquiétants lui ont valu de s’attirer les foudres de l’industrie chimique et notamment de Monsanto. L’entreprise a d’ailleurs publié à des milliers d’exemplaires un livre censé parodier “Printemps silencieux”. Son titre ? “L’année de la désolation”.

Publicité publiée par le Time Magazine en 1947

En publiant cet ouvrage et ces premiers résultats, elle provoque une véritable prise de conscience du public. Si les pesticides ont un impact sur l’environnement et sur les animaux, pourquoi les hommes seraient-ils épargnés ?

Une étude a analysé l’impact du DDT plus de 50 ans après la première alerte de Rachel Carson. Selon les résultats présentés, les cinquantenaires américaines ayant été les plus exposées in utéro (pendant la grossesse), par le biais de leur mère, ont 4 fois plus de chances de développer un cancer du sein que celles ayant été les moins exposées.

Ces premiers résultats portent à croire que les pesticides auraient bien un impact sur la santé. Cela, cela nous amène à nous pencher sur une question essentielle : comment sommes-nous exposés aux pesticides ?

Les voies d’exposition

Les voies et périodes d’exposition semblent être des facteurs déterminants dans l’impact des pesticides sur notre santé. Regardons ce sujet plus en détails.

👉 La voie orale ou digestive

Vous adorez pratiquer l’onychophagie à vos heures perdues (mot ingrat qui signifie se ronger les ongles) ? Il vous arrive de vous alimenter (#incroyable) ? Vous portez de temps en temps vos mains à votre bouche (pour bailler, pour éternuer ou pour toute autre raison obscure) ? Vous avez alors probablement été exposé aux pesticides par voie orale ou digestive. Voici deux exemples plutôt parlants.

En 2005, la DGCCRF (la direction des fraudes donc) a trouvé des traces de pesticides dans plus de 76% des barquettes de fraises contrôlées. L’eau n’est pas en reste non plus. Selon une enquête récente de l’UFC Que Choisir, l’eau du robinet de plus de 2,8 millions de français serait polluée. Et les pesticides seraient « de loin » la première cause de non-conformité. Ils contamineraient l’eau de deux millions de consommateurs, principalement ruraux, dans les régions d’agriculture intensive.

👉 L’inhalation

Les pesticides, suite à leur application, peuvent se disperser de manière plus ou moins importante dans l’environnement et dans l’atmosphère. 25 à 75 % des pesticides appliqués seraient transférés :

  • par dérive lors de l’application du produit (fraction de la pulvérisation qui n’atteint pas la cible)
  • par volatilisation post-application (influencée par la nature du pesticide et des adjuvants, les conditions météorologiques…)
  • par érosion (transfert par le vent de particules de sol sur lesquelles le pesticide a été appliqué)

Les composés peuvent alors se retrouver dans l’air ambiant, celui que nous respirons. Mais l’impact des pesticides via l’inhalation est encore plus important dans le milieu professionnel avec des pratiques comme :

  • la fumigation (utilisation de la fumée ou de la vapeur de certaines substances brûlées ou chauffées pour assainir un local)
  • la préparation ou l’application des pesticides en milieux fermés (serres, silos, bâtiment d’élevage…).

👉 L’exposition cutanée

Cette voie concerne essentiellement les personnes ayant été en contact physique avec des pesticides. Cela peut être le cas dans des utilisations domestiques (jardinage, domicile…). Mais là où elle s’illustre le plus reste dans le milieu professionnel agricole. Elle représente alors la voie majeure d’exposition : 80%.

Une solution pour éviter ça ? Vous munir de vos plus belles tenues de futuristes lorsque vous êtes sur le point d’utiliser un produit : gants, lunettes, charlotte, combinaison. Quitte à ressembler à une momie, au moins, vous éviterez tout risque d’exposition.

Aujourd’hui, qu’on les utilise de façon professionnelle ou non, il est presque impossible de ne pas avoir été exposé à des pesticides. Alors il est temps de se pencher sur les conséquences qu’ils engendrent ?

L’impact sur la santé

Contre les insectes on dit insecticides, contre les herbes on dit herbicides et contre les hommes on dit pesticides ? Si les études sur le sujet ne manquent pas, il est important de souligner qu’il n’existe à ce jour aucun consensus. ⚠️ Les résultats sont très contradictoires et souvent influencés par des pressions extérieures (politiques, administratives, juridiques…). Nous avons tenté de dresser une liste objective des conséquences que peuvent avoir les pesticides sur la santé.

👉 Les cancers

En France, le nombre de cas de cancers a augmenté de 63% entre 1978 et 2000. Bien entendu cette hausse est dûe à un ensemble de facteurs variés. Notons quand même que certains types de cancers, ceux considérés comme particulièrement sensibles à l’environnement, ont augmenté particulièrement fortement. Le cancer du sein par exemple a augmenté de 97% (de 1978 à 2000) et celui de la prostate de 271%.

Le cancer de la prostate est le 2ème le plus fréquent chez l’homme après les poumons. Si les causes restent encore assez mal comprises, il serait la conséquence d’interactions complexes entre des facteurs génétiques, hormonaux ou environnementaux. Un âge avancé, des antécédents familiaux, des origines africaines subsahariennes, sont à ce jour les seuls facteurs de risque établis. Selon une étude récente, les pesticides pourraient également jouer un rôle essentiel. Un groupe d’exploitants agricoles et d’applicateurs de pesticides a été étudié aux Etats-Unis. Les résultats montrent un risque accru de survenue de cancer de la prostate chez les exploitants agricoles applicateurs de pesticides (de l’ordre de 19 %) ainsi que chez les applicateurs professionnels de pesticides (de l’ordre de 28 %).

L’étude montre aussi, chez les enfants riverains de zones d’épandages de pesticides un lien direct entre exposition à ces produits et apparition de maladies diverses. Ils favorisent le développement de leucémies, tumeurs cérébrales, malformations congénitales ainsi que des troubles neurocomportementaux et du développement. Ce risque est encore plus important chez les enfants dont les mamans ont été exposées aux pesticides durant leur grossesse.

Preuve que ce sujet est bien réel, la France a reconnu il y a peu un cancer du système immunitaire (le lymphome malin non hodgkinien pour ne pas le nommer) comme une maladie professionnelle pour les agriculteurs ayant été exposés aux pesticides dans le cadre de leur métier. Par ailleurs, 5 pesticides dont l’un des plus utilisés au monde ont été classés cancérogènes par l’IARC (International Agency for Research on Cancer).

👉 Les anomalies congénitales

Ces anomalies surviennent durant la grossesse et peuvent être identifiées avant la naissance, à la naissance ou plus tard dans la vie. Les périodes du développement embryonnaire, fœtal et de la petite enfance sont particulièrement sensibles aux pollutions environnementales.

Les effets sanitaires pouvant résulter de ces expositions sont diverses:

  • pendant la grossesse : avortements spontanés, malformations congénitales, diminution du poids de naissance ou de la durée de gestation…
  • après la naissance : altérations du système reproducteur, du métabolisme et la croissance, du développement psychomoteur et intellectuel…

L’INSERM a montré en France que l’exposition de la mère enceinte à des pesticides ménagers double les risques que son enfant contracte une leucémie infantile aiguë. Selon une autre étude, le risque d’avoir des garçons atteints de malformation génitale serait également nettement accru.

👉 La reproduction perturbée

Chez l’homme, la fertilité peut être estimée par l’examen quantitatif et qualitatif du sperme ainsi que par l’évaluation du bilan sanguin des hormones de la reproduction. Chez la femme, la fertilité est estimée par le rythme ovulatoire et par l’évaluation du bilan sanguin des hormones de la reproduction.

La quasi totalité des études réalisées à ce jour au sujet de l’impact des pesticides sur la reproduction concerne les hommes. En 1992, une étude montre que la quantité moyenne de spermatozoïdes dans le sperme humain au Danemark aurait diminué d’à peu près 50% entre 1938 et 1990. Une autre étude réalisée sur 1351 hommes de la région parisienne vient confirmer ces propos. Entre 1973 et 1992 la concentration des spermatozoïdes aurait baissé en moyenne de 2% chaque année. Cette diminution semble être attribuée en grande partie à une exposition aux pesticides. Mais est-elle synonyme de dégradation de la capacité de reproduction ? Il n’existe pas d’étude le prouvant réellement.

En revanche, l’INSERM publie en 2012 une étude montrant que l’infertilité concerne un couple sur dix et reconnaît que certains pesticides jouent un rôle important. Pour la première fois, certains pesticides sont légalement classés toxiques pour la reproduction.

👉 La troubles neurologiques

Une des premières études marquantes en la matière à été l’étude phytoner en 2001. Elle s’est intéressé aux effets de l’exposition à long terme des pesticides employés en viticulture sur les fonctions cognitives. La population étudiée était divisée en 3 groupes :

  • Personnes directement exposées
  • Personnes exposées par contact avec les plantes et/ou l’environnement des vignobles
  • Un groupe témoin de personnes non exposées

Résultat ? Les personnes directement exposées avaient des scores bien plus faibles que les autres. Autrement dit, les fonctions comme l’attention sélective, la fluidité verbale, et les capacités d’abstraction étaient particulièrement mises à mal.

Si on fait un zoom sur les utilisateurs réguliers de pesticides (agriculteurs, jardiniers, paysagistes…), le constat est encore plus alarmant. 🔍 Une étude a montré que, le risque de développer la maladie de Parkinson pour des agriculteurs utilisant des pesticides était multiplié par 5,6 et celui de développer la maladie d’Alzheimer multiplié par 2,4 par rapport à des groupes non exposés.

Par ailleurs, plusieurs études montrent que l’exposition de population d’enfants de milieux agricoles à des pesticides par leur voisinage peut conduire à une baisse des performances intellectuelles (retard d’âge mental, QI plus bas…). L’exposition à des pesticides semble aussi augmenter le risque d’autisme. Et enfin, une étude montre que les femmes les plus exposées à des pesticides agricoles durant les 3 premiers mois de grossesse ont un risque 7 à 8 fois supérieur d’avoir un enfant présentant des troubles autistiques, par rapport aux femmes non exposées.

Isabelle Baldi, une épidémiologiste, a également découvert à partir d’un échantillon de 221 adultes vivant en Gironde atteints d’une tumeur cérébrale que le risque de cancer du cerveau était multiplié par 2,58 pour les sujets les plus exposés aux pesticides.

Alors, si les avis restent divergents dans la communauté scientifique et que les études citées ci-dessus ne font pas toujours l’unanimité, il semblerait que la loi commence à choisir son camp. En 2012 un décret (n° 2015–636) reconnaît officiellement le lien entre pesticides et Parkinson → « Il est créé au vu de l’état des connaissances chez l’homme permettant d’établir un lien de causalité entre la maladie de Parkinson et les pesticides. Parkinson est d’ailleurs reconnu comme une maladie professionnelle liée aux pesticides. “

👉 Le dysfonctionnement du système immunitaire

Un rapport scientifique résume les résultats de plus de 100 études concernant les effets de divers pesticides sur le système immunitaire. Dans leur large majorité ces études mettent en évidence des effets immunosuppresseurs. Késako ? Les pesticides viendraient réduire l’efficacité de notre système immunitaire. Cependant les résultats annoncées par les études restent largement controversés. Ils ne peuvent donc permettre de confirmer de façon certaine le lien entre les pesticides et cette pathologie.

Un nouveau souffle

Le choix d’utiliser les pesticides à été fait dans un contexte historique complexe qui laissait peu de marge à la recherche d’autres solutions. Aujourd’hui que nous avons du recul sur le sujet et que nous voyons l’impact de ces choix, il est temps d’opter pour des solutions qui offrent un avenir plus radieux.

Et si on mettait de côté toute la panoplie de produits chimiques ? Il existe des milliers d’alternatives permettant de produire sans utiliser de pesticides. De l’agriculture biologique, à l’agroécologie, en passant par la permaculture ou encore l’agriculture urbaine, le choix est vaste. Chaque opportunité est à encourager.

Besoin d’un peu plus d’inspiration ? Regardez Demain ❤️


Vous avez aimé cet article ? Passez le mot : recommandez, commentez, partagez :-)