Une startup c’est comme un Bonsaï

L’art de cultiver un bonsaï

Photo by Kyle Ellefson on Unsplash

Avez-vous déjà observé un bonsaï grandir ? Au début, on ne voit rien. Il fait ses racines. Il prend son temps.

Parce que le pot est petit, il est nécessaire de l’arroser très régulièrement mais pas trop sinon ça déborde et l’eau est perdue. Si le bonsaï n’a pas assez d’eau, il meurt. S’il en reçoit trop, il meurt aussi.

Plus les racines sont de bonne qualité et profondes, plus les chances de survie sont grandes. Il faut donc lui laisser le temps de prendre racine et de croître et cela demande de la patience. Selon l’espèce, il sera nécessaire d’attendre jusqu’à cinq ans avant la première taille.

Puis, quelques feuilles viennent à sortir. On regarde alors le sens des branches et on taille celles qui partent dans le mauvais sens. Il est alors important de choisir stratégiquement les feuilles, bourgeons et branches qui devront être coupées. Chaque taille stimulera la croissance d’une autre partie de l’arbre.

Pour lui permettre de grandir en suivant la forme souhaitée, il pourra être utile d’ajouter un fil de cuivre autour du tronc et des branches pour les faire plier doucement dans la direction voulue. Ce câblage devra régulièrement être refait jusqu’à ce que la forme tienne sans l’aide de ce fil de fer.

Régulièrement, la terre du bonsaï devra être changée. Ainsi, le bonsaï va former de nouvelles branches. Et ces nouvelles branches devront être aussitôt taillées.

Si vous voulez des fruits, il conviendra probablement d’ajouter un peu d’engrais, un apport extérieur de nutriments.

Et toujours continuer à arroser régulièrement. Mais pas trop. Maintenir un petit stress hydrique dynamise la floraison.

Vous pouvez choisir la plus belle essence d’arbre ou de fleur, l’espèce la plus robuste, sans eau et sans soins vous n’obtiendrez rien.

Des racines aux fruits, du fondement technique aux profits

Pourquoi est-ce qu’un CEO d’une entreprise du numérique vous parle d’un bonsaï ? Vous l’aurez compris, faire grandir une startup , c’est comme cultiver un bonsaï.

Dans cette métaphore, les racines représentent le fondement technique sans lequel toute idée ne resterait qu’une idée.

Le câblage est la vision que l’on donne à sa société, celle qu’il ne faut pas perdre de vue, le socle contre lequel on se repose et qui empêche la société de prendre la mauvaise direction.

La taille représente les choix qu’il est nécessaire de faire pour qu’une entreprise grandisse et aille dans la direction souhaitée. Choisir c’est renoncer mais c’est aussi donner l’occasion aux solutions retenues de voir le jour et se concrétiser. Tout comme une entreprise, un bonsaï est un paradoxe : une plante que l’on encourage à pousser mais que l’on élague sans cesse.

La terre que l’on change régulièrement représente la remise en question permanente à laquelle tout chef d’entreprise est confrontée. Et même si la vision ne doit pas être perdue en route, tout le reste est régulièrement questionné. Un nouveau terreau est ainsi créé, rempli d’idées et d’humilité, ce qui lui donne sa fertilité.

L’engrais symbolise les consultants et prestataires externes qui, grâce à leur expertise et leur recul, boostent la croissance de la jeune startup.

L’eau du bonsaï représente la trésorerie. Il est aussi vital pour un bonsaï d’être régulièrement alimenté en eau qu’il est vital pour une entreprise de bénéficier de rentrées d’argent régulières (chiffre d’affaires récurrent, levées de fonds). Tout comme le bonsaï, si l’entreprise en obtient trop d’un coup, cela peut parfois lui faire plus de mal que de bien mais si elle n’est plus alimentée du tout, cela la conduira à une mort certaine.

Et ce n’est qu’avec tous ces éléments et de la patience que l’on peut espérer récolter des fruits qui sont ici les profits de l’entreprise.

Les pieds sur terre

Photo by Mohamed Zeyad on Unsplash

Tout comme il est très rare qu’un bonsaï se forme spontanément dans la nature, il est très rare qu’une entreprise réussisse sans bénéficier de ces ingrédients justement dosés. A l’heure actuelle, il n’existe plus beaucoup de start-ups qui fait fois dix en partant de l’idée de deux étudiants dans un garage. Le niveau technique et la multitude des compétences nécessaires à l’émergence d’un projet sont telles qu’il faut beaucoup plus de monde que deux types au fond d’un garage pour transformer une idée en entreprise profitable.

La légende véhiculée depuis des années dans l’imaginaire collectif nuit à la réalité de la vie d’une Startup du digital, qui doit promettre monts et merveilles à cinq ans pour espérer obtenir un financement.

Ces promesses finissent inexorablement par enfermer les actionnaires dans un choix cornélien : « J’arrête ou je continue d’arroser ? On m’avait promis de croquer un fruit dans trois ans et trois ans plus tard, je n’ai qu’une branche chétive. »

Il ne suffit pas d’acheter le bonsaï, il faut s’en occuper, être patient, comprendre, être actif dans les décisions dans les décisions stratégiques. Cela ne garantit pas le succès mais cela permet de comprendre, comprendre entre autres que l’échec fait partie intégrante de l’apprentissage du parfait tailleur de bonsaï.

Vous aurez à ce prix des bonsaïs plus beaux et vous récolterez davantage de fruits juteux avec la satisfaction d’y avoir contribué.

En résumé, si vous ne demandez pas la lune, vous décrocherez peut être une étoile.