PublicaPersonae · Étape 2 · Modélisation

Et si les publics culturels étaient des archétypes…

Essai sur une nouvelle méthodologie d’approche des publics culturels,
Proof of Concept sur une adaptation méthodologique des personae au profit de l’étude des publics.

Désormais, je suis en possession d’une ébauche de cartographie des comportements culturels; ils sont regroupés par similarité; ma boussole pour les lire et les comprendre se limite pour l’instant aux variables comportementales. 
Cette seconde étape de mon exploration aura pour but de confronter mes interprétations à la modélisation, c’est-à-dire de mettre en forme les personae.

Étape 2 · Modélisation des personae

La phase de modélisation est la phase finale de la méthode Cooper; elle a pour objectif de mettre en scène les archétypes de publics analysés.
Me voilà parti pour une exploration avec les idées plus claires et du grain à moudre pour mon interprétation. Cependant, je n’ai pas pu suivre le protocole à la lettre, du fait d’une identification par tamis des schémas proches, et non par échelle; je me dois être vigilant car certaines lectures peuvent être similaires voir caduques…

Faire la comédie des archétypes

La phase d’analyse m’a permis d’identifier des ensembles de personnes qui ont des comportements et des buts similaires. Pour chacun de ces groupes, je vais pouvoir créer un persona à travers une fiche descriptive.
Au vu des éléments que j’ai pu récolter, je peux construire une fiche avec :

· un nom,

· une illustration,

· des traits majeurs,

· un but,

· un comportement observé.

Comme cité par WeLoveUsers, Cooper en 2004 estime que des buts de vie tel que « ne pas se sentir stupide » et « ne pas perdre de temps » peuvent être considérés comme implicites pour tous les personae.

Je progresse donc dans cette seconde phase d’exploration méthodologique en gardant en tête un enjeu en parallèle : enrichir les personae avec des éléments d’environnement, de contexte et d’interactions sociales.
Pour garder un point de vue le plus objectif possible, j’entreprends de mettre à plat tous les profils, de les questionner sur leurs ressemblances et de les mettre en scène.

Nouvelle méthode Le Chat de OuiJa · Thomas Grospiron

L’exploration se faisant, je reçois l’aide de la faune locale qui, désireuse de m’aider attire mon oeil sur un des 21 profils.

Ce profil est un des plus saillants, il représente un groupe important de comportements similaires mais me semble être un doublon avec deux autres.

La méthode utilisée jusqu’à présent ainsi que celle des tamis ont donné ces 3 profils : ils sont par conséquent représentatifs. J’ai privilégié la méthode des tamis plutôt que la méthode des échelles de comportements de Cooper, qui aurait donné un résultat plus simple à interpréter.
Soudain, le séant de cet animal me fait comprendre le contraire : après une mise en scène des 3 schémas comportementaux proches, je me rends compte que les 3 profils se matérialisent par le même enjeu : une faible motivation pour l’activité culturelle. 
Les doublons passés en revue, je me rends compte qu’un profil rassemble en son sein les 2 autres !

Je viens de découvrir l’invité surprise…

Illustration de l’invité surprise — Maud Camillini

Voici sa définition…
…Un pratiquant culturel se
déplaçant rarement pour une activité culturelle; appréciant davantage le confort de son domicile pour se cultiver; a tendance à suivre les avis et le conseil d’amis et de parents pour une activité; il prend davantage de plaisir à déambuler, flâner, dans l’écoute et l’observation.

Ses traits majeurs de personnalité sont : [À l’ancienne], [Cul-de-plomb], [Gourmet] et [Flâneur]

Le mouvement est lancé. Ma relecture à plat me permet d’épurer encore une fois les profils : 14 personae dont l’invité surprise sont les archétypes finaux de mon exploration. 
J’ai dorénavant un nouvel outil : les personnages d’une méthodologie d’étude des publics.

Le théâtre des archétypes

“When creating such communication aides, it’s important to remember that personas are design and decision-making tools, not an end in themselves.” (Cooper, 2004)

Avec ce nouvel outil en main, je m’attaque à la dernière phase de la méthode de Cooper : mettre en scène les parcours des personae et ses éventuels choix lors d’une pratique culturelle.

Panorama de l’ensemble des profils · illustrations · Maud Camillini

Aidé par mes observations, les éléments bibliographiques, webographiques et les données sondées au préalable, il m’est dorénavant plus aisé de les matérialiser par des illustrations. Chacun des profils est alors mis en scène. 
Je vous montre ce qu’il en est pour le profil ProtoPublic.

Le ProtoPublic

… Un pratiquant culturel étant particulièrement attentif aux avis et aux conseils d’amis et de parents pour pratiquer une activité culturelle; se tient informé des activités proches de son domicile ou de ses goûts; est curieux et aime les nouveautés; restant plus longtemps sur les activités culturelles; approfondit les questions posées, avant, pendant et après l’activité.

Ses traits majeurs de personnalité sont : [À l’ancienne], [Archéologue], [Gourmet] et [Veilleur]

Un exemple de scénario pour ce type de publics serait le suivant :

Connaissez-vous une personne proche de vous dont les traits seraient : 
Cette personne n’utilise que rarement internet ou n’utilise pas l’internet mobile, accueille l’information culturelle via les médias dits “traditionnels”, prescrit son activité culturelle auprès de son cercle proche, privilégie le bouche à oreille.
Le Protopublic est une personne appréciant découvrir de nouvelles disciplines artistiques; est un public actif et volontaire; recherche les activités culturelles aux alentours.
C’est une personne amatrice de culture, plus facilement convaincue par le simple, se laisse porter et tenter par les propositions qui lui sont faites, a une préférence marquée pour le plaisir des sens, est motivée par ses goûts.
Elle reste plus longtemps sur les activités culturelles; approfondit les questions posées, avant, pendant et après l’activité, fouille, cherche à comprendre ou à savoir dans le détail; sait précisément ce qu’il l’intéresse.

12 autres profils sont construits de cette manière : Une fiche de lecture, une définition, une illustration, entre autres pour chacun.

Certains y reconnaitront des personnes proches… Parmi les premiers retours qui m’ont été fait, le profil Protopublic désignait des parents ou des grand-parents. Tout laisse songer que ce profil est l’archétype des publics d’un certain âge et ayant une habitude culturelle déjà forgée.
Toutefois, j’attire l’attention sur le fait qu’aucune donnée socio-démographique (âge, sexe, etc.), ni aucune donnée socio-professionnelle n’ont été demandées lors du sondage. Il m’est donc impossible d’attester en l’état une corrélation probable entre un âge et un profil, entre autres.
Mon travail se basait sur une non-considération des données existantes pour en trouver de nouvelles et forger un nouvel outil. 
Je suis parti en exploration… 
Et j’en reviens riche d’expériences et de nouvelles connaissances.

Le théâtre des personae

Les personae doivent être présentés pour être utiles et utiisés lors de conception d’actions culturelles. On peut imaginer assez simplement qu’ils soient utilisés par les équipes de médiation, leur objectif étant de questionner la validité et l’optimisation d’actions culturelles. 
Leurs utilisations dépendent des méthodes employées par les équipes : si ces actions sont au reflet des publics du lieu culturel - ce qui est généralement le cas - il sera nécessaire des les scénariser…

Comme le souligne WeLoveUsers, les personas sont généralement utilisés en complément de la méthode des scénarios qui met l’accent sur des exemples particuliers avec des descriptions concrètes (Carroll, 1997).

Je ne peux pas utiliser la méthodologie de Carroll. Elle nécessite pour la rédaction de scénarii certains éléments que le sondage et l’analyse ne m’ont pas fournis.
Je reste attentif et curieux de cette méthode qui serait la plus pertinente pour compléter ma méthodologie : elle met l’accent sur des exemples particuliers avec des descriptions concrètes, au bénéfice d’une application plus rapide. 
Néanmoins, je me suis engagé à privilégier les données et informations récoltées lors de mon exploration, en omettant les suppositions. Voici une nouvelle difficulté : ne les ayant pas prévues, je suis dans l’incapacité d’utiliser la méthode de Rosson et Carroll. 
Je ne m’empêche pas de les prévoir dans une nouvelle POC… à l’instar des proto personae et autres cités précédemment.

Mon exploration touche à sa fin. 
Comme tout travail d’exploration, il est temps de coucher sur papier le bilan d’un tel exercice, la pertinence de son application, de penser le résultat dans sa globalité…
Je rentre après plusieurs semaines d’exploration.