Inventons la Métropole vu par ses participants : toujours autant d’enthousiasme, et encore plus de questions !

L’intérêt suscité par l’appel à projets Inventons la Métropole du Grand Paris n’est plus à démontrer : près de 60 sites proposés par les collectivités, 420 candidatures et plus de 160 groupements finalistes. L’enthousiasme est tel, qu’une nouvelle édition d’IMGP est déjà sur les rails !

Après Réinventer Paris, Réinventer la Seine et Reinventing cities, Inventons la Métropole démontre que les appels à projets urbains innovants ne sont pas qu’un effet de mode, mais le signe d’une transformation plus profonde de la fabrique urbaine. Reste à savoir laquelle… Car cette évolution menée tambour battant suscite autant d’enthousiasme que de questions parmi les professionnels qui y participent, qu’ils soient architectes, promoteurs, bureaux d’études ou exploitants.

Un retour d’expérience en forme de caisse de résonance des professionnels impliqués

C’est pour tenter d’y voir plus clair que nous avons réalisé ce retour d’expérience collectif sur Inventons la Métropole auprès des équipes candidates. Cette démarche résulte d’une initiative bénévole et indépendante, mené par deux agences : Le Sens de la Ville et Partie Prenante. Impliqués dans les groupements[1], nous avons été en première ligne du travail mis en œuvre pour s’adapter à ces nouvelles formes de concours urbains. Au contact de ces groupements élargis, nous avons vu les espoirs, les hésitations mais aussi les appréhensions que ces appels à projets inédits peuvent susciter.

Entre la communication (forcément laudative) et la polémique (souvent simpliste), nous sentons qu’il existe un besoin de réflexion collective pour mieux comprendre ce qui nous arrive[2]. Tels sont les objectifs de cette initiative conduite en open source : ménager un espace de réflexivité entre professionnels pour alimenter le débat sur les mutations de la fabrique urbaine, ses apports potentiels comme ses possibles effets pervers.

Conçu comme une caisse de résonance des questionnements éprouvés par chaque professionnel de la fabrique urbaine, ce retour d’expérience ne vient pas se substituer à une évaluation en bonne et due forme d’Inventons la Métropole, qui resterait à conduire sous l’impulsion de la MGP et de la SGP. Réalisé sur un temps court (novembre 2017 — janvier 2018), il ne remplace pas non plus un dispositif de suivi de la mise en œuvre des projets, dont tout le monde s’accorde à souligner la nécessité.

Un questionnaire en ligne ciblé sur la phase d’élaboration des projets candidats

Le questionnaire a surtout porté sur le processus d’élaboration des projets candidats. Les questions étaient organisées autour de quatre entrées : le regard des participants sur le partage des rôles au sein des groupements, leur vécu de la construction de la programmation, leur perception du caractère innovants des projets et leurs réactions sur la « méthode IMGP ». L’analyse porte assez peu sur le contenu des projets eux-mêmes (ce travail sera en partie effectué par la Chaire Grand Paris de l’Ecole d’urbanisme de Paris).

Les résultats que nous présentons dans cette série d’articles sont donc à prendre pour ce qu’ils sont : des éléments de réactions à chaud des participants, issu d’un questionnaire en ligne et ciblé sur le processus de construction des projets candidats. Avant d’en exposer les conclusions dans les prochains articles, revenons sur le panel sur lequel repose cette enquête. Esquisser le profil des répondants, c’est déjà dessiner le contour des interrogations suscitées par Inventons la Métropole.

Plus de 150 réponses, à l’image d’une communauté professionnelle aux contours inédits

Plus de 150 personnes ont participé au retour d’expérience, ce qui témoigne de l’intérêt des professionnels pour une telle démarche. Alors que le retour d’expérience sur Réinventer Paris avait surtout mobilisé les architectes (45% des répondants à l’enquête menée en 2016), ce sont les promoteurs et investisseurs qui ont été les plus nombreux à exprimé leurs réactions (37%). Signe qu’Inventons la Métropole dépasse les seuls enjeux de la conception urbaine, et interpelle l’ensemble des acteurs de la fabrique urbaine.

Les concepteurs (architectes et paysagistes) constituent un quart du panel, tout comme les AMO et bureaux d’études dont les structures se multiplient avec la généralisation des appels à projets urbains innovants. Autre point d’étonnement : la faible participation des exploitants/gestionnaires (10 réponses) et des starts-up (5 réponses). Si on peut comprendre que les innovateurs technologiques se sentent peu concerné par cette démarche réflexive sur la fabrique urbaine, la discrétion des utilisateurs interpelle davantage ! Leur intégration dans les groupements constitue en effet un des éléments marquants des Réinventer. Nous reviendrons plus longuement sur les ambiguïtés qui pèsent sur leur fonction.

Au-delà de cette diversité de profils, le panel souligne aussi la constitution d’une communauté professionnelle qui tend à se spécialiser sur les réponses à ce type d’appels à projets urbains innovants. 60% des répondants ont travaillé sur plusieurs sites, et 20% étaient membres d’au moins quatre groupements. Si les contextes et les tailles de sites varient, on y retrouve souvent les mêmes professionnels !

Cette tendance à la spécialisation se retrouve aussi dans la constitution de filiales dédiées. La plupart des promoteurs ont ainsi créé une direction Grands Projets pour améliorer leur réactivité et favoriser les effets d’apprentissages entre les éditions successives. Par rapport à Réinventer Paris, Inventons la Métropole s’illustre d’ailleurs par un retour des « gros promoteurs », nous y reviendrons.

L’ampleur du panel comme la diversité des répondants nous permet d’obtenir des résultats robustes sur le vécu d’IMGP par les groupements candidats et d’interroger les différences de perceptions entre promoteurs, concepteurs et AMO.

Une série d’articles pour présenter les points saillants de ce retour d’expérience collectif

Les résultats ont été restitués le 7 mars en présence des acteurs impliqués dans l’appel à projets. Nous en présentons ici les principales conclusions à travers plusieurs articles, qui seront publier dans les jours qui viennent :

  1. Inventons la Métropole : quand les réinventer changent d’échelle

2. Le partage des rôles : un fonctionnement collaboratif… à géométrie variable !

3. La programmation : quand la chasse au concept devient programmation

4. La « carte blanche » IMGP : cinquante nuances de gris

5. Appel à projets urbains cherche modèle(s) économique(s)

6. Et maintenant ? 8 propositions pour réinventer les appels à projets

Pour poursuivre la réflexion sur les nouvelles façons de faire la ville, suivez-nous sur twitter : @nicolasrio2 / @sensdelaville

La présentation des résultats du retour d’expérience est accessible en ligne ICI et les données du questionnaire sont disponibles en open-source LA.

[1] Le Sens de la Ville a été AMO de trois groupements, sur Pleyel à St Denis, Cherioux à Vitry, Babcock à La Courneuve. Nicolas Rio a pour sa part accompagné des équipes sur le campus de Cachan, Pont de Rungis et les Ardoines.

[2] Le Sens de la Ville avait conduit un travail équivalent pour Réinventer Paris avec Urbanova et Partie Prenante avait consacré une première série d’articles sur son blog pour décrypter les enjeux des Réinventer.