Introduction au projet

Ce projet a pour but de décortiquer les mécanismes de design à l’œuvre dans les interfaces graphiques numériques, aussi appelé « environnements graphiques ». Il s’agira, à partir de l’étude de cas concrets (par exemple le système d’exploitation iOS) inscrits dans une généalogie graphique, d’explorer les différentes strates de design qui convergent pour former cet outil qu’est une interface numérique.

La notion centrale interrogée sera celle de l’utilisation (et donc de l’outil). Tout d’abord via la figure du lecteur-utilisateur : nous tenterons de voir sa lignée à travers les différents supports de lecture-utilisation (tablettes, codex, livres, …). Nous irons donc voir du côté de l’histoire de la lecture, de celle de l’édition et des médias (Chartier, Mac Luhan, Martin). Nous aborderons ces moments clés via le prisme du design d’interface, en prenant soin de ne pas rester à la surface de la page, mais d’intégrer l’objet médiatique dans son ensemble : dans son scénario d’usage.
Ensuite, l’histoire des techniques sera convoquée, notamment pour ce qui est de l’analyse de la notion des systèmes techniques(Bertrand Gille), et celle de paradigme, souvent utilisée pour évoquer de la métaphore des fenêtres des interfaces graphiques. La pensée de Simondon nous permettra aussi d’éclairer les notions de potentiel et d’explorer la possible qualité des usages, et donc la possibilité du mésusage. Nous aussi étudierons la question de la création d’outil via le concept d’« appareil » développé par Pierre-Damien Huyghe, et celui de « dispositif » énoncé par Giorgio Agamben dans le prolongement de la pensée de Foucault[1].
Enfin, nous nous pencherons sur la littérature théorique des pionniers des interfaces numériques. Que ce soit par exemple, David Canfield Smith, qui développa la notion d’icône ou Muriel Cooper qui posa les bases du design multimédia. Nous évoquerons la place de l’ergonomie, discipline nouvelle, qui tente de rendre quantifiable le degré d’intuitivité dans la réception d’une interface et développe la notion d’usabilité(usability). Pour finir, nous parlerons du design de l’« expérience utilisateur » (UX), formule largement répandue dans le monde numérique. 
Pour finir nous aborderons la question de la médiatisation du design. Si, il y a peu d’années encore, peu de gens connaissaient le rôle d’un typographe, et que le travail du designer était souvent confondu avec celui de l’ingénieur, la typographie et le design numérique sont maintenant devenus des pratiques en vue. Le design d’interfaces fait l’objet d’article dans la presse généraliste[2]et devient un argument de vente. Il sera intéressant de voir en quoi cela peut être bénéfique ou nous pour la discipline.

Cette recherche se positionne ainsi dans le courant de l’archéologie des médias, en ce que les travaux dans ce domaine « font référence au modèle épistémologique de l’archéologie dans toutes ses variantes (de la fouille à la « description de l’archive » foucaldienne) afin d’étudier la perception, la représentation, la mémorisation et la transmission dans leurs aspects historico-techniques.»[3]
Il s’agira donc de relier une recherche historique à un travail d’analyse des interfaces qu’elles soient contemporaines ou justement, historiques. En somme de faire la pré-histoire des interfaces. Comme le note Thomas Y. Levin à propose de ce domaine en plein développement, l’archéologie des médias poursuit « une notion foucaldienne selon laquelle les archives constituent l’ensemble des règles qui régissent la gamme de ce qui est même concevable. En tant que telle, la préhistoire exhumée par la recherche archéologique sur les médias ne doit pas nécessairement être appréhendée en termes d’antériorité temporelle, mais plutôt comme le lieu de configurations techno-épistémologiques qui soutiennent le discours sur les médias contemporains. »[4]

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[1]« […] ce qui a la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants », [2006], trad. de l’italien par Martin Rueff, Paris, Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque, 2007, p.31

[2]Les menus des iPad et iPhone évoluent avec leur nouveau logiciel central, iOS 11, lemonde.fr, 19 septembre 2017

[3]Introduction au programme du colloque : Archéologie des médias et histoire de l’art de l’INHA, 5 octobre 2015

[4]Thomas Y. Levin, introduction au cycle : « L’archéologie des médias comme pratique critique : trois conférences »,
Centre Pompidou, 2015, https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-9264c7e32d78d7c9259c958813d40ac&param.idSource=FR_E-86ff5b9ba4a1224deea06f7dba6d6e4d

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