Pourquoi suivre les actualités est dangereux pour ta santé mentale ?

Et comment faire pour te tenir informé sans ça.

Comme tout le monde, je croyais que suivre les actualités faisait partie de ce qu’il faut faire pour être un bon citoyen.

Je pensais que les actualités étaient des informations. D’ailleurs on appelle littéralement ça “les informations”. Alors que le terme anglais est bien plus correct : news. Les nouveautés.

Puis un jour j’ai lu, dans la Semaine des 4 heures, un conseil qui a bouleversé mon quotidien : arrête de suivre les actualités.

L’auteur prétendait même que les actualités étaient dangereuses.

Dangereuses ! Carrément ? Oui, carrément. 8 ans plus tard, je me demande comment j’ai fait pour l’ignorer si longtemps.

Avant de nous lancer dans le sujet…si tu veux t’abonner à ce que j’écris : clique ici et laisse ton email pour avoir du contenu de moi régulièrement. D’ailleurs je t’en parle un peu plus en détails à la fin.

L’impact des actualités sur la santé mentale

Voyons ensemble les différents effets de la consommation d’actualité sur notre santé mentale.

Les actualités sont totalement inutiles

C’est quand la dernière fois qu’une actualité t’as été utile ? Je veux dire par là que tu as changé quelque chose dans ta vie suite à une actualité ?

Attention, je parle de faire un changement intelligent et positif. Si tu t’es mis à te méfier des personnes qui ont une tête d’arabe suite à la couverture des attentats, ça ne marche pas.

Je parle d’un changement dont tu peux être fier, quelque chose qui t’a construit. Je ne peux te citer aucune actualité qui a eu un tel effet dans ma vie. En revanche je peux te citer des dizaines de livres et d’articles de fond.

D’ailleurs, je l’ai déjà fait : ici

Le pire c’est que nous ne sommes même pas mieux informés. Les actualités se rapprochent bien plus de la désinformation que de l’information.

Pourquoi ? Parce qu’elles font des effets loupes qui exagèrent l’importance du nouveau, du cas particulier.

On est systématiquement mieux informé avec un livre, un podcast ou un article de fond. Car les actualités dramatisent tout. Dans l’actualité, on va davantage parler de la neige qui bloque Paris que d’une découverte scientifique le même jour.

En vérité, les actualités te permettent simplement d’avoir un truc à raconter à la machine à café. C’est tout.

En même temps c’est logique : que vendent les entreprises de presse ? De l’information ? Non. L’actualité n’est pas leur produit. L’actualité c’est l’appât avec lequel elles attirent le produit. Le produit c’est ton attention. On vend ton attention à des publicitaires. Leur but n’est donc pas de t’informer mais bien de te faire revenir encore et encore. Le but est de te faire croire que ce superficiel est important, vital.

De toutes façons, comme on le verra, les entreprises de presse n’ont plus les moyens de produire de l’information de qualité. Il reste quoi ? Le drame, l’exagération, le matraquage du même sujet pendant une semaine.

Les actualités augmentent ton stress

“Les actualités déclenchent constamment le système limbique. Les histoires qui font peur activent la libération de cascade de glucocorticoïde (cortisol). Cela dérègle votre système immunitaire et inhibe la diffusion des hormones de croissance.

En d’autres termes, votre corps se trouve dans un état de stress chronique. De haut taux de glucocorticoïde causent des problèmes de digestion, des problèmes de croissance (cellules, cheveux, système osseux), de la nervosité et une plus grande vulnérabilité face aux infections virales.

Les consommateurs d’actualités prennent le risque d’altérer leur santé physique. Les autres effets secondaires potentiels des actualités incluent la peur, l’agressivité, une vision tunnel et une insensibilisation.”

Relis attentivement ce passage. Prends la mesure de ce que ça veut dire : la consommation d’actualités augmente ton niveau de cortisol, l’hormone du stress. Et un trop haut niveau de cortisol a des conséquences sur la santé mentale et physique.

Les actualités distordent ta perception de la réalité

Le docteur George Gerbner a étudié cet effet dans les années 70.

Il a pris deux groupes de personnes : des gens qui ne regardent pas beaucoup la télévision et des gens qui la regardent quatre heures par jour (donc grosso modo la consommation moyenne).

Gerbner et son équipe ont ensuite demandé à ces 2 groupes d’estimer la probabilité d’être victime de violences physiques durant une semaine de vie normale.

Les chercheurs ont constaté que les “Téléspectateurs occasionnels” estimaient cette probabilité à 39%, alors que les “Télévores” estimaient la probabilité à 52%. Pourtant, la probabilité réelle dans le contexte de l’étude est de…1%.

Les individus amplifient donc tous cette probabilité, mais les “Télévores”, selon ces résultats, surestiment bien d’avantage : 52% au lieu de 1%. C’est une importante marge.

Cet effet s’appelle le syndrome du grand méchant monde. Or, ce n’est pas à cause de la fiction. Notre cerveau dissocie la fiction de la réalité. En revanche, les actualités nous sont présentées comme étant de la réalité.

Or, nous sommes très sensibles à ce qu’on appelle le biais de disponibilité. C’est-à-dire que plus on voit quelque chose, plus on pense que c’est important et probable. Voilà pourquoi on surestime les dangers du terrorisme.

Source : https://medium.com/@tobiasrose/the-enemy-in-our-feeds-e86511488de

Les accidents de voiture et le tabagisme font bien plus de morts que le terrorisme ou la criminalité.

“De 1995 à 2008, le focus sur les victimes, les agressions, les viols, la délinquance, les catastrophes, a quadruplé à la télévision française, sans que les faits en question ne quadruplent”

Personne ne peut se croire immunisé. Nous développons un pessimisme inconscient en étant bombardés d’actualités.

Pire, encore, après la catastrophe naturelle qui a ravagé la Nouvelle-Orléans, cette perception est même devenue dangereuse.

En effet, les journaux télévisés ont commencé à relayer des faux récits de pillage. Sur la base de ces récits, les autorités ont déployé 72 000 militaires, non pas pour aider les habitants mais bien pour réprimer les débordements imaginaires. Avec ordre de ne pas hésiter à tirer. Ce n’est qu’après-coup qu’on s’est rendu compte qu’il y avait eu bien plus de scènes d’entraide et de solidarité que de pillages. La majorité des pillages n’étaient en fait que des rumeurs.

Le syndrome du grand méchant monde nous rend plus facilement crédules face à l’idée que les humains sont forcément mauvais.

Le monde n’est pas angoissant : c’est les actualités qui sont angoissantes

On ne s’en rend même plus compte mais les actualités sont responsables de notre niveau d’angoisse. Mais on croit que c’est le monde qui cloche. On croit que le problème est dans le grand méchant monde. Alors que non : le problème est dans les actualités.

J’ai vu passer ce post sur LinkedIn qui résume à merveille le souci :

Si on en croit ce post, on a l’impression que le monde est devenu anxiogène. Ou même que l’actualité est anxiogène. Mais repenses-y…as-tu déjà vu un bulletin d’informations non-anxiogène ? Les actualités parlent majoritairement du négatif. On accepte ça comme une évidence sans jamais le remettre en question. Mais ça ne va pas du tout de soi.

C’est parce qu’elles doivent vendre de la publicité derrière (on va voir le rapport dans le chapitre suivant).

Le monde n’est donc pas anxiogène, c’est la couverture médiatique qui l’est. On passe d’un drame à un autre. Même la météo est dramatisée. De la neige à Paris ? Apocalypse. La Seine qui monte ? Apocalypse. Plus de 35 degrés à Paris ? Apocalypse.

On a vite fait d’oublier que l’anxiété est provoquée par les actualités. Lors des attentats du Bataclan, j’ai fait une rechute médiatique. Il faut dire que ça s’est passé dans ma rue. Pendant une semaine, à chaque fois que je sortais je tombais sur un camion avec une antenne parabolique et un journaliste devant une caméra.

J’étais tellement angoissé que j’ai envisagé d’annuler une formation que je devais donner. Heureusement, j’y ai été. J’ai passé une journée entière sans regarder mon téléphone. Le soir je me suis senti libéré d’un poids.

J’ai alors compris que je n’étais pas angoissé à cause des attentats. J’étais angoissé parce que je passais mes journées à regarder les chaînes d’information en continu qui parlaient en boucle des attentats.

Les actualités ne nous fournissent pas de l’information, elles nous fournissent de l’angoisse. La preuve ? Quand j’étais petit on voyait souvent des reportages sur l’extrême pauvreté dans le monde. Logique : puisqu’en 1990 elle était de 47%. En 2001 le taux est tombé à 15%. Conséquence : tu ne vois plus les reportages. Mais tu n’as pas pour autant un reportage qui rapporte la bonne nouvelle.

Pareil pour la faim dans le monde. Nous sommes actuellement en train de vaincre la faim dans le monde. En 1990, 19% des humains souffraient de sous-alimentation. En 2016 quasiment moitié moins : 11%. Les actualités n’en ont pas parlé. Pourtant ce n’est pas un détail : ça fait 2 milliards de personnes épargnées.

Les actualités vont nous rappeler qu’il y a trop d’humains sur Terre et que la planète a du mal à encaisser. Mais elles oublient de dire que cette forte croissance est due à la diminution des famines, des guerres et la baisse de la mortalité infantile.

Dans les actualités, on ne va pas te dire que les infections du Sida ont été divisé par deux entre 2000 et 2013. Non, on a eu les bulletins d’information angoissants au début des années 2000. Mais en 2013 tu n’as pas une vague d’actualités qui dit “bonne nouvelle, le Sida régresse”.

La diminution de la concentration

Les actualités nous reprogramment. C’est-à-dire que notre cerveau continuent à fonctionner différemment, même quand nous ne regardons plus les actualités. Et c’est dangereux.

Plus nous consommons d’actualités et plus nous musclons les circuits neuronaux dédiés à la lecture en diagonale et au multitâche. Dans le même temps, nous laissons se ramollir les circuits neuronaux dédiés à la lecture profonde et à l’analyse. La plupart des consommateurs d’actualités, même s’ils ont été d’anciens grands lecteurs de livres, ont perdu leur capacité à lire de longs articles ou des livres. Après 4 ou 5 pages, ils se sentent fatigués, leur concentration s’évanouit et ils s’agitent.

Ce n’est pas parce qu’ils vieillissent ou que leur agenda est plus chargé. C’est parce que la structure physique même de leur cerveau a été modifiée. Nous entraînons nos cerveaux à focaliser leur attention sur des cochonneries

Je dois rajouter quelque chose ? Je crois que tout est dit. Si tu as l’impression de ne plus avoir les capacités de concentration nécessaires pour lire un livre, voici une piste à explorer.

Mais…comment en sommes-nous arrivés là ? Est-ce un complot ? Est-ce de l’incompétence ? Non. Pas du tout. Les actualités ne peuvent pas être autre chose que ce qu’elles sont. En tout cas pas tant qu’elles sont gratuites.

Le problème du gratuit

Tu as peut-être déjà entendu cette fameuse phrase : si c’est gratuit, c’est que tu es le produit. Ce n’est pas toujours vrai : les Restos du coeur sont gratuits, sans que les personnes qui en bénéficient soient le produit.

En fait, ce qu’on veut dire par là c’est qu’il existe un modèle économique qui consiste à proposer un produit gratuit que l’on finance par de la publicité. C’est ce modèle là dont on parle quand on dit “c’est gratuit parce que tu es le produit”.

Quelles sont les implications de la publicité ?

Si jamais je finance mon activité par de la publicité ça veut dire que mes intérêts ne s’alignent plus naturellement avec mes lecteurs. Il y a immédiatement une force de gravité qui va me pousser à faire d’abord plaisir aux publicitaires.

Je suis donc directement en conflit d’intérêt. Or, s’il est possible de gérer correctement un conflit d’intérêt, l’histoire nous apprend que ça finit mal en général. Ironiquement parce que la plupart des gens sous-estiment en toute bonne foi la puissance exercée par un conflit d’intérêt.

Ça a été étudié en long et en large par les sciences sociales : nous refusons d’accepter l’influence du conflit d’intérêt sur nous et c’est justement comme ça qu’il nous influence. On se dit “non mais c’est pas grave, j’accepte de l’argent de Coca mais je ne vais jamais changer ma ligne éditoriale pour autant”.

“Les participants qui pensaient qu’ils n’étaient pas sensibles ou vulnérables à la publicité mensongère était, en réalité, les plus vulnérables”

Deuxième conséquence : la publicité impose une guerre de l’attention. Les américains appellent ça “la guerre des 24h”. Voici comment en parle l’ex-patron de TF1 :

Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.

Le modèle publicitaire est résumé : on vend le temps de cerveau disponible de son audience.

Le rêve d’une chaîne d’information en continu :du terrorisme et des publicités

Tu ne t’es jamais demandé pourquoi Google veut faire une voiture autonome ? Quel rapport entre une voiture autonome et un moteur de recherche ? Simple : Google est financé par la publicité. Or, dans la guerre des 24 heures, Google est contrarié de nous voir passer autant de temps dans nos voitures. Dans une voiture on ne peut pas aller sur Youtube, on ne peut donc pas consommer de la publicité qui finance Google. La radio a encore quasiment le monopole.

Si jamais la voiture conduit toute seule, ça va créer un nouveu temps de cerveau disponible. Google pourra nous y proposer ses services et donc ses pubs.

Problème : l’attention a été créé pour le monde préhistorique. L’attention est, à l’origine, un outil formidable : elle nous permet de ne pas être submergé par les informations. Elle nous permet de prioriser.

Mais notre attention se porte beaucoup plus spontanément sur le négatif. Imagine-toi à la préhistoire. Si tu vois devant toi un pommier mais qu’il y a un tigre qui tourne autour…il vaut mieux que ton attention soit concentrée sur quoi ? Le pommier ou le tigre ? Évidemment le tigre.

Ton attention sera donc toujours plus puissante sur les choses négatives.

Or, ça tombe bien, c’est la troisième conséquence de la publicité : elle fonctionne mieux quand tu as peur ou que tu es en colère. La peur te donne envie d’acheter. La peur déclenche ton réflexe d’aller chercher des choses pour survivre.

L’angoisse entrave l’esprit critique et crée un besoin de consommer : quand on se sent menacé on veut consommer. Plus nous sommes stressés, plus nous nous tournons vers le sucre et les féculents, le sucré et le gras.

Quatrième conséquence du modèle publicitaire : il faut énormément d’audience pour gagner de l’argent. Sur Youtube 1000 vues font environ 1€ de chiffre d’affaires. Donc pour gagner 1200€ nets par mois, il faut faire 2,4 Millions de vues (j’ai appliqué 50% de prélèvements obligatoires).

2400€ de revenus bruts pour 2,4 millions c’est nul. Car c’est super dur de faire des millions de vues. D’ailleurs, quand on compare les sites qui vendent de la publicité aux blogs qui vendent leur propre produit, il n’y a pas photo : on gagne la même chose avec dix fois moins de lecteurs et lectrices.

Enfin, la cinquième conséquence est la compatibilité du contenu avec les publicités. En effet, plus le contenu va attirer les lecteurs qui sont de grands consommateurs et plus les annonceurs vont payer cher. À l’inverse, quand le sujet attire des personnes qui ne consomment pas beaucoup, on a un souci.

C’est ce qu’a vécu le site Rue89. Ils voulaient à tout prix proposer un modèle gratuit d’information. Ils ont fini par faire faillite (camouflée par un rachat). Pourquoi ? Parce que leur audience n’était pas celle que les publicitaires recherchent.

Faire un média pour les écolos de gauche n’est pas un pari très rentable car c’est une audience moins sensible aux publicités que la moyenne

Comment Facebook a aggravé les choses

J’adore Facebook. Là n’est pas la question. Mais il faut constater que son impact a été dramatique sur la presse. Je l’ignorais avant de faire mes recherches pour cet article mais nous avons déjà connu une époque où les actualités partaient en vrille. Au début du XXème siècle.

Pour lutter contre, les journalistes se sont réunis et ont défini des règles d’éthiques. C’est à ce moment qu’on a créé en France le concept de la carte de presse. Journaliste est devenu un métier réglementé.

Et ça fonctionnait plutôt bien : même s’il y avait de nombreuses dérives, il subsistait une part non négligeable de journalisme de qualité.

Mais avec Facebook tout s’est emballé. Ça se comprend. Le journalisme est un dilemme du prisonnier géant. Le dilemme du prisonnier est une situation où il est quasiment impossible d’arriver à la situation qui profite à tout le monde, car il est encore plus profitable de trahir.

Pour les entreprises de presse, il vaut mieux un monde où tout le monde paie son journal et y retrouve uniquement de l’information de qualité, plutôt qu’un monde où tout le monde recherche du gratuit et où l’information est médiocre.

Oui…sauf que…si tout le monde fait de la qualité chère, une entreprise a tout intérêt à trahir l’équilibre en faisant un truc nul mais gratuit.

Le journalisme résistait à cette tentation, grâce aux règles d’éthiques. Mais Facebook a tout ravagé. Pourquoi ? Parce que Facebook vend également de la publicité pour financer son site. Facebook est donc en concurrence directe avec la presse.

GAFA ça veut dire Google/Facebook ici. Tu imagines, si toi tu perdais 71% de tes revenus ? Pour un salaire de 1 000€ il ne te reste plus que 390€. Pour un salaire de 2 000€, il ne te reste plus que 780€.

Les revenus de la presse se sont mis à chuter violemment. Les journaux ont dû licencier une grande partie de leurs équipes et notamment les moins rentables. Manque de pot, les moins rentables c’étaient les journalistes d’investigation, les vrais spécialistes, etc.

Facebook a donc été une concurrence violente pour la presse. Car si Facebook vend de la publicité… Facebook ne produit pas le contenu. C’est là son coup de génie. Le contenu est créé par les utilisateurs. Or, les utilisateurs n’ont pas de code éthique. Ils publient ce qu’ils veulent. C’est comme ça qu’on a vu le retour des contenus complotistes ou appelant à la haine.

En réaction, la presse a dû s’aligner: il a fallu briser les règles d’éthique et se mettre à faire du contenu gratuit et viral. Il a fallu vendre son âme au diable pour continuer à toucher des revenus publicitaires. Tout le monde aurait fait pareil. D’ailleurs ceux qui n’ont pas fait pareil ont simplement disparu.

Facebook a donc été une catastrophe. Par notre faute. Car qui a forcé Facebook à être Facebook ? Nous. Par notre refus de payer les services sur Internet.

Tu te rappelles de la rumeur la plus inquiétante des débuts de Facebook ? On disait que ça allait devenir payant. Tu te rends compte ? Notre plus grande peur c’était de payer pour un service qu’on utilisait tous les jours.

Car aux débuts du web, il y avait ce standard du gratuit. Personne ne s’imaginait payer un service web. Les choses ont changé maintenant. On paie Spotify, on paie Netflix. Mais au moment où Facebook se lance, il est dur d’imaginer un autre modèle que le modèle publicitaire. Remets-toi dans le contexte : nous sommes à peine quatre ans après le krach boursier de la bulle Internet. De nombreuses entreprises prometteuses du web viennent de s’effondrer.

Les drames sont rentables, le terrorisme et les médias sont des alliés objectifs

Les revenus diminuant à cause de Facebook (et Google) il a fallu chercher des contenus qui pouvaient compenser. Le modèle publicitaire impose d’avoir des contenus qui génèrent de l’attention. On donne de l’attention de notre audience à un publicitaire et il nous donne de l’argent en retour.

Or, comme tu le sais maintenant, la peur et la colère sont très rentables en attention. Si deux personnes se battent dans la rue, tu vas immédiatement avoir envie de t’arrêter pour regarder. Plus que si deux personnes s’embrassent. C’est un réflexe de survie.

Pour gagner le plus d’argent, le média doit donc proposer quelque chose qui fait peur ou qui met en colère. Par conséquent, tu sais ce qui est, de loin, le plus rentable en ce moment ?

Le terrorisme.

Oui. Le terrorisme est une excellente nouvelle pour un fournisseur d’actualités.

Pire encore…la présence des médias d’actualités est également une incroyable nouvelle pour le terrorisme. Les deux sont donc en symbiose. L’un a besoin de l’autre.

Selon l’économiste Bruno Frey, c’est surtout pour cette raison que les terroristes d’Amérique latine ont déplacé leurs activités depuis les zones rurales depuis les zones urbaines. Dans les villes, en particulier les capitales, ils peuvent compter sur la présence de reporters et de caméras de télévision.

Tuer une douzaine de personnes dans un village éloigné est rarement signalé dans les médias, tandis que la même violence est une grosse nouvelle dans une capitale.

Terrifiant, n’est-ce pas ? On l’a observé en France : les attentats de Mohamed Merah ont provoqué beaucoup moins de terreur que ceux de Charlie. Pourquoi ? Parce que ce n’était pas à Paris et que c’était en pleine campagne présidentielle.

Le problème c’est que les groupes terroristes s’en sont rendu compte. Ils s’adaptent.

“Le retentissement médiatique augmente la probabilité que d’autres actes soient commis, par un effet de contagion”

“Plusieurs biographies de terroristes ont mis en évidence que certains d’entre eux ont été motivés après avoir constaté les réussites de précurseurs”

Cet effet a été mesuré…il fait froid dans le dos :

“Michael Jetter, enseignant à l’Université d’Autralie-Occidentale, a fait une analyse statistique à partir des articles parus dans le New York Times sur des attaques terroristes dans 189 pays et en conclut que chaque article de ce journal augmente de 11 à 15% le risque d’une attaque ultérieure”

On l’a observé en France : il y a eu une suite de petites attaques qui ont suivi la première. Parce que le but du terrorisme n’est pas de tuer le plus de personnes mais bien de créer le plus de terreur (c’est dans le mot). Or, les chaînes d’information en continu ont créé un canal de distribution parfait de la terreur.

Ceci étant dit…comment réagir ? Comment se prémunir de tout ça ?

Les actualités sont l’équivalent du sucre dans la nourriture

De plus en plus de personnes recommandent de faire une diète de l’actualité. L’analogie est très pertinente. En effet, la consommation d’actualités est très ressemblante à la consommation de sucre.

Les actualités sont de la junk food : de la nourriture toxique car trop grasse et surtout trop sucrée. Un livre est une healthy food : de la nourriture saine car équilibrée.

Malheureusement, une nourriture toxique peut avoir très bon goût et une nourriture saine peut avoir très mauvais goût. Il faut donc nous éduquer. Si on se fie uniquement à notre goût on risque de manger énormément de nourriture toxique.

Là encore, nous avons notre part de responsabilité en tant que consommateurs. En demandant de la viande pas chère on a eu la vache folle. En demandant des fruits pas chers on a dégradé la qualité nutritive des aliments.

Il faut comprendre qu’il n’existe pas de miracle. Bien sûr que la grande distribution est responsable de l’avénement des plats préparés riches en sucre. Bien sûr que la presse est responsable de l’avénement des actualités médiocres. Mais nous les y avons poussé : en faisant pression pour toujours moins cher.

Voici une règle d’or de l’économie : si tu demandes toujours moins cher à une entreprise elle va finir par être tentée de te vendre du poison. Cette tentation a toujours existé. Voilà comment on se retrouve à couper de l’alcool avec du méthanol, pour faire de l’alcool frelaté. On peut donc le vendre beaucoup moins cher mais en échange, ça tue quelques personnes.

Comment différencier la nourriture toxique de la nourriture saine ?

Puisqu’on ne peut pas différencier les deux au goût, on doit s’éduquer à faire la distinction autrement. Voici un test en 3 questions :

  1. L’information apporte-t-elle quelque chose qui me sert concrètement ?
  2. L’information éclaire-t-elle mes actions ?
  3. L’information m’invite-t-elle à réfléchir ou contribue-t-elle à constituer un monde commun pour dialoguer avec autrui ?

Si tu obtiens un seul non, l’information échoue à passer le test. Je dis bien un seul non ! Tu dois répondre trois fois oui. Sinon, l’information est à ranger dans la nourriture toxique.

Le problème c’est qu’une fois que tu fais ça, c’est trop tard : tu as déjà consommé. C’est comme si pour savoir si quelque chose était de la junk food il fallait d’abord le manger.

C’est utile pour ne plus le manger ensuite. Mais ce serait bien d’avoir une méthode pour le reconnaître avant…

Une méthode concrète pour trier les informations que tu ingurgites

De la même manière que tu as appris à reconnaître les enseignes qui produisent de la nourriture toxique, de la même manière que tu peux apprendre à lire une étiquette, de la même manière que tu peux développer les bons réflexes d’achats.

Tu l’as compris : les actualités modifient ton cerveau. Il faut donc retrouver petit à petit de la volonté. Donc traite ce qui va suivre comme tu traites un régime : prends ce qui est faisable pour toi. Ça ne sert absolument à rien de tout couper pour faire une crise de boulimie quand tu craques.

Il vaut mieux continuer à manger un peu de sucre en continu plutôt que d’en manger zéro puis de faire de grandes crises où tu t’empiffres.

Ne prends pas ça pour excuse pour réduire ton ambition, l’idéal reste quand même de ne PAS consommer d’actualités.

Première étape : arrête les chaînes d’information en continu.

Vraiment. C’est la pire manière de t’informer. Les chaînes d’information en continu produisent les actualités les plus toxiques. Car, l’impératif de devoir parler en continu pendant 24h oblige à dramatiser encore plus. On se retrouve avec des experts qui meublent pendant qu’un journaliste attend devant une porte.

Deuxième étape : arrête le reste de la télévision.

Je parle ici uniquement des actualités. Structurellement, les actualités fournies à la télévision sont parmi les pires.

Troisième étape : désinstalle les applications de presse de ton téléphone.

Si tu as une application du type Le Monde ou Le Figaro, désinstalle ça immédiatement ! Je pensais que plus personne n’en avait. J’ai été surpris par le sondage que j’ai fait sur Twitter.

Quasiment la moitié des répondants ont une application d’actualités !

Comment tu veux retrouver une alimentation saine si tu as carrément l’application McDo sur ton téléphone ? Oblige toi à aller sur les sites mobiles. La friction t’aidera à diminuer naturellement ta consommation.

Quatrième étape : nettoie tes réseaux sociaux

Je suis toujours étonné quand on me dit “y’a rien de bon sur Facebook et Twitter”. Facebook et Twitter comptent parmi deux de mes meilleures sources de contenu. En revanche ça demande un certain tri.

Il va falloir arrêter de suivre des comptes d’actualité type Le Monde ou le Figaro. Cherche plutôt des pages thématiques sur des sujets qui t’intéressent.

Dernière étape : réduis la quantité et investis dans la qualité

Choisis les sources de la meilleure qualité possible. Ça fonctionne exactement comme la nourriture. Regarde le soin apporté aux ingrédients.

Indice #1 : quelque chose de long a plus de chance d’être de qualité. Cherche de longues interviews, des livres, de longs articles, des podcasts…

Indice #2 : quelque chose qui met du temps à être produit a plus de chance d’être de qualité. Privilégie donc la presse papier mensuelle plutôt que la presse quotidienne.

Indice #3 : quelque chose qui déclenche une émotion forte a plus de chance d’être de mauvaise qualité. Fuis tout ce qui t’enrage sans te faire réfléchir.

D’ailleurs voici une astuce : si tu as peur de rater des choses, tu peux aller sur la page actualités de Wikipedia. Comme tout ce que fait Wikipedia, c’est soumis à un test rigoureux de qualité. Inconvénient ? C’est tout de suite moins funky : on te présente les faits sans rajouter des tartines d’émotions.

Payer va te protéger

Une fois que tu auras nettoyé tout ça, commence à envisager de payer pour le contenu que tu consommes. Pourquoi ? Parce que payer te protège. Quand tu paies tu n’es plus le produit. Quand tu paies tu te protèges contre l’influence des publicités.

Ensuite payer va te protéger contre toi-même. Qui que tu sois, ton budget est limité : tu ne peux donc pas payer pour tout, tu dois faire des choix. Par exemple, il y a longtemps que je veux payer pour Mediapart mais je n’arrive pas à l’intégrer à mon budget. Entre payer Waitbutwhy et Mediapart j’ai fait mon choix. Mais on en reparle plus bas.

Payer va donc te permettre de réduire mécaniquement la quantité et donc te pousser à être impitoyable sur la qualité. Mais ce n’est pas tout : payer va te protéger contre la disparition de ta source.

Rue89 était un média de qualité. Mais ils se sont effondrés. C’est le risque que prennent tous les acteurs qui font du gratuit de manière éthique (c’est-à-dire sans succomber aux tentations).

Au final, payer va te permettre de t’assurer que le producteur du contenu est incorruptible. La publicité est une corruption. Si tu paies, la possibilité de corruption disparaît. Voilà pourquoi Cash Investigation existe sur le service public et non pas sur une chaîne privée : la redevance télévisuelle protège france télévision contre la corruption de la publicité. Voilà pourquoi Arte est également sur le service public.

Si ce qui t’empêche de payer du contenu est un blocage psychologique, il faut vite le lever. Je ne parle pas de blocage financier. Si tu n’as pas les moyens, ne le fais pas. Je parle de tous ceux d’entre nous qui avons les moyens mais qui consommons quand même de la malbouffe.

De la même manière que nous sommes beaucoup à investir énormément dans nos téléphones et nos vêtements mais que nous rechignons à acheter du bio.

En matière de contenu, tu peux prendre la décision de payer pour te garantir d’avoir du bio.

Encore une fois, je parle uniquement du cas de figure où tu as les moyens. Inutile de te culpabiliser si tu es au smic et que tu n’as pas ce budget. Fais tout le reste de la liste.

Enfin…protège tes proches. Ne relaie pas n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Fais le test des 3 questions à chaque fois avant de partager :

  1. L’information apporte-t-elle quelque chose qui me sert concrètement ?
  2. L’information éclaire-t-elle mes actions ?
  3. L’information m’invite-t-elle à réfléchir ou contribue-t-elle à constituer un monde commun pour dialoguer avec autrui ?

Comment je fais, personnellement ?

Ça c’est comment je m’imagine quand je maintiens ma discipline

Je ne suis pas parfait : je fais encore souvent des rechutes. Notamment lors d’événements comme l’affaire Fillon ou l’affaire Benalla. Mais j’ai drastiquement diminué ma consommation par ailleurs.

En tant que consommateur

J’ai commencé par faire tout ce que je t’ai dit, il y a plus de 8 ans : au revoir les applications de presse, les onglets de presse, les lecteurs de flux RSS, etc.

Je n’ai jamais été aussi bien informé que depuis que je ne consomme plus “les informations”. Quasiment rien ne mérite d’être su et analysé immédiatement.

De toutes façons, mon entourage m’informe spontanément des choses les plus importantes. J’ai su que Chirac était mort en même temps que tout le monde car quelqu’un s’est exclamé au bureau (et encore…ce n’est même pas une vraie information utile).

J’ai souscrit à Youtube premium dès que l’option a été disponible en France. Tu n’imagines pas à quel point ça soulage ! Je peux désormais regarder mes vidéos sans avoir les publicités insupportables. Tout en soutenant la création (car un bloqueur de publicité empêche le vidéaste de gagner de l’argent).

Budget : 10€/mois

Sur Patreon, je soutiens Waitbutwhy (mon blog préféré qui fait des articles de 15 000 mots). Je soutenais également Nouvelle Ecole (un podcast incroyable qui s’est arrêté y’a un peu plus d’un an).

Budget : 23$/mois

Je soutiens également le blog de Mark Manson (l’auteur de l’incroyable livre The Subtle art of not giving a fuck).

Anecdote marrante : c’est un article de son blog qui m’a donné le déclic pour écrire celui-ci. Je te l’ai mis en annexe.

Budget : 5$/mois

De temps en temps j’envoie de l’argent via Paypal à des créateurs qui n’ont pas encore mis en place un système pour les soutenir de manière régulière. C’est le cas avec Hélo qui est un compte Twitter féministe qui m’apporte du contenu incroyable tous les jours. Si je pouvais m’abonner je mettrais 2€/mois. Mais comme ce n’est pas possible : j’envoie 5€ de temps en temps via Paypal.

Budget : 5€ de temps en temps

Enfin, je suis également Antoine BM. Son système de monétisation est spécial puisque les emails quotidiens sont gratuits mais qu’il vend une formation chaque semaine. Du coup le budget est irrégulier. Mais par exemple en 2019 j’ai acheté pour 212€ de formation donc ça fait un budget de 17€/mois

Budget : 59€ de temps en temps

En tant que producteur

Clique sur l’image pour recevoir un email gratuitement tous les matins de la semaine

J’applique évidemment tout ce que je viens de te dire. Je ne peux pas prêcher quelque chose dans ma consommation et produire différemment.

Je refuse donc le modèle publicitaire. C’est dur pour moi car ça veut dire que pour créer un revenu il faut demander directement aux lecteurs et aux lectrices.

Bonne nouvelle : j’ai enfin réussi à dépasser ce blocage psychologique. J’ai désormais des gens qui me suivent gratuitement et des abonnés premium qui paient chaque mois pour recevoir ce que j’écris tous les jours.

Qu’est-ce que j’écris ? Uniquement des choses qui respectent le test des 3 questions. Donc je m’oblige à écrire du contenu intemporel, utile et épanouissant.

Voici un échantillon, que tu peux retrouver ici : https://nicolasgalita.substack.com/archive

En d’autres terme je ne cuisine que de la nourriture saine. Je m’interdis totalement de faire de la junk food. Je l’ai fait une seule fois et ça a été logiquement l’article le plus vu…mais aussi le plus inutile. C’était sur le phénomène Pokémon Go.

Et encore…même en faisant ça, j’ai livré une analyse de fond en filigrane.

Je m’astreins à une discipline de fer : je ne cuisine que de la nourriture saine. Ce n’est pas prétentieux de dire ça. Rappelle-toi, qui dit nourriture saine ne veut pas dire nourriture avec un bon goût.

Il m’arrive donc d’écrire des articles moyens et des emails pas terribles MAIS ils obéissent quand même à la règle : intemporalité, utilité, épanouissement. Ils sont juste ratés.

Ce n’est pas pareil de rater un plat sain que de fournir de la junk food. On ne fait pas de la junk food par accident. C’est forcément une décision préalable.

J’ai fait le choix du chemin inverse.

Si ça t’intéresse, je t’invite à rejoindre gratuitement mon Atelier. J’envoie tous les matins à 09h00 un email qui respecte ces trois règles. Parce que je crois que beaucoup se joue au début de la journée. Si tu commences mal ta journée, tu prends un mauvais élan pour le reste.

Le modèle économique est celui du freemium : ça veut dire que j’envoie 7 emails par semaine. 5 sont gratuits et tu peux t’en contenter si ça te va. Si tu veux ceux du weekend, il faut passer en premium. Mais viens déjà essayer la version gratuite !

Clique sur l’image pour te retrouver sur cette page et laisser ton email.

Plutôt que de te connecter à un site d’actualité en te réveillant, je te propose de lire un contenu qui aura été fait dans le but d’être intemporel, utile et épanouissant.

Je ne te parlerai jamais de coronavirus ou de la fin du monde parce que le Front National est en tête du premier tour des régionales. Pas dans une démarche d’actualité en tout cas.

Rejoins nous : https://nicolasgalita.substack.com/welcome

Regarde comment on est bien :D.

Annexes : mes sources

[Article semi-long] This is how your fear and outrage are being sold for profit

[Article long] Why you should quit the news

[Article long] The Attention Diet

[Vidéo longue] La France a peur : le syndrome du grand méchant monde

Le syndrome du grand méchant monde, analysé en détails

[Livre] Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez

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Une fois de temps en temps, je partage avec vous quelque chose que j’ai toujours pensé connaître, jusqu’au jour où on me l’a fait repenser. Si vous aimez ce que vous lisez, j’en partage beaucoup plus ici : https://nicolasgalita.substack.com

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Nicolas Galita

Nicolas Galita

Tu as aimé ce que tu as lu ? Ce n’était qu’un amuse-bouche. Je partage bien plus de contenu ici : https://nicolasgalita.substack.com

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