Ouvrir, ce n’est pas juste partager des données : simple, basique

Durant l’été, Frédéric Charles, directeur Stratégie & Innovation chez SUEZ Smart Solutions, lançait sur Twitter une polémique sur la définition de l’open data qui a abouti sur un billet sur son blog sur ZDNet. Ce billet demande, rien de moins, que de redéfinir les principes de l’open data. Il nous paraît essentiel d’y répondre et de clarifier un point : ouvrir et partager des données sont deux choses différentes.

Plutôt que de redéfinir et consolider les principes de l’open data, ce qui a déjà été fait dans un processus transparent et inclusif lors de la rédaction de la charte internationale de l’open data, il nous faut plutôt nous accorder sur les termes. Ouvrir, ce n’est pas juste partager des données, c’est les ouvrir au plus grand nombre. Partager des données, ce n’est pas nécessairement les fermer aux usages extérieurs. L’ouverture est une des modalités du partage et c’est celle qui garantit l’impact économique et social le plus fort.

Fermeture, partage, ouverture : le large spectre des modalités d’accès aux données

Outre Manche, l’Open Data Institute a proposé le Data Spectrum, un schéma très clair pour expliquer les nombreuses modalités d’accès aux données et évité les confusions entre données partagées et ouvertes. Comme il est en CC-BY-SA, nous l’avons traduit et nous le repartageons avec la même licence :

Data Spectrum”, Open Data Institute, CC-BY-SA, traduit en français par Datactivist

Ce schéma montre bien que l’ouverture des données est une des modalités d’accès aux données mais qu’elle est différente du simple partage du fait que tout le monde peut se saisir des données. Si l’on souhaite partager des données auprès d’un public restreint et contrôlé, nul besoin de redéfinir les principes de l’open data, il suffit juste de communiquer sur le fait que les données sont partagées et non ouvertes.

Les cas d’Airbnb ou d’Uber qui proclament faire de l’open data alors que les données ne répondent pas aux principes essentiels de l’open data ne créent aucun usage réel. Cela revient à faire de l’open washing (inspiré du «greenwashing» ou éco-blanchiment) : les producteurs proclament leurs données ouvertes, même si dans les faits, l’accès et la réutilisation des données sont trop limités.

Des données ouvertes pour une innovation vraiment ouverte

Pour Frédéric Charles, des données mises à disposition à travers une API sur laquelle il faut obligatoirement un compte devraient être qualifiées d’open data. Revenons en aux principes fondateurs de l’open data définis il y a maintenant plus de dix ans qui stipulent d’une part que les données doivent être complètes en ayant accès au jeu de données complet et doivent être non-discriminatoires, disponibles pour tout le monde sans devoir s’enregistrer. Lorsque les données sont disponibles uniquement à travers une API demandant inscription, l’usager des données n’a aucune garantie que la base de données pourra être téléchargée et n’est pas assuré d’avoir effectivement accès aux données. Pour l’usager, cela crée une incertitude sur la pérennité des services réutilisant des données : l’organisation qui partage ses données reste libre d’exclure l’usager si elle considère que le service ne va pas dans le sens de ses intérêts. Ce n’est donc qu’un partage contrôlé là où l’ouverture consiste à laisser place à l’inattendu et à laisser libre cours à chacun de créer des services auquel nous n’aurions pas pensé quitte à parfois concurrencer les services développés par l’organisation qui a ouvert des données.

Qu’on ne s’y trompe pas, nous préférons que les données soient partagées, lorsque c’est possible, plutôt qu’elles restent fermées et silotées. Nous avons aussi à cœur de protéger la vie privée et les entreprises ne pourront pas toujours ouvrir à n’importe qui leur patrimoine stratégique. Toutes les données ne pourront pas être ouvertes ou partagées. Mais il nous parait essentiel de nous accorder une bonne fois pour toutes sur les termes afin d’éviter la dilution des principes de l’open data au moment où la loi en fait la norme pour tous les acteurs investis d’une mission de service public.

Distinguer l’ouverture du partage de données permet aussi de souligner l’essence même des principes de l’open data qui consiste à réduire les asymétries d’information et à créer une situation équitable entre tous les acteurs. Les anglo-saxons ont une expression métaphorique qui résume parfaitement cet esprit : celui du “level playing field, un terrain de jeu parfaitement plat, qui ne favorise ni ne défavorise l’une des équipes en présence. L’open data n’a rien d’inatteignable pour les entreprises et nous ne manquons pas d’arguments pour les aider à franchir le pas.

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