Méditation et management

Surfin’ on life natural flow

1… 2… 3… 4… 5… 6… 7… 8… tiens aujourd’hui je commence fort j’suis déjà chaud ! Aille, c’est reparti 1… 2… 3… 4… c’est bien raisonnable de méditer alors que je dois faire la prez de cet aprem ? Pas sûr… Enfin c’est pas vingt minutes qui vont — et mince… 1… 2… 3… et voil — encore !

Cette situation est bien connue des pratiquants de la méditation. Parfois, il est conseillé à ceux qui débutent de s’aider en comptant leurs respirations jusqu’à un nombre choisi : 3, 5, ou 10 pour les plus téméraires. Arrivé à ce nombre, recommencer à zéro, jusqu’à la sonnerie de la clochette marquant la fin — ou jusqu’à l’endormissement. Abordons-y un bénéfice de la méditation et son utilité dans le management, que l’on peut appeler le let go (pas le légo).

Attention cependant : se lancer dans ce chemin, y mettre ne serait-ce que la pointe d’un pied, nécessite d’abandonner tout but. “Je vais commencer la méditation afin de devenir un meilleur manager”, cela ne fonctionne pas 😉

Go with the flow

“No amount of anxiety makes any difference to anything that is going to happen” —Alan Watts

Si la méditation m’a appris quelque chose, c’est bien cela : pas se prendre au sérieux (et encore, car il me reste encore énormément de travail 😜). Lorsque l’on commence la méditation, un écueil vient souvent à nous : celui du progrès. Nous voulons progresser, et contrôler plus notre esprit ! Seulement, contrairement à certaines disciplines, où les progrès sont rapides — donnez un ballon de foot à un enfant de 8 ans, il comprendra vite qu’il faut taper du pied dedans , puis jouera facilement par la suite pour en apprendre l’art — , la méditation est une discipline dans laquelle les progrès sont lents. Très lents. Ceci pour deux raisons.

Alan Watts, philosophe contemporain dont le travail a rendu accessible les philosophies orientales au monde occidental.

Dans beaucoup de disciplines, on progresse en apprenant à contrôler. Au tennis, au ping-pong ou au badminton, on contrôle une raquette, prolongement de son bras ; en français, en anglais ou dans n’importe quelle langue, on manie des mots, voire des signes ; en mathématiques ou en physique-chimie, on joue avec des nombres, puis des lettres et des formules. Nous avons toujours appris de cette façon… mais méditer, ce n’est justement pas ce contrôle ! Les pratiquants débutants, comme moi, apprennent donc à désapprendre le contrôle, tout en douceur. C’est un double apprentissage : en plus de l’apprentissage de l’exercice lui-même, nous devons apprendre à apprendre d’une autre façon.

Deuxième point compliqué (surtout pour nous, français) : nous détestons rater. Ou même avoir la sensation de rater ! Rater, c’est généralement synonyme de mauvaise note, d’échec, de manque de talent. Cette sensation, c’est celle de beaucoup de personnes qui débutent. Mais voilà : la seule erreur à proprement parler en méditation, c’est de croire que l’on peut en faire, des erreurs. Il n’y a rien à réussir ! C’est donc ici que l’humour prend tout son sens, car sans humour, impossible de progresser en méditation.

Ainsi, lorsque je remarque un pensée, deux possibilités s’offrent à moi.

  • La première est de se dire : “Mince, je pensais ! Ah, je n’y arriverais jamais. La méditation, ce n’est pas pour moi”. C’est malheureusement ce que beaucoup pensent constater.
  • La seconde est la suivante : “Ah tiens, je pense à ça ?! c’est marrant j’y aurais jamais cru”, ou alors “Ah, tiens, je me demande pourquoi je pense à ça”. Ici, on est dans l’humour, dans la légèreté vis-à-vis de la pratique et de nous-même.

L’humour est nécessaire à la pratique, car c’est ce qui nous faire perdre notre trop-plein de sérieux. Et qui fait que l’on profite donc de notre pratique, puisque nous n’avons rien à prouver lorsque l’on médite !

Pourquoi nous avons besoin d’humour dans le monde professionnel ?

Chade-Meng Tan, un ancien cadre de Google, y a démocratisé la méditation de pleine conscience. Personne n’a prouvé qu’il avait fait drastiquement baisser le nombre de problème cardiaques, mais je parierais 100 fois que c’est le cas.

L’humour est la composante de la méditation qui vient le plus lentement : c’est ce qui nous apprend à voir les choses avec une certaine légèreté. Et l’humour est une arme puissante : vous vous rappellerez tous d’un moment ou Gégé, l’oncle marrant, a fait rire tout le monde lors du dîner de famille un peu coincé, détendant ainsi l’atmosphère générale. L’humour, c’est un peu ici comme ce verre de bordeaux qui rend tout le monde un peu plus open à un dîner de famille— en moins alcoolisé 😉.

On pourrait arrêter cet article ici. “Evidemment, on le sait, il est bien marrant lui avec ses dictons débiles” dirait le manager overbooké, avant de retourner sous l’eau. Car beaucoup le sont bien, sous l’eau. Et il reste parfois peu de temps avant de se noyer… Entre meetings, spreadsheets et cafés, beaucoup d’actifs considèrent ne plus avoir de temps. Et l’on ne parle même pas de burn-out, ce mot devenu un phénomène social, puis un buzzword depuis 5 ou 6 ans, et qui fait tellement peur aux entreprises.

Et si nous prenions un peu plus l’habitude… de prendre les choses avec légèreté ? … de prendre le temps de respirer avant une réunion qui s’annonce longue et fastidieuse ? … de prendre, en un mot, un peu de recul ?

L’essence du management

« Pour réussir il ne suffit pas de prévoir, il faut aussi savoir improviser » —Isaac Asimov, célèbre écrivain de science-fiction contemporain

Le management et l’organisation peuvent être divisés en deux tâches différentes. La première, c’est l’anticipation, la prévision, l’organisation d’un projet en amont. Le chef de projet définit avec son équipe des livrables à rendre aux dates charnières, mobilise ses ressources en fonction de leur disponibilités et de ses besoins, engage son équipe et lui-même pour la réussite d’un projet. A ce sujet, vous pouvez d’ailleurs lire un article de Clément, consultant au playgrnd*, juste ici. De cette façon, on juge souvent un bon manager au résultat qu’il parvient à atteindre, et on considère souvent ce résultat comme étant la conséquence directe d’une organisation précise, voire minutieuse.

Cependant, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Un professeur me disait même “Plus tu prévois, plus tu seras déçu”. Sans aller jusqu’à renier tout système d’organisation dans le monde professionnel, ce qui, vous en conviendrez, serait complètement fou, rappelons nous tout de même que l’organisation au poil qui est parfois souhaitée, et que l’on appelle le micro-management, n’est en fait pas bénéfique ! Sans réinventer la roue : la vie est faite d’événements parfois imprévisibles. Un UX designerqui tombe malade au dernier moment, rendant impossible le rendu des wireframes tant attendues ; une équipe technique surchargée par la demande mal estimée d’autres managers ; une assemblée incomplète sans que personne ne sache pourquoi et qui empêche alors de prendre cette décision si pressante…

La boîte de Pandore est ouverte : on ne contrôle pas tout. Et on ne pourra jamais le faire. Le managers et autres pilotes doivent donc trouver un juste milieu entre la prévision (la théorie) et la gestion des affaires quotidiennes (la pratique). Ce que la méditation apporte ici, c’est cette faculté intéressante à accepter la part d’inconnu.

“Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre”
Marc Aurèle

Le célèbre stoïcien l’avait bien compris : on ne peut pas tout contrôler, nous devons donc accepter cette part d’inconnu. Et de toute façon : que nous l’acceptions ou non, elle existe ! Le plus intéressant ici, c’est je pense cette faculté qui, elle, est propre au manager expérimenté, qui est la sagesse de distinguer l’un de l’autre. C’est en quelque sorte la clé de voûte du management. Elle permet au manager le discernement nécessaire à sa tâche. Ainsi :

  • Ce que l’on peut prévoir, anticipons-le et tâchons de nous y tenir afin de mener à bien le projet. Cela permet d’estimer un coût pour le projet, de définir les ressources nécessaires et que sais) je d’autre : c’est donc essentiel ;
  • Ce qui reste incertain, et même ce qui crée de l’incertain dans ce que l’on croyait figé, acceptons-le avec sérénité, pour pouvoir gagner du temps.

Gagner du temps ? Oui : accepter l’incertain, c’est faire avec, et jouer avec les cartes que l’on nous donne, quand tenter de lutter contre ce qu’il se passe, c’est ressasser les choses et blâmer (la vie, autrui, ou pire, soi-même), sans réellement avancer.

Alors voilà : le management a besoin de la méditation, ou au moins de sa capacité à accepter les aléas de la vie pour avancer dans sa tâche. Accepter ces aléas-là, c’est reconnaître leur existence, ne pas lutter contre nos soucis — de toute façon, ils sont  ! — et donc gagner en sérénité. Cette sérénité permet d’avancer plus et mieux. Ici est, peut-être, le réel travail du manager : accepter de composer avec les cartes qui lui sont données. Faire avec. Cela ne signifie pas accepter tout ce qu’on nous donne, mais, comme le dit Marc-Aurèle, trouver la sagesse de distinguer entre ce sur quoi on a un pouvoir et ce face à quoi nous sommes impuissants.


Et d’ailleurs, pourquoi on fait cela ?

Les études sont aujourd’hui formelles : la méditation maintient la santé. Elle freine le vieillissement cérébral, réduit le niveau de stress, et améliore le fonctionnement du système immunitaire. Pour plus d’information sur le lien entre méditation et santé, voir l’excellent documentaire d’Arte ici. Cependant, j’aimerai vous présenter ici certains bénéfices de la méditation et montrer que cette pratique peut se révéler être un atout dans le monde professionnel.

Je suis sans titre particulier, curieux d’expériences et expérimentateur de curiosités. Je milite pour une re-connexion aux esprits cosmiques, aux sens et au monde. D’après moi, ludo ergo sum. Shall we play together ? @playgrnd*