Station F, la plus folle entreprise libérée

Pour l’aficionado d’organisations horizontales que je suis, Station F est un OVNI spectaculaire dans le paysage. Une expérience jamais tentée de créer, d’un coup, une structure de 3 000 personnes qui travaillent tous les jours sous le même toit, mais sans structure d’autorité pyramidale.

French Tech Viet represents !

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le coeur du réacteur de Station F, le tiers central de la halle, est un immense espace de coworking divisé en programmes. Station F opère 3 programmes en propre :

  • Founders : programme d’incubation classique, un board de sélection trie les meilleurs projets qui sont alors hébergés pour 200€/mois/poste
  • Fighters : version gratuite du Founders avec en plus un critère social de sélection (entrepreneurs de la diversité, des quartiers défavorisés, réfugiés…)
  • Fellowship : pour les startups en visite qui veulent faire partie du club, utilisation du lieu 5 jours/mois pour 75€. Pas de sélection.

Puis tous les autres programmes sont opérés par des partenaires, qui, en gros, réservent un lot de postes à 200€/mois et les allouent comme bon leur semble aux projets de leur choix : Naver/Line, ZenDesk, Ashoka, Numa, Schoolab, HEC, Facebook … la liste à jour est ici : https://stationf.co/fr/programmes-start-up/

Alors, bien entendu, pour être admis chaque programme a du accepter un certain nombre de règles. Et à leur tour, les porteurs de projet acceptés dans chaque programme acceptent un certain nombre de règles.

les règles de sécurité ne sont pas négociables

Mais il n’y a clairement pas plus de lien de subordination. Chaque projet est amené à devenir une société à part entière vis à vis duquel le programme est au fond un prestataire de service intellectuel et Station F un prestataire fournisseur de bureau. Il n’y a ainsi pas d’enjeu de réussite commune, chacun se concentre sur ses propres objectifs.

Soit c’est l’occasion de voir émerger une bienveillance désintéressée des uns pour les autres, et donc de voir de merveilleuses entraides/coopérations créer un tout plus grand que la somme des parties, mu par la générosité humaine naturelle. Soit ils s’ignorent voire pire se pensent en compétition et c’est la jungle. Quel tendance va l’emporter ? Comment créer les conditions d’émergence de la bienveillance ? Les six premiers mois seront certainement déterminants pour cette aventure, c’est un défi passionnant pour Roxanne, son équipe, et toutes les autres parties prenantes !

Et il y aura énormément de choses à apprendre de ce modèle pour toutes les organisations de plusieurs milliers de personnes qui souhaitent libérer leurs collaborateurs de la structure strictement pyramidale des organisations fordistes, pour tirer au maximum profit des synergies humaines naturelles. A suivre …

Une dernière chose aurait pu parfaire cette expérience sociologique : une zone #noprogram, libre, un skunkworks en mode plateforme de valeur, dans laquelle une communauté créative pourrait librement mener ses projets produisant du bien commun… Une zone ouverte pour les libristes, les wikipedians, les OpenStreetMappers, un Data Liberation Front… qui serait peut-être un peu moins disciplinée, mais dont l’intransigeance sur ses valeurs rappelerait aux autres chaque jour qu’il ne faut pas se contenter de regarder la performance financière, et ne pas perdre de vue qu’ils sont là, après tout, pour faire un monde meilleur, car la réussite oblige :