Singapour.

Verte, propre, onéreuse. Multiculturelle et contrastée.

J’atterris grâce à un petit avion d’Air Asia parti depuis Don Muang, l’autre aéroport de Bangkok, cette ville de folie où je laisse avec émotion mes trois collègues Karim, Clément et Hugo. Je ressasse mon dernier souvenir : en traversant la circulation décidément redoutable, rejoignant l’Uber commandé pour aller à l’aéroport, j’ai failli me faire renverser par une ambulance qui n’allait pas vraiment lentement et m’a brûlé un peu la joue. Les thaïlandais présents me regardaient comme si j’étais miraculée, j’étais plus impressionnée par leurs réactions que par l’accident en lui-même. Ça m’apprendra à utiliser Uber, celui-ci était pourtant génial : son propriétaire avait entièrement décoré l’intérieur en Hello Kitty.

Une des jolies façades des anciennes maisons chinoises de Keong Saik Road.

Le trajet dure deux heures et demi, autant dire rien du tout. Il y a beaucoup de familles, on me distribue un sandwich au pain de mie avec du thon et de l’œuf dedans, j’écris dans mon carnet, je suis un peu triste de partir. Je me demande surtout ce qui m’attend là-bas, impossible d’imaginer. Je verrai bien. La nuit est tombée pendant le vol. Un peu avant l’atterrissage je contemple par le hublot une foule de bateaux illuminés qui mouillent au large. Ils flottent sur la mer sombre.

L’aéroport nommé Changi (ancien camp japonais) donne le ton. Il est parfaitement à l’image de la ville : calme, propre et simple* On se déplace sur de la moquette, on y trouve une cascade, des cinémas, un plan d’eau avec des poissons exotiques, un jardin de papillons et une plantation d’orchidées. Je m’arrête un moment devant l’hypnotisante sculpture animée intitulée Kinetic Rain. De grosses gouttes en aluminium orchestrent un ballet reposant en montant et descendant en rythme.

*C’est là que j’aurais aimé passer mes huit heures d’escale et d’ennui au retour en France, plutôt qu’à Bombay.

Mais il est déjà tard, le temps avance encore d’une heure par rapport à la Thaïlande, je dois trouver ma chambre. Après le passage des douanes et des bagages, direction le métro, appelé MRT (Mass Rapid Transit). Également propre, simple et bien indiqué. Très frais aussi, souvent les gens y dorment pendant leurs trajets. Il est interdit d’y manger et d’y boire, il est interdit de beaucoup de choses à Singapour, mais ça ne m’a pas vraiment dérangée.


🇸🇬 Singapour est une ville-état très dense (5 500 millions d’habitants pour 700 km²) située tout au sud de la péninsule malaise et séparée de celle-ci par le détroit de Johor. Elle a su rester très verte, contient beaucoup de parcs et son climat est équatorial : chaud, orageux et humide. Fière de sa grande réussite économique et deuxième port au monde, c’est aussi une des ville les plus chère au monde. Différentes cultures et religions se côtoient : chinois en majorité mais aussi malais et indiens, leurs traditions se mêlant au mode de vie moderne de la ville, qui semble aussi attirer nombre d’expatriés occidentaux.

Grâce aux indications de ma jolie guesthouse reçues par mail et l’application maps.me qui m’a sauvé la vie plusieurs fois, je tombe sur mon auberge très facilement, presque à la sortie du métro Chinatown. Je m’installe dans mon dortoir de filles à quatre lits superposés, qui est vide pour l’instant. Il est propre et bien agencé, mais sans fenêtres, comme souvent dans les chambres bon marché. J’ai du mal à comprendre l’accent anglais de la chinoise très souriante qui m’accueille. Je repars dehors tout de suite après avoir posé mon sac, j’ai envie de voir, même si la climatisation de la chambre est tentante. Je fais un petit tour de quartier sans trop m’éloigner pour ne pas me perdre le premier soir en pleine nuit. Je m’arrête un moment sur une place regarder de vieux joueurs de Go concentrés, avec plein d’autres chinois qui les regardent. J’ai faim, j’ai du mal à décider où manger. Je finis par prendre une assiette de riz frit aux crevettes avec un thé très amer dont je peux me resservir à volonté. Je mange seule dehors sur une table posée sur le trottoir, c’est délicieux et pas spécialement épicé, heureusement. Je mets un peu de temps à m’endormir.


Samedi.

04.02.2017

Marcher sous le soleil de plomb autour du quartier chinois me permet d’observer d’ores-et-déjà les contrastes de la ville. En face de petites rues aux façades colorées se dresse le fameux Pinnacle@Duxton, un HLM local (de luxe, donc) construit dans les années 2000. En cherchant le métro je passe devant un marché plein de fruits mais je n’ose pas encore tenter n’importe lesquels au hasard. Je vais jusqu’à la station City Hall.

Au Singapore Philatelic Museum j’achète deux cartes postales historiques sans le visiter. Après un passage rafraîchissant dans un des très nombreux centres commerciaux et la visite d’un Muji local, je tombe enfin sur le légendaire Raffles Hotel, dans le vieux quartier colonial. Ouvert en 1887 par une famille d’hôteliers d’origine arménienne installés en Malaisie, un magnifique édifice tout blanc, plein d’histoire et de luxe, que l’on peut traverser pour visiter les arcades et les plantes exotiques. Il porte le nom du britannique Sir Thomas Stamford Raffles, à l’initiative du développement de la ville après sa colonisation par les anglais au XVIIe siècle. L’air est humide et le ciel devient gris, mais je m’installe quand même à la terrasse sur une table blanche en fer forgé et commande un délicieux Earl Grey qui me coûte 14$. Je pense aux grands écrivains du vingtième qui sont venus occuper ces chambres et le Long Bar. Mes mains sont perpétuellement moites, il faut s’habituer.

Je pars à pieds rejoindre Arab street : Masjid Sultan, la petite mosquée dorée et ses rues pleines de magasins de tissus. Puis je rejoins Little India en sandales sous la pluie chaude, de l’autre côté du canal. Un singapourien musulman s’amuse de me voir porter mon foulard sur la tête, me demande d’où je viens et me présente ses deux enfants qu’il vient de retrouver à la sortie de l’école. Ils me souhaitent bon voyage, je leur souris. Les rues sont bondées, j’achète un parapluie, du baume du tigre vraiment moins cher que dans le quartier chinois et de quoi manger pour le soir.

Motifs au sol devant Masjid Sultan / Bâtiment coloré et vétuste de Little India.
Sur Rochor Road : Parkview Square, l’impressionnant et luxueux gratte-ciel de gauche semble art-déco mais date de 2002, il fait face à l’InterContinental d’inspiration coloniale avec ses belles couleurs et ses palmiers.

Dimanche.

05.02.2017

Dès le matin je pars pour la réserve naturelle de Bukit Timah (“colline d’étain” en malais), située au milieu de la ville, métro Beauty World. Je grimpe longtemps dans la jungle sous la chaleur étouffante, le taux d’humidité est impressionnant, je suis trempée. Mon éventail me rafraîchit en me séchant un peu la peau. J’y croise de grand arbres aux feuilles immenses et inconnues, quelques joggeurs courageux, un joli papillon qui se pose près de moi au sol. Les oiseaux font un bruit assourdissant de perceuse, je joue l’exploratrice en prenant de petits chemins à escalader, je ramasse quelques cosses et graines. J’espère voir des singes, je siffle pour les appeler, ça ne marche pas. Finalement je les trouve à la sortie du parc, ce sont des macaques crabiers, marchant sur la route comme des chats errants. Les touristes prennent des photos, ils n’aiment pas qu’on approche trop.

Je repars vers le sud de la ville en m’arrêtant aux fameux Botanic Gardens réputés pour leurs orchidées. L’ambiance est toujours aussi humide, il y a beaucoup plus de monde, les gens viennent pique-niquer ou faire une sieste. Je croise beaucoup de bougainvilliers en fleurs, mais aussi des nénuphars géants et une petite tortue d’eau. J’ai soif. Je me trompe dans un distributeur en choisissant une canette de ce qui semble être du jus de melon avec du lait. Le parc est immense, je repars assez vite.

Je cherche où prendre le bus pour Malacca, ville dans laquelle je dois me rendre quelques jours plus tard, personne ne peut me renseigner, j’abandonne. Le vent se lève et sèche un peu la ville. Je pars à pieds vers la baie, croise l’Opéra Lyrique et sa carapace puis la statue du Merlion (tête de lion et corps de poisson) pas si impressionnant que ça et surtout couvert d’échafaudages. Plus loin, l’immense Marina Bay Sands, l’hôtel le plus cher du monde avec sa piscine à débordement perchée à 200 mètres du sol, soutenue par trois grandes tours. Le soleil se couche et je termine ma promenade au milieu des hauts immeubles de Downtown.

Je rentre en métro, accueillie par les odeurs délicieuses des restaurants de Chinatown. Je fais la connaissance de la chinoise qui dort à côté de moi, elle revient du Vietnam et passe ici quelques jours pour faire du shopping avant de rentrer chez elle. Elle semble voyager beaucoup, nous parlons de célibat et de liberté. Elle couvre sa peau pour rester blanche tandis que j’aimerais vraiment bronzer au moins un peu.

Les fleurs et feuilles du jardin botanique.

Lundi.

06.02.2017
Un des nombreux très joli carrelage d’Emerald Hill Road.

Petite journée. Je commence à trouver long le fait de ne jamais pouvoir parler français. Je suis anonyme parmi la foule, frustrée de ne pas maîtriser l’anglais suffisamment : les discussions restent superficielles et je répète souvent la même chose. Je prends mon temps avant de partir de ma guesthouse le matin. Dans le quartier touristique d’Orchard Road, métro Somerset, j’observe une fois de plus les contrastes de cette ville. Depuis la grande avenue remplie de centres commerciaux impressionnants, j’emprunte une petite rue qui monte sur la droite en direction d’Emerald Hill (“colline d’émeraude”). C’est un joli petit quartier de maisons de style Pernakan (descendants des premiers immigrants chinois installés dans les colonies britanniques) construites au début du XXe siècle sur les plantations de noix de muscade. Ces maisons étaient constituées de boutiques au rez-de-chaussée et du logement des commerçants sur les deux niveaux supérieurs. Aujourd’hui le bas de la rue est occupé par des bars et des restaurants chics, plus haut la rue est résidentielle. Les façades sont pleines de couleurs et richement décorées. Je grimpe la rue très lentement en prenant énormément de photos. L’ambiance est calme et tranquille, toute la rue est vraiment belle. J’ai envie de m’installer sur les fauteuils disposés sous les porches et de vivre ici.

Je repars vers la baie pour me promener dans les fameux Gardens by the Bay, incontournable visite touristique locale. La structure des arbres géants est vraiment spectaculaire (25 à 50 mètres de haut), le reste du parc est immense, il paraît que les illuminations à la nuit tombée valent le coup mais j’en ai marre de marcher sous la chaleur écrasante et toujours l’humidité des plantes.

Je cherche à nouveau le bus pour Malacca. C’est une fois encore un peu laborieux mais avec mes notes prises sur internet avant de commencer la journée je finis par débusquer le petit bureau de vente Delima Singapore planqué dans le centre commercial Tanjong Katong Complex. Je peux réserver pour le sur-lendemain, départ 8h30. J’achète des paquets de mouchoirs Winnie l’Ourson et une petite bière puis je rentre la boire assise à la terrasse de mon auberge, le karaoké chinois juste à côté me fait sourire. Les petits oiseaux noirs querelleurs au bec orange gonflent leurs plumes pour avoir les miettes de mes gâteaux de riz à la sauce soja.

Ce sont des Mainates religieux, ils sont partout dans la ville. Il paraît qu’ils savent parler.

Mardi.

07.02.2017
Les marches en bois de Marang Trail, pour monter à Mount Faber.

Dernière journée. Je pars enfin visiter le Jurong Bird Park, une sorte de zoo ornithologique avec plus de 5 000 oiseaux et une volière géante. Je vais jusqu’au lointain métro Boon Lay tout à l’ouest de Singapour puis emprunte un bus qui m’emmène devant le parc. Pas beaucoup de monde, tant mieux, mais je suis accueillie par la pluie chaude. Des colonies de pingouins rigolos, une fausse cascade, des flamants roses, des perroquets, des pélicans. De gros toucans tristes font un bruit énorme avec leurs ailes en allant d’un bout à l’autre de leur cage, des vautours perchés ignorent les souris déjà mortes posées à leurs pieds. Il fait toujours aussi humide parmi les plantes, une vraie serre. Je tombe avec joie sur l’oiseau à la longue queue bleue formée d’une seule plume dont m’avait parlé Elsa, c’est le Motmot d’Équateur. C’est drôle de le voir là, perché en vrai, mais il semble s’ennuyer derrière son grillage. Déçue par tous ces oiseaux en cage et les faux décors, je repars vite vers la mer, métro HarbourFront.

J’aimerais monter au dessus de la colline Mount Faber, en face de l’île de Sentosa mais le téléphérique est bien trop cher, comme tout dans cette ville. Je décide de monter à pieds en tombant par hasard sur les escaliers qui s’enfoncent dans la forêt. En haut, il n’y a personne. Seul le vent m’accueille. Au loin, dans les jumelles publiques je passe un temps fou à scruter les bateaux aperçus depuis l’avion en atterrissant dans la ville. Je m’assieds sur un banc face à la mer, un oiseau au dessus de moi fait un bruit de camion qui recule. En redescendant je forme une croix sur les marches avec de toutes petites fleurs jaunes, un indien pressé qui descend me félicite. En bas, je marche un peu dans ce qui semble être les vestiges d’un cimetière malais avec de vieilles pierres plantées au sol.

Je termine en début de soirée par un tour sur Clarke Quay et Boat Quay, de chaque côté de la Singapour River. D’anciens entrepôts chinois et petites maisons de pêcheurs rénovés et transformés en restaurants, pubs ou magasins assez chers, beaucoup de touristes, des façades un peu trop colorées. Je n’ai pas envie de manger des fruits de mer hors de prix toute seule au bord de l’eau. La nuit tombe vite, je rentre à pieds jusqu’à mon quartier chinois à deux pas, je dépense mes derniers dollars, je plaisante un peu en anglais avec une suédoise qui vient d’arriver dans mon dortoir. Je suis très joyeuse d’avoir réussi ce séjour seule à Singapour et excitée par la suite : demain, je pars en Malaisie.

Les façades colorées et touristiques et les anciens entrepôts de Clarke Quay et Boat Quay.

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