Education autoritaire ou laxiste ? Et s’il existait une troisième voie… (Part 1)

L’éducation… Un vaste sujet qui divise souvent les troupes. Un domaine qui pourrait pourtant nous rassembler. Finalement, l’objectif de tout parent n’est-il pas de donner le meilleur à son enfant ?

Oui et en même temps, il y a de telles divergences entre nous que nous avons parfois du mal à nous comprendre. La différence se situe dans la méthode choisie ou subie par le parent pour atteindre cet objectif. Et ce “choix” touche à quelque chose de tellement intime que, dès qu’on aborde le sujet, ça chamboule les esprits et les réactions ne se font pas attendre bien longtemps.

Depuis que j’ose affirmer et partager mes convictions sur l’éducation positive, j’observe beaucoup de réactions différentes allant de l’engouement à la critique féroce en passant par l’indifférence totale.

Il y a bien sûr :

  • ceux qui me posent plein de questions. Espérant trouver une formule magique pour rendre les relations parents/enfants harmonieuses en un claquement de doigt.
  • les curieux, les bienveillants qui discutent facilement de tout avec un plaisir partagé.
  • les enjoués, les passionnés, les convaincus comme moi qui sont inépuisables sur le sujet.
  • ceux qui s’interrogent vraiment et qui cherchent à faire autrement.

Si vous vous reconnaissez un peu dans un de ces profils, je vous souhaite de trouver du plaisir à lire la suite de cet article !

Et puis, il y a aussi :

  • ceux qui posent des questions plus par politesse que par curiosité. Et puis finalement, ils préfèreraient éviter le sujet. Aborder l’éducation c’est un peu comme discuter politique, on peut vite perdre le fil et la soirée peut virer au petit meurtre entre amis !
  • ceux qui me prennent pour une illuminée ou une gentille utopiste, qui pensent que je plane à 10000 avec mes théories de bisounours.
  • les convaincus de la discipline autoritaire, les partisans des limites et des punitions.
  • ceux qui perçoivent ce que je partage, comme des messages culpabilisants. Si je parle d’éducation positive, on peut imaginer qu’il existe une éducation négative, et ils peuvent se sentir montrer du doigt.

Peut-être avez-vous davantage de feeling avec les quatre personnes que je viens de décrire ? Alors pour vous, je vais essayer de trouver les mots pour simplement partager mon témoignage et déclencher une réflexion collective. Et surtout sans vous choquer ou vous faire culpabiliser.

Déjà, à tous, je voudrais dire que je ne suis pas parfaite et que je ne conseille à personne de tenter de l’être. Etre des parents parfaits serait juste délétère pour nos enfants. Comme dit Winnicott, nous devons juste essayer d’être des parents suffisamment bons. [1]


Qu’est ce que ça veut dire éduquer ?

Nous sommes donc tous des parents tentant d’être suffisamment bons. Nous avons cette vaste et passionnante mission qui est d’éduquer nos enfants. Et il n’y a pas de mode d’emploi pour ça, ce qui la rend parfois effrayante.

En fait, éduquer signifie littéralement “guider dehors”. C’est une mission qui devient vraiment difficile dans un monde qui est de plus en plus complexe. Dans lequel tout s’accélère. Et pour guider nos enfants dehors, il est bon de les aider à développer certaines compétences et à incarner des valeurs auxquelles nous tenons. Eduquer c’est donc d’abord faire une pause et se demander : Quelles valeurs souhaitons-nous transmettre à nos enfants dans ce contexte ? Quelles compétences aimerions-nous qu‘ils développent ?

“N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui, ce monde aura changé lorsqu’ils seront grands. Aussi doit-on en priorité aider l’enfant à cultiver ses facultés de création et d’adaptation » Maria Montessori

Je partage l’intime conviction que c’est l’éducation qu’on donne à nos enfants qui fera peut-être que le monde changera un jour. Et ce monde manque cruellement de gens qui incarnent des valeurs telles que la gentillesse, la sincérité, la responsabilité, l’autonomie et l’empathie.

Des idées de ce genre suscitent souvent des sarcasmes, je le sais. Mais d’un autre côté, la majorité d’entre nous sait pertinemment que nous avons touché les limites du système et comme le dis Christophe André « La société de consommation, de performance, d’égoïsme, s’effondre. Nous redécouvrons les vertus de l’altruisme et de la solidarité. Comme si nous avions l’intuition que sans cela, nous sommes cuits. »

Vous connaissez la métaphore de la grenouille cuite d’Olivier Clerc ? Très bon.

Si je suis totalement engagée dans la parentalité positive et créative, c’est que je pense que l’éducation est la base de tout. Si on éduque les enfants sans peur et sans honte, la société va forcément changer. Ils auront une meilleure conscience de leurs émotions et une capacité d’empathie intacte. Eduquer c’est permettre à l’enfant de développer la meilleure version de lui-même.


L’éducation positive, un effet de mode ou une révolution

On entend parler d’éducation bienveillante et positive partout cette année. Sur lexpress.fr, france2, le parisien, lindependant.fr, même la CAF véhicule ce message ! Ce qui ne pouvait être qu’une intuition il y a quelques années peut aujourd’hui être perçu comme un effet de mode.

Et pourtant, les progrès de la recherche en neurosciences et le développement des techniques d’imagerie du cerveau nous prouvent, aujourd’hui, que ce nouveau regard sur l’éducation est bien plus qu’une mode !

En effet, les nombreuses connaissances acquises au cours des dernières décennies dans le domaine de la psychologie, du développement de l’enfant et de la plasticité du cerveau nous démontrent que :

  • Un enfant n’est pas un être de pulsion que nous devons freiner (approche psychanalytique) mais un être de besoins auxquels nous devons répondre (théorie de l’attachement). [3]
  • Les enfants n’ont pas de mauvaises intentions. [4]
  • Les techniques d’oppression (humiliation, stress, punition, éducation par la peur….) font des dégâts dans le cerveau immature de l’enfant. « Les paroles humiliantes répétées peuvent détruire les neurones dans des structures essentielles du cerveau des enfants. » C. Gueguen [5]
  • Nous avons compris que ce qui blesse ou stresse un enfant ne lui apprend rien.” C. Dumonteil-Kremer [6]
  • Tant que le cerveau n’a pas atteint sa pleine maturité, les processus de gestion des émotions et des affects ne sont pas totalement fonctionnels. Cela explique les difficultés que l’enfant peut avoir pour contrôler, maîtriser ses réactions émotionnelles ou affectives.” C. Gueguen [5]
  • “Les enfants élevés dans la crainte et la violence [éducative ordinaire] deviennent des adultes craintifs et endurcis qui ne parviennent ni à gérer leurs émotions de façon saine, ni à établir des relations fondées sur le respect, mais plutôt des relations empreintes d’un rapport dominant, à dominé” K. Le Goaziou [7]
  • Durant tout son parcours de vie, les 1ères années d’un être humain sont les années durant lesquelles son cerveau est le plus fragile, le plus vulnérable.
  • “Prenons garde à cesser d’interpréter ses attitudes comme de l’égoïsme (lorsqu’il peine à partager), de la manipulation (lorsqu’il tente de négocier) ou de l’insolence (lorsqu’il nous dit « non »)” K. Le Goaziou [7]


Sources

[1] D. Winicott, “La mère suffisamment bonne”, 2006.

[2] I. Filliozat, “Il n’y a pas de parent parfait”, 2008.

[3] N. Guédeney, “L’attachement — un lien vital”, 2011.

[4] O. Maurel, “Oui, la nature humaine est bonne”, 2009.

[5] C. Gueguen, “Pour une enfance heureuse : repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau”, 2015 et “Vivre heureux avec son enfant”, 2015.

[6] C. Dumonteil-Kremer, “Une nouvelle autorité sans punition ni fessée”, 2014.

[7] M. Basque, K. Le Goaziou, I. de Lisle et O. Mathon, “Je crois en toi !”, 2016.

[8] T. Gordon, “Eduquer sans punir”, 2013.

[9] M. et J. Kabat Zinn, “A chaque jour ses prodiges : être parent en pleine conscience”, 2015.

[10] Article sur le blog Reggio & Twins.

[11] A. Dutheil, “La psychologie positive avec les enfants”, 2015.

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