Le smartphone ou la théorie de la hiérarchie

Thomas bart
Apr 20, 2016 · 6 min read

Il y a quelques jours, j’ai travaillé avec un designer freelance. Habituellement, nos rapports se font à distance. Mais le hasard a fait que nous avons travaillé l’un à côté de l’autre. J’ai toujours pris en compte sa nature “créative” dans nos rapports (son métier veut cela). L’organisation n’étant pas son fort, j’ai toujours veillé à être encore plus organisé. Après cette session, je comprends mieux son sens de la désorganisation.

Sans exagération de ma part, je ne crois pas qu’il n’y a pas eu une minute sans interruption dans son travail. Entre Skype, Facebook, Slack et d’autres messageries, il a reçu une notification par minute. Dans ces conditions, il n’est pas évident de se concentrer et de faire le job. Et surtout de savoir gérer les priorités.

A la fin de la mission, j’ai échangé avec lui. Comme nous nous entendions bien, j’étais assez libre de lui dire ce que j’en pensais. Ayant corrigé cette interruption permanente en coupant toute forme de communication, j’ai remarqué une vraie amélioration dans mon travail. Lui, cela ne le gênait pas de traiter ces messages en flux tendu. Au-delà de l’aspect qualité et productivité de travail, c’était surtout l’aspect horizontal de tous ces messages. Il m’a regardé bizarrement. Je lui ai fait part de ma théorie du smartphone et de la hiérarchie.

Le mobile, la fin d’un néant qui se propage

Mon fils de 2 ans ne connaîtra jamais l’ennui dans les embouteillages sur la route des vacances. Mon fils ne connaîtra jamais l’ennui d’écouter le même CD lors d’un voyage scolaire.

Et pourquoi ? parce qu’il aura accès par le biais de son smartphone à un catalogue infini de média. En un claquement de doigt, il pourra lire, regarder et écouter plus de média qu’il ne pourra le faire dans une vie. C’est déjà le cas. Mais d’ici quelques années, les possibilités et les réseaux vont encore s’améliorer. Et c’est une chose formidable.

Pour moi, comme pour tout le monde, le smartphone a comblé de nombreux temps morts de ma vie. Lorsque je marche seul dans la rue, j’écoute un podcast. Quand je suis dans une file d’attente, je peux regarder mon compte twitter. Lire des articles que j’ai sauvegardé sur Pocket. Comme le dirait l’excellent Rand Fishkin, le smartphone a tué notre temps libre.

Mais voilà, ce n’est pas ici que s’arrête cet article. Le smartphone est train d’attaquer les minutes non libres de notre vie. Pour vous en rendre compte, sortez dans un lieu public. Regardez les gens autour de vous. Il n’est pas rare de voir des gens ensemble qui font du téléphone. Et je n’échappe pas à cette règle. La qualité de la conversation en est évidemment impactée.

Quel est le premier réflexe de nombre d’entre nous au réveil ? De regarder son téléphone portable ! Et même professionnellement. Qui ne jette pas un petit coup d’oeil à ses mails ? Pendant le week-end ou pendant les vacances ? J’écris cet article à la sortie d’un salon pro. De nombreux exposants avaient les yeux rivés sur leurs portables plutôt que sur les passants dans les allées. L’évasion dans une réalité virtuelle est tentante lorsque le réel n’est pas confortable. Mais derrière ce phénomène se cache l’absence de choix quant à nos priorités.

Le flat design : Quand tout devient flat

Google a popularisé le concept de flat design par le biais d’Android. Les designers viendront m’expliquer que c’est plus compliqué que cela. Mais le concept de plat correspond à la situation. Avez-vous remarqué que toutes les notifications sont traitées de manière identique par le téléphone ? Avez-vous remarqué que toute application vous propose des notifications d’alerte ? Même l’application Medium. Quelle alerte est-elle nécessaire à la publication d’un nouvel article ? Et vouloir gérer les notifications s’avère vite un système assez compliqué, surtout lorsque l’on a de nombreuses applications.

Bref tout devient plat car tout est mis à la même hauteur. Il n’y a plus de priorités et donc tout devient urgent. Puisque tout est mis à la même hauteur.

Pour revenir à mon designer et à nos deux jours de collaboration. Ce n’est pas tant qu’il fasse d’autres choses en même temps qui me surprend. C’est qu’il n’a pas su faire le choix entre les moments où il devrait tout couper pour se concentrer.

  • La phase importante du projet : les deux heures pendant lesquelles il doit fournir de la matière créatrice vitale. C’est du pur jus de cerveau qu’il doit fournir. Ce qui fait la différence entre lui (un très bon designer) et un type moyen.
  • Les phases secondaires : le restant en somme où il doit faire de l’exécution. Partie sur laquelle son habilité et ses habitudes le mettent en partie en mode automatique.

Me concernant, pendant longtemps j’étais comme cela. Je tirais une grande fierté de pouvoir répondre en temps réel aux emails. D’être toujours dispo sur Skype et Messenger. De suivre un fil d’actualité sur Twitter. Bref de tout faire. Sauf de produire de l’intelligence. De faire le travail pour lequel j’étais payé. De passer du temps de qualité avec les gens qui m’entouraient.

Au delà du multi-tâche, c’est surtout l’aspect hiérarchique de mes besoins que j’ai questionné. A la fin de l’année, qu’est-ce que j’aurais accompli qui me rendra heureux ?

  • Est-ce d’avoir multiplié les thread sur Twitter ? Ou bien d’avoir partagé des articles de qualité.
  • Est-ce d’avoir beaucoup d’échanges sur skype avec un grand nombre de personnes ? Ou bien est-ce d’avoir des échanges longs, profonds et vivifiants avec peu de personnes ?
  • Est-ce d’avoir binge watché de nombreuses séries avec ma femme sur Netflix ? Ou bien d’avoir passé des soirées avec elle à rire et à créer des souvenirs ?

Pour ma part, j’ai considérablement réduit ma voilure. Et j’ai mis en place un système de hiérarchie dans ma vie sur les choses importantes. Sur tous les aspects. Et voilà ce que j’ai appris : Je suis plus productif. Car je mets plus de jus de cerveau dans mon travail car plus concentré. Je suis plus apprécié. Car je suis plus présent alors que je suis moins disponible. Je pourrais continuer cette liste pendant longtemps. Mais le plus important reste que :

Quand je regarde ce que j’ai fait l’année écoulée, je me dis que j’ai eu une belle année. Et je me fixe de nouveaux objectifs.

Une fois mon exposé terminé, le designer m’a dit qu’il avait peut-être besoin de se pencher sur ce problème. Mais en même temps, changer c’était plus dur pour lui que pour les autres. Car il y avait un passif et des habitudes dans son travail. Avec ses clients. Ses contacts. Ce à quoi je lui ai répondu que c’était le cas de Karen Mulder ou la théorie des autres mais ça, c’est une autre théorie.

A venir : Karen Mulder ou la théorie des autres

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Crédit photo Pexel

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Proud dad of two & husband. In my spare time, I write about productivity and coaching. Head of Growth in Startup Incubators in Lausanne, Switzerland

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