Star Wars ou la théorie du changement

Thomas bart
Dec 8, 2015 · 7 min read

Il y a quelques jours, je me suis rendu chez un prospect. Il est patron d’une société qui le fait très bien vivre depuis de nombreuses années. Il profite d’un effet d’aubaine du système français. Ce n’est pas hyper hype comme business mais c’est plus que profitable.

Mais depuis quelques années, le business baisse. Le grand responsable, c’est le digital. Le numérique a apporté de nombreux concurrents qui ont un peu cassé les prix. Mais surtout ces profanes ont vraiment transformé la manière dont est vendu le service.

Le prospect est prêt à se lancer dans le digital. Il est prêt à mettre du budget sur la table. Il est sérieux et les premiers chiffres évoqués ne le choquent pas. L’affaire commence bien.

On débute le brainstorming. Sur le projet, sur la manière de le faire. Mais très vite, je bute sur le rejet du prospect par rapport aux règles du jeu. Il veut bien faire du numérique mais à sa manière. Il veut bien envisager des projets digitaux mais qui s’adaptent à son organisation. En gros, il est d’accord pour trouver des clients grâce au digital. Mais sur le reste, pas question de changer une recette qui marche depuis 30 ans.

A ce moment-là, je me suis dit qu’il était bon de lui expliquer ma théorie sur Star Wars ou la théorie du changement.

Dark Vador ou l’anti modèle de management

Un de mes premiers souvenirs de cinéma est le Retour du Jedi. Ma grand-mère nous avait emmené mon frère (plus âgé) et moi voir ce film. Étant effrayé par la scène du Rancor, ma grand-mère m’avais mis la main devant le visage. Pour les néophytes, c’est le gros monstre au début du film qui mange un gardien. Depuis ma phobie des monstres s’est arrangée et j’ai pu voir de nombreuses fois la trilogie. Adulte, j’en tire quelques leçons de management :

Inspirer et soutenir les autres.

Dans le film, les généraux de l’empire sont terrifiés par l’arrivée de Dark Vador. Il leur inspire de la peur. Ils savent qu’ils peuvent être tués ou rétrogradés.

Cela devrait être le contraire. Ils devraient être inspirés par leur leader qui vient les rejoindre alors que la bataille fait rage. Un bon leader doit être source d’inspiration. Il doit être considéré comme un support. Pour s’améliorer. Et non seulement comme un donneur d’ordre ou un contre maître.

Encourager le développement de chacun.

Les soldats de l’empire sont tous identiques. Comme des machines ou des numéros, on ne fait pas de différence entre eux. Ils sont tous vêtus de la même manière, leur visage est masqué. Ils n’ont pas de nom.

Mettre tout le monde au même diapason, c’est niveler par le bas. Cela devrait être le contraire. Le développement de chacun doit être encouragé dans le projet de l’organisation. La personnalité de chacun doit être une pierre supplémentaire à l’édifice du projet de l’entreprise.

Favoriser la créativité par l’ambiance.

Les couloirs des vaisseaux sont lugubres. Les généraux sont austères. Tout est en blanc et en acier. La pièce où Dark Vador se repose est noir comme un four.

Une entreprise n’est pas un lieu de fête. Mais ce ne doit pas être non plus un lieu pour croque-mort. La créativité et la communication doivent être en ébullition dans l’entreprise. Là où règne une ambiance de mort conduit inévitablement à la mort. Les murs sont le reflet de ce qui passe entre les murs.

Distribuer la richesse.

L’empire asservit les autres. Il détruit les planètes si les populations ne sont pas d’accord. Parfois même sans sommation. Les soldats maltraitent les personnes et commettent des exactions.

La recherche de la maximisation de son profit est primordial pour une entreprise. Mais ne le faire qu’au dépend des autres peut-être dommageable à long terme. Être dans un rapport de force écrasant crée du ressentiment. Et lorsque le vent tourne, les oppressés s’en rappellent. Et cela est vrai aussi bien pour les personnes que pour les entreprises.

Partager une vision stratégique.

Lorsqu’il arrive sur un vaisseau, Dark Vador donne des ordres. Les généraux semblent découvrir la stratégie.

Tous les échelons de l’organisation doivent agir avec la vision stratégique en tête. Découvrir les consignes au dernier moment ne favorise pas les actions et les réflexions dans le sens de la victoire. ​

Décomplexer l’échec et remettre en cause la stratégie

Lorsqu’une mission a échoué, Dark Vador tue le général responsable. Sans se poser la question que peut-être la mission était impossible. Peut-être que la stratégie n’était pas la bonne. Peut-être que les moyens n’étaient pas les bons ou suffisants.

L’échec ne doit pas être encouragé mais la prise de risque contrôlée oui. Hors ne sanctionner que négativement l’échec met une limite très basse à la prise de risque. Personne ne prend de risque si il risque sa vie ou son job à la moindre erreur.

Promouvoir la réussite et non la présence.

Lorsqu’une mission a échoué, Dark Vador tue le général responsable. Il donne immédiatement une promotion au général qui est à côté.

Il faut promouvoir en interne. Mais il faut donner des promotions sur la base des personnalités et des réussites. Et non sur des critères de présence ou d’ancienneté.

Être dans le semblant face à ses collaborateurs.

Dark Vador cache son visage et ne se montre jamais sans son masque.

Je pense qu’il ne faut pas mettre une distance entre soi et et ses collaborateurs. L’idée n’est pas de devenir ami ou de partager systématiquement sa vie. Mais il faut faire part de sa vérité intérieure. Ne pas mettre un masque entre soi et les autres. Le faux et le semblant sont les pires ennemis du management.

Mais surtout le plus gros écueil de management sur Star Wars, c’est de ne pas accepter l’appel du changement. C’est de vouloir le combattre. Au lieu de l’embrasser.

La disruption d’un modèle d’affaires

Revenons, à mon prospect qui refuse de changer avec le digital. Au fond, il a eu la même attitude que moi enfant. Il s’est mis la main devant les yeux pour ne pas voir la vérité. Mais, même si on la cache, la vérité reste là devant nous à attendre. Et si l’on ne fait rien, alors, ce seront d’autres personnes qui s’empareront de la vérité.

Je rencontre beaucoup de sociétés qui veulent se lancer dans le digital. Soit par besoin, soit par envie. Elles pensent qu’en créant une application ou se dotant d’un site web. “Ouf, c’est bon, tout va bien, nous sommes digitalisés”. Sauf que non.

On parle beaucoup de disruption à cause du digital mais c’est faire fi de l’histoire de l’humanité. Notre Histoire n’est qu’une succession de disruption et de changement. C’est dans la nature de l’Homme. On aime le changement. L’Histoire est assez limpide sur le sujet. De nombreuses civilisations dominatrice ont été renversées. Et il n’y avait pas de digital.

Au fond, ce que l’empire de Star Wars ne comprend pas, c’est le besoin des peuples à prendre en main leurs destins. Ramenons ces considérations à des niveaux moins importants. Certaines corporations peuvent tout tenter pour que les choses ne changent pas. Mais le changement arrive quand même. Car il y a toujours un petit groupe de personnes décidées à ce que les choses changent. Et elles finissent toujours, tôt ou tard, à trouver la brèche. C’est inéluctable.

Dans Star Wars, un petit groupe de personnes trouve l’entrée de l’étoile de la mort et la font exploser. C’est une arme de la taille d’une planète. Elle est capable de détruire des mondes. Et elle détruite à son tour par un vaisseau qui doit faire la taille d’un semi-remorque. Si l’on prend l’exemple du taxi. Les grandes sociétés parisiennes peuvent faire tout le lobbying qu’elles veulent. Elles peuvent créer toutes les applications et les services du monde. Mais les clients s’en éloignent. Car au fond, le digital n’est qu’un masque qu’elles mettent pour dire on a changé. Mais en fait, non. C’est un besoin plus profond que cela.

Dans le cas de mon prospect, la disruption n’est pas le digital. Ce ne sont pas les prix qui ont baissés. C’est la philosophie derrière le service. La manière de traiter le client. C’est cela la vraie aspiration au changement. Il faut changer de l’intérieur avec le digital. Il faut changer les règles du jeu et la manière dont les organisations fonctionnent. Sinon, c’est une crème anti-ride que l’on applique mais qui ne sert à rien. Si le faux et le semblant sont les ennemis du management, c’est encore plus vrai pour le business.

Une fois mon exposé terminé, le prospect m’a dit qu’il voulait bien faire des efforts. Mais en même temps, changer c’était plus dur pour lui que les autres. Car il y avait un passif et des habitudes dans son entreprise. Avec ses employés. Ses clients. Ses fournisseurs. Ce à quoi je lui ai répondu que c’était le cas de Karen Mulder ou la théorie des autres mais ça, c’est une autre théorie.

La semaine prochaine : Karen Mulder ou la théorie des autres

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