LE 18BIS

ARTIVISTES PAR NATURE

Détail d’une œuvre de Sebastien Layral présentée au 18 Bis

Projet global, tiers lieux à portée citoyenne et artistique, espace dédié au bien être et à la réalisation personnelle par la pratique du yoga et de la méditation, Le 18 Bis est tout cela à la fois et c’est ce qui marque sa singularité. Imaginé et ouvert voilà un an et demi par Gildas Gentil et Eva Ponty sur le site d’une ancienne agence bancaire dans le 11e arrondissement de Paris, le 18 bis boulevard Voltaire se veut à la fois un lieu de proximité et de dialogue ainsi qu’un nouveau rendez-vous de l’art contemporain situé à quelques mètres de la place de la République.

Art, être, citoyenn(e) sont les 3 mots clés du 18 Bis. Il guident la philosophie et la conduite de chacun des projets et des événements proposés au publics parisiens. De Fukushima mon Amour, autour du non retour d’expérience des catastrophes nucléaires en passant par Let It Grow, une ode à la nature ou plus récemment le Ba-Ta-Clan Project sous forme d’hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, chaque exposition, chaque action menée possède une résonance qui transforme la proposition artistique pour interroger nos consciences.

Le 18 Bis, ce sont également des artistes solidaires et fidèles qui soutiennent Gildas Gentil et Eva Ponty au quotidien. Aurèle, l’un des grands artistes contemporains à travailler autour du changement climatique et de la nécessaire préservation de la nature, fut le premier à encourager ce projet. Aurèle est un ami et une source d’inspiration pour Gildas qui, par ailleurs, entend, par Jardins Candides et l’Archipel Vert travailler activement à la re-végétalisation du boulevard Voltaire.
D’autres artistes, comme Tristam, cofondateur des Musulmans Fumants, Sebastien Layral, Christophe Ossard accompagnent désormais le lieu dans une forme “d’artivisme” en décalage complet avec les excès et les mirages de l’actuel financial art.

De droite à gauche : Gildas Gentil, Eva Ponty et le créateur Jonas Bowman à l’occasion du vernissage de l’exposition New Era Vernissage exposition New Era, organisée par Vanessa Virag art & design, décembre 2016

LA NOTION DE PARTAGE

Artisviste, un néologisme dans lequel Gildas Gentil se reconnaît d’ailleurs tout à fait : “ c’est un mot qui m’a tout de suite parlé, dans lequel je me suis vraiment reconnu… Cela remonte à quelques années, à une époque où je pratiquais la méditation avec un ami. Par le biais d’une autre de ses connaissances, j’ai alors découvert un lieu situé sur l’Ile Saint-Louis. Cet espace s’appelait Le Curieux Salon et s’étendait sur une surface d’environ 100 mètres carrés. Marie Deschamps représentait ce lieu mais aussi ce groupe de personnes, Les Curieux Optimistes. Elle n’avait pas particulièrement de business plan, voulait semer la bonne parole. Cette personne était remplie d’optimisme et d’une humanité profonde. Lorsque l’on rentrait dans cet espace on y passait surtout un bon moment. Évidemment sur le plan économique ce genre d’aventure n’est pas très viable mais je trouvais vraiment que le pari était beau. J’ai donc intégré tout de suite son équipe, commencé à donner des cours de yoga dans l’espace lui-même et j’ai bien sûr participé à quelques soirées.

L’attitude était vraiment belle, l’idée magnifique et les moments qu’on y passait très généreux. Je me suis dit qu’il y avait vraiment moyen de faire quelque chose avec cette idée fondée sur la notion de partage. C’était juste après les attentats de Charlie. Il y avait cet engouement, ce besoin de croire à nouveau au vivre ensemble qui pollinisait les esprits de la capitale. Nous avons alors vécu, dans les rues de Paris, l’un des plus beaux rassemblements de notre histoire récente. Nous étions en silence et juste heureux d’être réunis. Je ressentais cette même vibration avec Les Curieux Optimistes. On y trouvait un système de valeurs qui commençait à se répandre dans la société parisienne. Je parle de Paris parce que c’est là que je vis. Il fallait donner la possibilité à cet engouement, à ce nouvel état d’esprit, de pouvoir s’épanouir, à travers de petits lieux ou de petits groupes de personnes. Et toujours autour de ces belles valeurs culturelles et de bien être que la situation post Charlie avait rendue nécessaires. Chez Les Curieux Optimistes on partageait le même enthousiasme mais il n’y avait pas beaucoup d’argent, ce qui fait qu’avec le lieu se sont présentés aussi des problèmes de loyer.

Gildas Gentil

J’AI UN LIEU, VIENS LE VOIR

La propriétaire qui voyait tout cela plutôt d’un bon œil a rapidement pris la mouche et nous a flanqué à la porte. Mais avant cela j’avais appelé Aurèle en lui disant : “j’ai un lieu, viens le voir”. Il est venu et a signé dans le livre d’or son envie de s’engager aux côtés des Curieux Optimistes. Alors que je prévoyais d’organiser une exposition autour de son travail, entre temps, j’avais perdu le lieu. N’ayant pas pour habitude de donner ma parole en l’air j’ai cherché une solution alternative. À l’époque on parlait beaucoup de synchronicité et, justement, ce lieu de l’actuel 18 Bis s’est présenté, dans cette période où je m’étais engagé auprès d’Aurèle qui attendait beaucoup de moi.

Ce nouveau lieu est arrivé alors que la société de cours de langues vivantes dans laquelle Eva travaille déménageait sans vraiment avoir réfléchi au devenir du 18 Bis en tant qu’espace. J’ai donc saisi ce qui se présentait comme une opportunité. J’ai commencé à le nettoyer, au départ tout doucement puis j’ai pris mon marteau pour abattre les cloisons. Ça a véritablement été un geste déclencheur pour préparer Le 18Bis à une première belle exposition, Fukushima mon Amour, avec plus de 50 artistes et dont l’inauguration a eu lieu le 17 septembre 2015. C’était l’occasion de présenter cette exposition particulièrement forte, d’être partie prenante du débat sur le nucléaire et sur le non retour d’expérience des catastrophes liées à l’énergie atomique. On était à la veille de l’ouverture de la Cop21, réunissant 195 pays à Paris. Avoir une telle exposition, à deux pas de la place de la République, dont on sait que les principales manifestations s’y déroulent généralement, avait du sens à nos yeux. Malheureusement les événements du 13 novembre ont eu raison de cette manifestation mais nous avons été présents et on a fait notre part. Depuis, c’est ce défi que l’on tente de relever avec Eva. De belles énergies créatrices sont venues se greffer autour du projet, à commencer par les artistes dont plusieurs nous accordent leur confiance en travaillant avec nous.

Gildas Gentil au 18 Bis pendant l’accrochage de l’exposition de Sebastien Layral

Les actions menées par le 18 Bis reposent effectivement sur 3 piliers : l’Art en tant que galerie d’art, avec ce collectif d’artistes -Aurèle, Tristam, Sebastien Layral, Christophe Ossard - qui nous accompagne et nous fait confiance. Le côté Citoyen est effectivement mis en avant par le projet de végétalisation du boulevard Voltaire mais aussi via une exposition intitulée Let It Grow qui se veut une ode à la nature et dont la seconde édition sera présentée en avril 2017. On est également investis autour d’autres thématiques comme nous l’avions fait avec Fukushima mon Amour ou plus récemment avec le Ba-Ta-Clan Project, un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. Il était important pour Le 18 Bis que cette exposition soit présentée ici puisque nous sommes sur le boulevard Voltaire et des voisins du Bataclan. C’était un devoir citoyen que de se rappeler à la mémoire des disparus.

Accrochage de l’exposition Ba-Ta-Clan Project, organisée par Jacques Fivel
Affiches signées Gérard Grange et Tristam présentées dans le cadre de l’exposition Ba-Ta-Clan Project

Le 18 Bis organise aussi des méditations, des projections de films. À l’époque où se tenait Nuit Debout et où soufflait ce vent de renouveau, de changement de paradigme de société, nous avons présenté le film En Quête de Sens qui s’intéressait aux solutions pour vivre en harmonie et encore plus nombreux sur notre planète. Tout cela se déploie autour de l’art de vivre, un art à part entière et ce qui m’a passionné chez les artistes c’est vraiment leur humanité.

UN ART À PART ENTIÈRE

Eva, comme moi, sommes professeurs de yoga certifiés et c’est vrai qu’à travers cette pratique, qui est également un cheminement de vie, on a vraiment tendance à développer une plus belle humanité ainsi qu’une belle correspondance dans l’écoute de l’autre. Cela permet de cultiver l’empathie envers les gens que l’on rencontre et on en rencontre évidemment beaucoup dans une ville comme Paris. C’est une façon positive et sincère de contribuer au vivre ensemble, cela améliore nettement les relations avec autrui.

Le fait de proposer une pratique et une salle de yoga dans l’enceinte même d’une galerie d’art est un parti pris, un souhait. Cet espace était d’ailleurs tout à fait prédisposé à cela. Nous pratiquons à l’étage, qui propose peut être la plus belle salle du 18 Bis et qui reste plus que jamais une salle d’exposition. Eva pratique le Hatha yoga dans la tradition indienne de la Bihar School of Yoga et moi l’Ashtanga yoga, plus dynamique, qui est un yoga engagé. C’est une passion vitale que j’aime partager.

Eva et moi avons naturellement une histoire et un parcours différents par rapport à cette pratique. Pour ce qui me concerne, j’avais fait des essais, je m’étais rendu en Inde sans toutefois accorder le temps nécessaire à cette discipline spirituelle qui ne m’avait toutefois pas laissé indifférent. Et puis j’ai eu un grave accident de la circulation, une voiture m’a renversé. Dans la période de rétablissement, qui a en fait duré un sacré long moment j’ai à nouveau intégré beaucoup de yoga. C’est devenu la discipline qui m’a permis de me reconstruire évidemment physiquement mais aussi moralement et psychologiquement.

Yoga au 18Bis avec Eva Ponty

C’est vrai que le 18 Bis est un espace d’art mais c’est aussi un concept suffisamment global dans lequel se déploient différents activités éminemment culturelles qui s’articulent autour de l’art et du bien être. Nous avons même décidés d’ouvrir une salle de massages holistiques, toujours à l’étage mais sans rapport avec les expositions, contrairement au yoga qui partage les mêmes espaces.

SON HUMANITÉ PREMIÈRE

Je pense que ce que l’artiste met en jeu dans une toile ou une sculpture, c’est son humanité première. J’ai aussi retrouvé cette même humanité auprès de gens qui ont une pratique d’ordre spirituel ou de méditation. Ces deux facettes me plaisent et c’est ce que je souhaite faire partager dans le cadre du projet 18 Bis.

Nous n’avons pas fait beaucoup de marketing associé à notre activité de yoga. Nous avons un groupe d’élèves familiers avec notre pratique et qui s’est plu à venir ici, dans cet espace d’art contemporain. Les nouveaux sont ravis de pouvoir évoluer dans un lieu atypique qui arrive à offrir cette modularité et ce choix culturel. Par ailleurs nous essayons d’opérer une sélection au niveau des pièces présentées à la galerie afin qu’elles aient la meilleure vibration possible. Cela fait partie des prérogatives présentées à chacun des exposants et artistes invités à la galerie d’avoir finalement un choix suffisamment harmonieux pour que l’on puisse également y pratiquer le yoga. Cela crée des connivences de milieux et des intérêts croisés, d’une pratique à une autre sur les terrains de l’art et de la spiritualité. Ce sont des échanges particulièrement fertiles.

Le 18 Bis est donc à la fois une galerie et un espace bien être où l’on a envie de conjuguer ses forces culturelles et ses talents.”

Projet Archipel Vert

JARDINS CANDIDES

Le troisième volet des projets du 18 Bis concerne la ville et le vivre ensemble dans un rapport de proximité au quotidien. Autour de l’association des Jardins Candides et du projet d’Archipel Vert, Gildas Gentil s’est entouré de Thomas Eschapasse et de Didier Gueston, respectivement paysagistes et architectes pour, ensemble, produire un travail sur la redéfinition de l’espace urbain au 21e siècle.

“J‘ai plaisir à prendre mon vélo et aller me balader le matin jusqu’à la Seine désormais débarrassée de la présence des voitures. Les voies sur berges ont été coupées à la circulation et donc on retrouve la force du fleuve pour soi car il n’y a pas grand monde qui s’y balade. On a donc ce monument de nature en plein cœur de Paris, qui coule avec force. Déjà, ça me plaît. Je sais que c’est une grande volonté de la maire de Paris. On peut d’ailleurs découvrir ça et là de nombreux panneaux qui annoncent les différents projets dans les quartiers et les arrondissements.

À l’heure actuelle les grandes métropoles du monde entier déploient une politique concertée qui va dans ce sens car nous sommes tous conscients que l’homme est allé trop loin. Il existe donc bien un besoin de se développer d’une manière différente et d’assumer de devoir faire un pas en arrière. Tout le monde s’accorde sur ce principe et c’est ce qui explique le nombre incroyable d’initiatives liées à la revégétalisation des espaces urbains où à la manière de repenser la mobilité en ville. Cette grande politique globale passe aussi par une politique de quartier, des initiatives citoyennes, une volonté de communier autour de nouvelles valeurs opposées à la voie du bitume qui nous entoure depuis si longtemps dans une ville comme Paris.

C’est également une bonne manière de retrouver du lien social que de permettre le développement de jardins potagers, partagés. Cela permet de créer une conversation associée au simple fait de faire pousser quelques légumes ou quelques fruits dans un esprit de partage. L’association des Jardins Candides a germé de ce constat et de conversations entre amis car j’ai souhaité aller plus loin et porter ce projet de jardin sur le trottoir du boulevard Voltaire, juste en face de la galerie.

Aurèle et son Lost Dog CO2 à Shanghai

Aurèle, qui était l’artiste qui représentait la France à l’occasion de l’exposition universelle de Shanghai en 2010, à conçu un Lost Dog CO2 sous forme de sculpture monumentale entièrement réalisée à partir de plantes vertes dépolluantes. Étrangement, cette œuvre d’art n’a toujours pas été représentée en France alors que nous sommes totalement embarqués dans cette “mouvance green” et je souhaite pouvoir associer ce travail à nos projets de citoyenneté verte boulevard Voltaire.

Aujourd’hui le seul domaine dans lequel je considère qu‘une véritable notion de partage soit possible est basé sur le principe du retour à la nature. 80 % de la population mondiale vit dans des zones urbaines. De ce fait, ce retour est compliqué lorsque l’on observe la façon dont le développement de l’urbanisation se fait. Cela dit il y a effectivement un retour de la nature dans l’urbain, par la végétalisation et c’est d’ailleurs le leitmotiv de la maire de Paris en ce moment.

REDONNER VIE AUX CONVERSATIONS

Au 18 Bis, on est très favorable à ce type de développement parce que cela crée du lien social et les conditions de la rencontre à une époque où l’on ne connaît même plus son voisin. En redonnant sa place à la nature, en la laissant pousser à nouveau, on redonne vie à la notion de conversation. C’est donc d’émancipation citoyenne dont nous parlons, axée sur la végétation et sur le principe du jardin urbain. Cultiver son jardin dans un milieu urbain peut paraître anachronique mais ça ne l’est plus du tout aujourd’hui et c’est pour ces raisons que nous portons ce projet relativement ambitieux de créer un jardin devant la galerie, sur le boulevard Voltaire.

Projet Archipel Vert

Nous travaillons par ailleurs à ce projet baptisé Archipel Vert et possédons déjà de superbes plans d’un jardin participatif urbain susceptible d’accompagner les travaux de la piste cyclable prévue sur le boulevard Voltaire. Nous avons l’intention de réaliser ces projets d’ici le printemps 2017.

Propos recueillis par Jean-Fabien Leclanche

Pratiquer le Yoga au 18 Bis avec Eva Ponty et Gildas Gentil

Se rendre au 18 Bis

Aurèle Lost Dog
Sébastien Layral
Tristam
Christophe Ossard
Vernissage exposition New Era, organisée par Vanessa Virag art & design, décembre 2016
One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.