Pauline, directrice juridique reconvertie grâce à l’outplacement

Marina Bourgeois
Sep 15, 2020 · 7 min read
Pauline n’a pas souhaité se raconter à visage découvert afin de pouvoir témoigner librement de son parcours, sans s’auto-censurer. La photo ci-dessus n’est donc pas la sienne mais une photo qu’elle a choisie dans une banque de photos.

Pauline était Directrice juridique. Elle a négocié avec son ex-employeur un outplacement afin de faire le point sur sa carrière et prendre les bonnes décisions. Nous avons eu le plaisir de l’accompagner dans son cheminement. Elle témoigne aujourd’hui de son parcours et de sa transition.

Pauline, depuis combien de temps étais-tu Directrice juridique lorsque tu as opté pour l’outplacement ? Cela faisait 9 ans.

Dans quel secteur ? Pour des raisons de confidentialité, je ne donnerai pas le nom de mon ancienne entreprise mais nous étions dans le secteur agro-alimentaire.

Peux-tu expliquer à nos lecteurs dans quel contexte tu as décidé de réaliser cet outplacement ? Comme indiqué, j’étais Directrice juridique depuis neuf ans. J’avais intégré cette entreprise comme juriste puis j’ai naturellement évolué en ayant de plus en plus de responsabilités. Je dois dire que j’aimais mon entreprise et que j’aimais mon métier. J’ai passé des années formidables dans cette entreprise, tout du moins les six premières. Tout allait bien pour ainsi dire. L’entente avec les équipes était globalement au beau fixe et la confiance régnait. Mais les trois dernières années à ce poste ont été difficiles. Une réorganisation transversale a modifié les rapports et de nouveaux juristes sont arrivés sans que j’ai vraiment mon mot à dire sur leur recrutement, qui avait été piloté en transverse. J’avais pourtant l’habitude de constituer mon équipe moi-même, en concertation avec les RH. Mais là je n’ai qu’assez peu participé au processus, où j’avais juste un “avis” à donner. Ca m’a choqué et déplu. L’atmosphère est devenue lourde et mes relations avec les managers se sont dégradées. Et on ne m’a pas retenue… bien au contraire, car malgré mes bons résultats pendant 9 ans, j’étais de plus en plus souvent en opposition avec la nouvelle organisation. J’ai abordé la possibilité d’une séparation au détour d’une conversation houleuse avec mon responsable, il a sauté sur l’occasion. Nous avons donc négocié un départ “à l’amiable” dans lequel j’ai eu la chance de pouvoir intégrer un outplacement. Mon départ au final les arrangeait bien : j’ai été remplacée par quelqu’un de plus junior, plus “malléable” j’imagine.

Je me suis mise à lire des articles sur la reconversion et le changement de métier. Quelques uns au départ puis c’est devenu quotidien. Un soir je suis tombée sur l’interview de Bénédicte publiée sur ton blog, et là ça a fait tilt. Je me suis reconnue dans ses propos et me suis dit pourquoi pas moi ?. A ce moment là un chasseur de têtes m’a sollicité pour un autre poste de Directrice juridique, mieux payé que le mien et plus proche de chez moi ! Séduisant sur le papier… Je me suis rendue aux entretiens par curiosité mais j’ai rapidement senti que je n’avais plus envie d’occuper ce poste. C’était pourtant tentant de rester dans ce que je connaissais mais j’ai pressenti que ce serait une erreur. Le fameux confort inconfortable dont tu parles souvent…

Je n’avais aucune idée à ce moment là de ce que je pourrais faire derrière mais je sentais que c’était le bon moment pour moi de me réinventer. Je voulais prendre un nouveau départ et surtout prendre le temps de la réflexion. Ma demande de rupture a été acceptée et j’ai négocié un outplacement pour me faire accompagner. Mon choix s’est porté sur toi assez naturellement. J’ai tout de même fait un tour du marché mais ta spécialisation dans les professions juridiques a été déterminante.

Combien de temps a duré ton outplacement Pauline ? Peux-tu raconter et expliquer ton cheminement durant cette période ? Il a duré sept mois (que je n’ai pas vu passer d’ailleurs !). Au départ, j’étais dans un flou total. C’était anxiogène. Je n’avais absolument aucune idée pour la suite. J’avais envisagé, un peu par défaut, d’être avocate puisque je suis titulaire du diplôme. Quitter la profession juridique me paraissait compliquer et difficile compte tenu de mon expérience dans le domaine : je ne connaissais que le droit. J’avais du mal à me dire que je pouvais peut-être faire autre chose. Et puis se dire que l’on arrête tout alors que l’on a fait de longues études et un métier socialement reconnu a été aussi compliqué pour moi. En gros, je pensais à un changement mais en m’appuyant sur mes compétences juridiques et de manager. L’outplacement a démarré par un travail de “deuil” de mon ancien poste. Ce n’était pas le plus agréable mais c’était, avec le recul, un passage obligé pour avancer sereinement. Puis on est passé au bilan de ma carrière qui a été un gros boulot tant l’introspection fut profonde. Cette étape m’a appris beaucoup de choses sur moi même si ça a été les montagnes russes au niveau psychologique ! Petit à petit, je me suis redécouverte, j’ai pris le temps de découvrir mes centres d’intérêts, mes besoins, mes valeurs, etc. Et au fur et à mesure des séances, j’ai commencé à penser “hors droit”. Pour la première fois de ma vie ! Et là, l’horizon s’est dégagé. Je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas que les métiers juridiques, que je pouvais envisager autre chose. Et j’ai trouvé, grâce à toi Marina ! J’hésitai entre deux pistes mais en faisant une immersion pour la première, je l’ai rapidement éliminé.

Qu’as-tu décidé Pauline ? J’étais profondément intéressée par l’univers de l’ESS (économie sociale et solidaire). Cela correspondait à mes valeurs. J’ai beaucoup lu sur le sujet et me suis renseignée sur les métiers du secteur. La phase de l’enquête métier a été très utile. J’ai eu la chance extraordinaire que tu connaisses du monde dans ce milieu, je ne savais pas avant mon accompagnement que tu avais rédigé des articles sur la scop, etc.

Comment, concrètement, as-tu pu intégrer ce nouveau secteur ? Sur la fin de l’outplacement, nous avons travaillé mes outils de candidature et la posture à adopter pour expliquer ma reconversion à de futurs employeurs. Cela m’a aidé car je craignais de débarquer dans cet univers. Je me sentais peu légitime… le fameux syndrome de l’imposteur…

Quel est ton métier aujourd’hui ? Je supervise la gestion administrative et financière d’une PME spécialisée dans la formation des professionnels du para-médical et appliquant les principes de l’ESS. Tout me parle : mes interlocuteurs, les valeurs, la gestion, les recrutements auxquels je participe ;-), etc. J’apprécie particulièrement d’être au contact de tous les métiers… chose que je n’avais pas avant. J’apprends de chacun de mes collègues.

Beaucoup de chiffres alors dans ce nouveau métier ? Tout à fait ! Je savais que j’aimais les chiffres, j’ai d’ailleurs obtenu un bac S mais je n’en avais rien fait. Comme quoi…

As-tu dû te former pour ce poste ? Oui, pour me sentir crédible et rassurer lors des entretiens, j’ai suivi une formation de gestion, mais assez courte. Il était hors de question pour moi de reprendre des études ou de m’engager dans une formation longue.

Comment vis-tu ce nouveau métier ? J’ai pris ce poste il y a peu de temps et j’en suis ravie. C’est une petite renaissance ! Alors certes il ne s’agit que du début mais je ne regrette pas du tout mes anciennes fonctions. Je me sens plus à l’aise aujourd’hui, plus à ma place. Les valeurs de ma nouvelle entreprise sont respectées au quotidien, c’est très important pour moi. Et j’apprends de nouvelles choses tous les jours. Je me nourris. En plus, mes compétences juridiques ne sont pas perdues puisque j’en ai régulièrement besoin. Tu me l’avais dit Marina : rien ne se perd, tout se transforme en matière de reconversion. Je n’ai pas le sentiment d’avoir complètement quitté le droit en fait. Il me sert toujours et a été apprécié lors de mon recrutement. C’était un gros plus. Je dois préciser que les recruteurs étaient ouverts à des parcours de reconvertis. J’ai eu de la chance.

Ce changement de trajectoire a-t-il changé d’autres choses dans ta vie ? Cela a modifié mon rapport au changement. J’étais très frileuse avant. Je n’aurais d’ailleurs jamais pensé exercer une autre profession il y a quelques années. C’était de l’ordre de l’impossible, du fantasme. Aujourd’hui je me dis que plusieurs vies sont possibles. Que changer est possible. J’en parle beaucoup avec mes enfants en leur disant que tout est possible si l’on s’en donne les moyens. Plus accessoire, je me suis mise à l’espagnol. J’y pensais depuis très longtemps car je suis une inconditionnelle des vacances en Espagne. Mais bêtement je n’osais pas. Je prends donc des cours d’espagnol deux fois par semaine. Pour résumer, aujourd’hui j’ose !

Quel a été l’impact de ton accompagnement ? Clairement, je n’aurais jamais osé tous ces changements toute seule. Il me fallait un interlocuteur pour me faire avancer et faire sauter quelques verrous bien enracinés…

Comment vois-tu l’avenir Pauline ? Plutôt sereinement. J’espère rester longtemps dans cette entreprise (la fidélité à l’employeur est importante pour moi). J’ai envie de poser mes valises et de continuer à apprendre.

Merci Pauline pour ce récit ! Merci à toi Marina, pour tout… et longue vie à Oser Rêver Sa Carrière !

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Marina Bourgeois, Directrice d’Oser Rêver Sa Carrière

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Oser Rêver Sa Carrière accompagne les femmes et les hommes…

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Oser Rêver Sa Carrière accompagne les femmes et les hommes en questionnement professionnel afin de les aider à (re)trouver leur voie, (re)construire une carrière qui leur ressemble et passer à l'action.

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